9782081511514

 

Sale bourge
Nicolas RODIER
Editions Flammarion - Août 2020
Rentrée littéraire

Peut-on échapper à un destin qui semble tout tracé, à une hérédité implacable ?

Comment transmettre et donner ce que l'on n'a jamais reçu ?

Un enfant maltraîté deviendra t'il forcément un adulte maltraitant ?

Dans ce premier glaçant, Nicolas Rodier dénonce et détricote le mécanisme de la violence, celle subie depuis l'enfance, qu'elle soit verbale ou physique. Et il le fait magistralement, sous un angle peu commun, puisqu'il donne la parole à celui qui frappe, cogne.

Peut-être bien parce que dans le fond, il ne sait pas faire autrement, qu'on se débrouille comme on peut, avec ce qu'on a , ou plutôt avec ce qu'on n'a pas, avec les armes que l'on se forge, ou les boucliers que l'on met en place, quand la transmission s'est faite uniquement dans la douleur, le mépris, la perversité, la brutalité, le tout bien caché sous un exécrable vernis bourgeois, conservateur, propre comme un sou neuf en apparence, alors que la poussière sous le tapis s'accumule. On arbore le carré Hermès, on détruit des enfances. On paraît, on montre, on aligne les enfants comme des pions sur un échiquier.

Pierre, le personnage principal du récit, est issu d'un milieu "bien comme il faut" versaillais, aux idées surannées. Son enfance a été marquée au fer rouge par la maltraitance, celle qui détruit des édifices et brise des vies. Alors lui, Pierre, il se débat au sein d'une fratrie bien déglinguée elle aussi, notamment son frère Olivier.

Il se perd, s'égare, se noie, tente de lutter contre les démons qui l'assaillent, rêve de famille, d'amour, de tendresse, mais c'est plus fort que lui, et il frappe à son tour Astrid, cette femme pourtant tant aimée. Mais peut-être l'amour est-il un sentiment trop complexe, trop lourd, trop effrayant pour qui n'en a pas reçu ?

Au fil des pages, il va donc se raconter. De la fin au début, du début à la fin, du procès à l'enfance, à l'adolescence, au mariage, au moment de bascule, au procès.

J'avoue que j'ai commencé cette lecture avec une grande appréhension, le sujet abordé étant une cicatrice encore à vif pour moi. Puis, je me suis laissée prendre par l'écriture de Nicolas Rodier. Si j'ai souvent détesté Pierre , je crois que j'ai haï plus encore cette famille , ce carcan, cette hérédité transmise faute de mieux, ce manque d'amour, ces visages hideux, ces préjugés, cette obsession du paraître, ces visages hideux.

Une lecture nécessaire  (tant pour l'auteur que le lecteur, me semble t'il) , bien qu'âpre et douloureuse, qui explique toutefois peut-être certains mécanismes , sans les excuser pour autant, car il est évident que toute forme de violence, envers qui que ce soit est inadmissible. Il est important de souligner que ce fléau ne frappe pas qu'au sein des foyers dits "modestes", mais qu'il est hélas universel...

Coup de coeur donc, que je vous recommande vivement !

© Nath