Le Boudoir de Nath - Blog littéraire et culturel -

15 septembre 2021

Soleil amer - Lilia Hassaine

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Soleil amer
Lilia Hassaine
Editions Gallimard - Août 2021
Rentrée littéraire


Dans les années 1960, Naja vit et élève seule ses trois filles dans une Algérie récemment indépendante et encore blessée par le conflit que l'on connaît. Saïd, l'époux de la jeune femme, est parti, comme bien d'autres, chercher fortune et travailler en région parisienne.

Les années passant, et grâce à une promotion, la famille est réunie et se retrouve bientôt dans une cité HLM. De celles qui , flamblant neuves, tentait de faire oublier l'infâmie des bidonvilles que d'autres auteurs, tels Mehdi Charef (je vous conseille "Rue des Pâquerettes) ont si bien raconté.

C'était le temps des fontaines qui donnaient encore de l'eau, de la mixité sociale, le temps d'avant...

La vie va s'organiser, autour d'une solidarité féminine, où chacune va trouver sa place et s'épanouir.

Trois décennies vont s'écouler sous la plume de Lilia Hassaine, trente années de vie. Trente années, ça semble si peu, dit comme ça. Trente années scellées par un secret, par des désillusions, par le poids des traditions qui demeure très présent. La nostalgie côtoie la lumière, en permanence. Il y a là de solaires portraits de femmes, attachantes, fortes, et forcément attachantes.

Ce roman est celui de la mémoire perpétuée, de la dualité qui colle à la peau quand on est d'ici et d'ailleurs, et de nulle part concrètement.

Immigration, tradtions, émancipation, filiation, gémellitté, dénonciation du mépris envers ces laisssés pour compte, hérédité, poids du secret, hommage à la littérature et aux mots salvateurs, l'autrice aborde avec un talent immense tous ces thèmes (et tant d'autres) dans un roman bouleversant que j'ai dévoré en quelques heures et qui a toute sa place, sans nul doute, sur mon podium de joyaux de cette rentrée littéraire.

Je reconnais sans mal avoir plusieurs fois versé ma petite larme. J'ai été séduite, et c'est un euphémisme tant par le fond que par la forme. Sans doute parce que l'écriture est sublimissime, peut-être aussi parce qu'une petite partie de moi-même s'est reconnue dans l'histoire.

J'avais adoré "L'oeil du paon", je suis en amour absolu pour cette grosse claque que fut pour moi Soleil amer !

"Ta fatigue te rend belle, Naja. On devrait apprendre à aimer les traces du passé, les rides qui ressemblent à des larmes, celles qui témoignent d'un caractère anxieux et marquent le front. Les visages qui vieillissent le mieux sont ceux qui ont vécu"

© Nath

 

 


13 septembre 2021

Le lundi, c'est poésie / littérature - Khaled Hosseini

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"... Je l’ai entendu dire,
nous sommes les intrus.
Nous sommes les indésirables.
Nous devrions emporter
notre infortune ailleurs.
Mais j’entends la voix de ta mère, dominant la marée,
et elle me murmure à l’oreille,
« Oh, s’ils voyaient, mon amour. S’ils voyaient seulement la moitié
de ce que tu as vu. Si seulement ils voyaient...
Leurs paroles seraient plus douces, certainement. »

Je regarde ton profil dans le halo
de ce trois-quarts de lune, mon fils,
tes cils comme une calligraphie,
fermés dans un sommeil candide.

Je t’ai dit :
« Prends ma main.
Rien ne nous arrivera. »
Ce ne sont que des mots.
Le stratagème d’un père.
Cela tue ton père,
ta confiance en lui.
Parce que mes seules pensées,
ce soir,
sont la profondeur de la mer,
son immensité,
son indifférence.
Mon impuissance
à te protéger d’elle.

Je ne peux que prier.
Prier que Dieu guide ce bateau à bon port,
lorsque les côtes échappent à la vue
et que nous sommes une moucheture
dans le soulèvement des flots,
chavirant et versant, facilement engloutie.
Parce que toi, Marwan, tu es une cargaison précieuse,
la plus précieuse qu’il ait jamais été.

