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Ainsi parlait ma mère
Rachid BENZINE
Editions Points - Janvier 2021

C'est inévitable, chaque livre de Rachid Benzine est pour moi une véritable claque, tant la sensibilité de l'auteur et sa pudeur sont grandes, tant l'émotion est au rendez-vous. L'émotion juste. Celle qui fait que l'on ressort chamboulé(e) d'une lecture, d'une pièce de théâtre, d'une rencontre.

Cette fois, j'ai été littéralement submergée et renversée par Ainsi parlait ma mère. Peut-être parce que cette histoire touche un point ultra-sensible chez moi, peut-être parce qu'il va donner lieu à un questionnement. Sans doute parce que ce roman est excellentissime, tout simplement.

Le narrateur raconte ici son rapport à une mère au crépuscule de l'existence. Elle a 93 ans, lui 54. Elle est illettrée, lui professeur à l'université. Il est cette fameuse seconde génération marocaine, celle qui ne s'est plus tue, celle qui a choisi de se lever, de s'élever. Elle est une maman de cinq enfants, cinq garçons qu'elle a élevés en partie toute seule, après le décès du père. Une maman qui a tout fait, tout accepté, pour que ses petits réussissent en dépit du lourd héritage que représente l'immigration.

C'est l'histoire d'une mère et de son fils, liés par la lecture d'un grand classique , La peau de Chagrin (de Balzac), qui représente le fil ténu la reliant à la vie, se réduisant chaque jour un peu plus depuis qu'elle est tombée et que l'âge avance.

Ce rituel permet au narrateur de prendre conscience du chemin parcouru par cette femme, son abnégation, la difficulté de l'exil, de la solitude, le regard des autres sur les "arabes". Il déroule le fil de ses souvenirs, des interventions pas toujours à propos, des phrases multi-répétées avant la rencontre avec les professeurs ,des humiliations subies avec le sourire , la honte face à l'accent très prononcé, face au décalage grandissant entre mère et enfants, sa propre honte actuelle, les remords peut-être.

Il réalise surtout que l'amour maternel est immense et infini, et qu'elle a fait de son mieux "...avec ce que Dieu lui a donné comme amour, comme courage. Comme patience aussi. Et que ma plus grande richesse dans cette vie est d'avoir pu l'aimer"

Ainsi parlait ma mère , ce sont 74 pages d'amour pur, brut. Lien ombilical. Complexe. Perplexe. Paradoxal. C'est un hymne à l'amour. Et ça fait du bien !

J'ai parfois ri (l'épisode du maillot de bain vaut son pesant d'or !), j'ai souvent eu la gorge serrée, et c'est les larmes aux yeux que j'ai refermé ce roman qui est une brassée de tendresse, de douceur, porté par la plume unique de Rachid Benzine.


© Nath