Le lundi, c'est poésie / littérature - Victor Hugo

"Messieurs des centres, Messieurs des extrémités, le gros du peuple souffre ! Que vous l’appeliez république ou que vous l’appeliez monarchie, le peuple souffre, ceci est un fait. Le peuple a faim ; le peuple a froid. La misère le pousse au crime ou au vice, selon le sexe. Et j’ai pitié du peuple, à qui le bagne prend ses fils, et le lupanar ses filles. Vous avez trop de forçats, vous avez trop de prostituées.
... Que prouvent ces deux ulcères ? Que le cœur social a un vice dans le sang. Puisque vous êtes en verve de suppressions, supprimez le bourreau. Avec la solde de vos quatre-vingts bourreaux, vous paierez six cents maîtres d’école. Songez au gros du peuple. Des écoles pour les enfants, des ateliers pour les hommes.
Une bonne éducation au peuple... Développez de votre mieux ces malheureuses têtes, afin que l’intelligence qui est dedans puisse grandir.
... La tête de l’homme du peuple, voilà la question. Cette tête est pleine de germes utiles. Employez pour la faire mûrir et venir à bien ce qu’il y a de plus lumineux et de mieux tempéré dans la vertu. Cette tête de l’homme du peuple, cultivez-la, défrichez-la, arrosez-la, fécondez-la, éclairez-la, morali-sez-la, utilisez-la ; vous n’aurez pas besoin de la couper"
Victor Hugo, extrait de Claude Gueux (1834)