Je prie pour que la mer le sache.

Inch’Allah.

Combien je prie,
pour que la mer le sache"

Khaled Hosseini
Une prière à la mer (Editions Albin Michel)

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10 septembre 2021

La leçon de sourire - Ûdissa - Loïc Demey

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La leçon de sourire - 'Ûdissa
Loïc Demey
Cheyne Editeur - 2020


'Ûdissa, ça signifie Odyssée en arabe.

Loïc Demey raconte ici celle de Ziad Ferzat, un jeune tunisien, qui a décidé de quitter son pays pour tenter pour "grandir" ailleurs. En France plus précisément.

Ce court livre d'une cinquantaine de pages est celui de son Odyssée. Celle aussi de ceux qui sont prêts à risquer leur vie pour essayer de sauver leur peau.

A travers l'histoire de Ziad, de sa solitude, des rencontres qu'il va faire, de ses errances et questionnements, c'est tout le questionnement de l'immigration que l'auteur évoque. Cette immigration de misère, pour survivre. Juste survivre.

Les descriptions sont à couper le souffle, l'émotion est palpable, un coup de coeur que je vous invite à découvrir.
Un roman bouleversant,un récit initiatique d'une pudeur et d'une délicatesse extrêmes, d'une grande poésie, d'un réalisme indéniable, paru à l'occasion des 40 ans de la maison d'édition , autour du thème "grandir".

"Une vague, une vague, une vague, l'écume que sécrètent les vagues, l'eau qui imprègne le rivage laisse une couche de sable pâteux sur laquelle j'applique mes mains. Je pourrais observer la mer, son ressac et mes empreintes fugaces toute cette journée et celles qu'il me reste à connaître. Nizar Shahrour, mon grand-père, disait que ce ne sont pas les années qui font l'âge mais l'apparence du temps. Je m'appelle Ziad Ferzat, j'ai seize ans et il est temps, je dois partir".

© Nath

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08 septembre 2021

Au moins le souvenir - Sylvie YVERT -

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Au moins le souvenir
Sylvie Yvert
Editions Héloïse d'Ormesson - Septembre 2021
Rentrée littéraire


Lamartine. A jamais immortalisé pour son poème "Le lac", il fut aussi un homme politique, un militant engagé, un précurseur dans nombre d'idées telles que l'abolition de la peine de mort. Vous l'ignoriez ? Je dois bien vous avouer que moi aussi !

J'ai plongé avec délice, comme d'habitude, dans le tout nouveau livre de Sylvie Yvert, son troisième, qui nous transporte cette fois au coeur du XIXe siècle, dans une France balbutiant entre royalisme et républicanisme.
L'extraordinaire dans ce livre, dont je vous touche quelques mots ci-dessous, c'est cette façon qu'a son autrice de raconter un personnage, une époque, une temporalité historique, en prêtant sa plume à une voix. Ici, ce sera celle de Marianne, épouse du poète .

En effet, c'est elle qui va dérouler le parcours de son époux, et nous faire découvrir celui qu'il fut, tout en replaçant autour de lui un contexte fourmillant de détails d'une incroyable précision, sans pour autant être soporifiques, loin s'en faut.

Alphonse de Lamartine a vécu , enfin , c'est mon ressenti, plusieurs vies en une seule. Poète , dramaturge, académicien, il n'en fut pas moins un homme amoureux (et c'est là que nous retrouvons notamment le Lac), un époux, un père, un grand voyageur, un combattant, un politicien, et un candidat à la première élection présidentielle de 1848 (la toute première en France), après avoir joué un rôle prépondérant dans la Révolution qui eut lieu la même année.

Au moins le souvenir n'est pas qu'un roman historique. C'est aussi et surtour, selon moi, une sublime histoire d'amour. Entre un homme et une femme, entre un homme et une Nation, entre un homme et les mots. Ceux qui demeurent. C'est le récit d'une époque, où se côtoient tous ceux qui ont contribué à la faire. C'est un hommage.

