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S'adapter
Clara DUPONT-MONOD
Editions Stock - Août 2021
Rentrée littéraire


La naissance d'un enfant porteur de handicap est toujours un tsunami pour une famille.

Dans son magnifique roman, "S'adapter", Clara Dupont-Monod raconte, ou plutôt laisse les pierres conter de l'intérieur l'histoire de ces gens, qui ne sont pas nommés (tant ils pourraient être chacun d'entre nous) si ce n'est pas leur situation au sein de la famille "le père", "la mère", l'aîné", "la cadette", "l'enfant" et "le dernier".

"L'enfant", c'est celui qui est né hors normes, inadapté. Il est aveugle, il a une bouche qui ne sert à rien, des jambes qui ne le portent pas, seule l''ouïe est préservée : "un être évanoui avec des yeux ouverts".

Face à cette présence, la fratrie va réagir de façon diamétriquement différente . Si "l'aîné" s'efface et entretient un lien fusionnel, protecteur, doux et charnel, avec le benjamin, "la cadette" se sent dépossédée, a honte, ne comprend pas et une boule de haine l'envahit.

"L'enfant" cristallise autour de lui un étrange panel de sentiments, il porte le poids de la culpabilité de ses parents, il porte l'amour , la colère, l'incompréhension, la curiosité malsaine d'autrui, la peur, le désespoir.

Ainsi passent les ans, autour des murs, des pierres, de la porte en bois médiévale, du ciel cévenol . Ainsi survient l'inévitable deuil, puis la naissance du petit "dernier", qui pousse dans l'ombre d'un fantôme , tout en tentant de se faire la place qui luirevient au sein d'une cellule familiale defragmentée, et curieusement portée peu à peu par la cadette.

Clara Dupont-Monod évoque ici, au-delà de l'adaptation, la désadaption d'une société face à la différence. Elle questionne sur la normalité (ah, ce mot !!), sur la fragilité (que pour ma part je trouve si belle)


"La fragilité engendre la brutalité, comme si le vivant souhaitait punir ce qui ne l'est pas assez"

Un roman est d'une rare intensité, d'une puissance magique, humaine et lumineuse. Il prend l'allure minérale d'un conte , laissant une part importante à la nature cévenole, aux sons, au soleil, au tonnerre, au murmure du vent et au chant des cascades.

J'ai été intimement touchée par cette lecture. Le handicap, je le côtoie au quoitidien , professionnellement. J'ai reconnu dans les mots de l'autrice les regards des pères, des mères, des aînés, et des cadettes.

Immense coup de coeur pour moi, des Prix littéraires bien mérités (dont lemina). Lisez-le !

Si un enfant va mal, il faut toujours avoir un œil sur les autres. Car les bien-portants ne font pas de bruit, s’adaptent aux contours cisaillants de la vie qui s’offre, épousent la forme des peines sans rien réclamer. Ils seront les gardiens du phare détestant les vagues mais tant pis, refuser serait déplacé. Un sentiment de devoir les guide. Ils se tiendront là, vigies dans la nuit noire, se débrouilleront pour n’avoir ni froid ni peur. Or, n’avoir ni froid ni peu n’est pas normal. Il faut venir vers eux"


© Nath