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Par les routes

Sylvain Prudhomme

Editions L’Arbalète Gallimard – Août 2019

Rentrée littéraire

 

Par les routes, de Sylvain Prudhomme, tout récent Prix Fémina (sauts de joie, bonds de cabri), c’est l’histoire de deux hommes, d’une amitié, d’un amour, d’un cheminement, de rencontres. C’est un récit d’une poésie inouïe, qui allie force et douceur, puissance et finesse, ombre et lumière.

C’est le genre de roman que l’on ne veut, que l’on ne peut, absolument pas refermer, tant on y est bien. Tant on y est Nous aussi sans doute.

Le narrateur, Sacha, écrivain quadragénaire, décide un jour de quitter Paris, la routine, qui le mène « de moins en moins loin », pour s’installer à V., petite ville du sud, endroit où il compte mener une vie calme.

« Je rêvais de repos. De lumière. D’une existence plus vraie. Je rêvais d’élan . De fluidité... »

Hasard ou Destin, c’est à V. qu’il va retrouver « l’autostoppeur », son meilleur ami de jeunesse, perdu de vue depuis dix-sept ans. Ensemble, ils ont sillonné les routes. Puis un jour, la trop grande liberté de l’un a effrayé l’autre. Alors, leurs chemins ont divergé. Et puis voilà, ils se retrouvent là, dans ce pan de terre, comme une évidence.

L’autostoppeur est maintenant en couple avec Marie, et père d’un petit garçon, Agustin. Mais son besoin de liberté, d’errance, de rencontres, demeure. Il s’offre des escapades, de temps à autre, et Marie, amoureuse et admirative, l’attend. Alors que Sacha se sédentarise, son ami lui, s’échappe. Quelques jours d’abord, puis de plus en plus souvent. Mais il est toujours là, présent. Par les cartes postales qu’il envoie depuis des lieux improbables, par les polaroïds qui s’accumulent, par cette présence que seule l’absence amplifie. Il part, pour découvrir. Découvrir d’autres âmes, se nourrir de celles-ci, convaincu que là est la vraie richesse. 

Au sein de la famille, Sacha va peu à peu s’imposer, comme une évidence lui aussi. Sacha qui avait cessé d’être amoureux. Sacha qui rêvait de solitude…

J’aime, j’aime profondément ce roman. Pour les thèmes qui y sont évoqués tout d’abord et puis pour cette langue, cette poésie, ce rapport à l’écriture, à l’autre, à la nature, à l’humanité. Oui, ce roman est un gigantesque cri d’Humanité . Avec un gigantesque H. C’est une ode à la Liberté. Avec un immense L. A l’amitié… Avec un A qui touche le ciel et ses constellations. A la solidarité. A tout ce que nous pourrions être.

Sylvain Prudhomme ne se positionne pas. Je veux dire par là qu’il n’y a pas un gentil et un méchant. Il y a deux hommes. Serions-nous tous composés de chacun d’eux ? Les deux ont su me séduire, faisant de ce roman un gigantesque coup de coeur, illuminant la grisaille des journées automnales. Vous savez pourquoi ? Tout simplement parce que l’Amour, ça fait du bien !! 

« Je me suis allongé. J’ai laissé ma tête se poser dans les herbes. Sur un coin de trèfles bien doux d’abord, dans le fraîcheur du sol. Puis sur mon duvet en guise d’oreiller, j’ai glissé ma tête. Je me suis détendu. Je me suis senti bien. J’ai pensé que je n’avais pas fait ça depuis longtemps:dormir tout habillé dans la terre. J’ai regardé les nuages dans le ciel. J’ai pensé que je n’arriverai jamais à dormir . Que cela faisait beaucoup de ciel blanc au-dessus de moi »

© Nath