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Trois soeurs
Laura Poggioli
Editions de l'Iconoclaste - Août 2022
Rentrée littéraire 2022

"S'il te bat, c'est qu'il t'aime" : proverbe russe en épigraphe du roman " Trois soeurs" de Laura Poggioli, paru aux Edtions de l'Iconoclaste en cette rentrée littéraire.

Alors que le mouvement #metoo fait son apparition en Occident, une loi est votée en Russie, dépénalisant les violences domestiques. Cynisme absolu, celle-ci porte le nom de "loi sur les gifles" , oui, vous avez bien lu.

Partant de ce constat, l'autrice mêle dans ce premier roman (nous en espérons de nombreux autres), deux histoires : celle, ayant défrayé la chronique, des soeurs Khatchatourian, qui ont tué leur père après des années et des années de violences et de sévices, et la sienne, alors qu'elle était une jeune étudiante résidant à Moscou et tombée amoureuse d'une homme russe.

Le 27 juillet 2018, Katerina, Angelina et Maria , alors âgées de 19,18 et 17 ans commettent ce que l'on nomme un parricide sur la personne de celui qui, archétype du patriarcat soviétique, a déjà chassé du domicile conjugal sa propre épouse, après lui avoir fait subir des horreurs, restées sous silence, malgré les tentatives de plaintes par elle-même. La loi est la loi, l'homme est dans sa toute puissance, et mal en prend à la femme qui ose dire.

Laura Poggioli tisse un lien entre l'intime du foyer et l'universel d'une nation , écrasée par la culture du silence, de la soumission, de la puissance masculine, et par des années de communisme.

Le déferlement médiatique qui a suivi l'affaires des trois soeurs a mis en lumière aux yeux de tous le système judiciaire russe,

L'autrice met en miroir de ce qui est un véritable fléau  et son propre vécu avec un étudiant russe, qui a fait preuve de violence à son encontre, sans doute, parce que cela fait partie des choses considérées comme "normales" quand on aime là-bas. Mais ne pensez pas pour autant ne trouver dans ce roman terrible que noirceur et cruauté. Laura raconte son amour pour la Russie, pays dont elle admire la beauté et la grande culture. C'est aussi l'histoire d'une amitié, celle qui est née avec Marina, à qui est dédié ce livre.

J'ai été profondément bouleversée par cette lecture, la thématique abordée me touchant tout particulièrement. J'ai aimé cette forme hybride de récit, qui permet de faire en sorte que le roman ne devienne pas une simple chronique sur ce sujet méconnu en France.

Il est à souhaiter de meilleurs lendemains tant pour nos soeurs russes que pour tout un peuple riche d'un héritage qu'il semble fouler au pied.

" Lioubovnaïa lodka razbilas’ o byt – La barge de l’amour s’est brisée contre le quotidien. » Dans la pudeur du mot « quotidien », il y avait la violence d’un régime qui avait dépossédé son peuple de la pensée, de l’intégrité, de la liberté"

© Nath