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Victor Kessler n'a pas tout dit

Cathy BONIDAN

Editions de la Martinière – Juin 2020

 

Avec Victor Kessler n'a pas tout dit, Cathy Bonidan aborde (entre autres) avec brio, finesse et intelligence le rapport à la vérité et au mensonge. Oh, pas les petits mensonges, ceux qui ne font de mal à personne, non, mais plutôt ceux qui brisent, marquent au fer rouge . Mais toutes les vérités sont-elles bonnes à dire, ou à déterrer ?

« La vérité n'est pas utile. Et surtout, elle ne remplace jamais tout à fait ce qu'on a imaginé avant de la connaître »

L'autrice nous embarque dans les Vosges, et nous fait remonter le temps jusqu'en 1973 . Un crime abominable a eu lieu dans l' un de ces petits villages, enrobés de brume où le silence est d'argent et la rumeur d'or. Nous naviguons alors entre deux époques, entre deux histoires : celle de Victor Kessler, instituteur débutant et dévoué au début des années 70 , à Saintes-Fosses, et celle, de Bertille, qui, de nos jours, effectue des sondages à la sortie des grandes surfaces parisiennes.

Deux passés ressurgissent, liés sans l'être vraiment, mais avec comme point commun en toile de fond la mémoire, ce que le temps peut en faire, et cette région qui a connu ses heures d'ultra- médiatisation lors de l'affaire Grégory.

D'un côté une confession, de l'autre une quête.

D'un côté un mystérieux homme âgé, de l'autre une femme perdue, à vif.

D'un côté , Victor, qui a purgé une lourde peine de prison, et garde le silence, et de l'autre, Bertille qui veut faire éclater la vérité.

Ces deux-là ont en commun la solitude, le deuil, le poids de la culpabilité, la fuite et la souffrance tue.

C'est avec un immense plaisir que j'ai cheminé avec eux et tous les autres (ou presque, parce que la laideur n'est pas absente), qui m'ont infiniment touchée par leurs failles, leurs blessures, leurs regards sur le passé et sur ce que l'on peut en faire quand on pense que justement on ne peut plus rien en faire.

Cathy Bonidan signe là un superbe roman social. Tout en gardant les thèmes qui lui sont chers,tels que l'enfance, la différence, les secrets, les racines, et l'école, elle plante sa plume dans l'encre noire des violences et maltraitances faites aux femmes et aux enfants, du mutisme consenti, de toutes ces petites lâchetés égoïstement humaines, et de l'emballement de la machine judiciaire, tentaculaire et implacable.

L'écriture est addictive, créant un suspense haletant. On est persuadé de savoir, et on découvre des tiroirs cachés.

« Elle avait cru longtemps qu'il était plus facile de ne rien dire. Mais au fil des années, ses silences avaient grandi avec elle , ils avaient pris possession de chacun de ses organes »

J'ai bien sûr pensé, au fil de ma lecture, au superbe film d'André Cayatte, « Les risques du métier », et même si l'univers et le récit sont sombres, j'ai passé un incroyable moment de lecture. Cathy Bonidan vient de franchir un palier, encore un , et rejoint, avec Victor Kessler , les grands noms du roman noir... Bref, vous l'aurez compris, ce livre est une véritable prouesse et un immense coup de cœur pour moi, pour lequel je remercie l'autrice, les Editions de la Martinière, et l'Agence la Bande , grâce à qui j'ai pu frémir en avant-première !

© Nath