J'ai été totalement conquise par ce chef d'oeuvre, et par l'écriture toujours virevoltante, somptueuse, et addictive de Sylvie Yvert. J'ai beaucoup aimé la forme narrative, cette capacité à faire entendre la voix des personnages, les bruits ,, à faire ressentir les émotions, à entrer totalement dans le récit, plongée incroyable dans une France dont je me rends compte que j'ignorais tellement d'événements pourtant importants. Je ne peux terminer sans souligner que ce roman trouve un écho à notre époque, et ça aussi , c'est juste inouï !

Voilà, je fais le choix de ne pas vous en dire plus, parce que ce livre, vous devez le lire !

Je remercie Sylvie et les Editions HéloÏse d'Ormesson, grâce à qui , j'ai pu côtoyer Marianne, Alphonse, George, Victor et tant d'autres en avant-première !


© Nath

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06 septembre 2021

Le lundi, c'est poésie / littérature - Frida Kahlo

Frida-Kahlo

 

12 septembre 1939

Ma nuit est comme un grand coeur qui bat.
Il est trois heures trente du matin.
Ma nuit est sans lune.
Ma nuit a de grands yeux qui regardent fixement une lumière grise filtrer par les fenêtres.
Ma nuit pleure et l'oreiller devient humide et froid.
Ma nuit est longue et longue et longue et semble toujours s'étirer vers une fin incertaine.
Ma nuit me précipite dans ton absence.
Je te cherche, je cherche ton corps immense à côté de moi, ton souffle, ton odeur.
Ma nuit me répond : vide ; ma nuit me donne froid et solitude.
Je cherche un point de contact : ta peau. Où es-tu ? Où es-tu ?
Je me tourne dans tous les sens, l'oreiller humide, ma joue s'y colle, mes cheveux mouillés contre mes tempes.
Ce n'est pas possible que tu ne sois pas là.
Ma tête erre, mes pensées vont, viennent et s'écrasent, mon corps ne peut pas comprendre.
Mon corps te voudrait.
Mon corps, cet aléa mutilé, voudrait un moment s'oublier dans ta chaleur, mon corps appelle quelques heures de sérénité.
Ma nuit est un coeur en serpillière.
Ma nuit sait que j'aimerais te regarder, chaque courbe de ton corps, reconnaître ton visage et le caresser.
Ma nuit m'étouffe du manque de toi.
Ma nuit palpite d'amour, celui que j'essaie d'endiguer mais qui palpite dans la pénombre, dans chacune de mes fibres.
Ma nuit voudrait bien t'appeler mais elle n'a pas de voix.
Elle voudrait t'appeler pourtant et te trouver et se serrer contre toi un moment et oublier ce temps qui massacre.
Mon corps ne peut pas comprendre.
Il a autant besoin de toi que moi, peut-être qu'après tout lui et moi ne formons qu'un.
Mon corps a besoin de toi, souvent tu m'as presque guérie.
Ma nuit se creuse jusqu'à ne plus sentir la chair et le sentiment devient plus fort, plus aigu, dénué de la substance matérielle.
Ma nuit me brûle d'amour.
Il est quatre heures du matin.
Ma nuit m'épuise.
Elle sait bien que tu me manques et toute son obscurité ne suffit pas pour cacher cette évidence.
Cette évidence brille comme une lame dans le noir.
Ma nuit voudrait avoir des ailes qui voleraient jusqu'à toi,
t'envelopperaient dans ton sommeil et te ramèneraient à moi.
Dans ton sommeil, tu me sentirais près de toi et tes bras m'enlaceraient sans que tu te réveilles.
Ma nuit ne porte pas conseil.
Ma nuit pense à toi, rêve éveillé.
Ma nuit s'attriste et s'égare.
Ma nuit accentue ma solitude, toutes mes solitudes.
Son silence n'entend que mes voix intérieures.
Ma nuit est longue et longue et longue.
Ma nuit aurait peur que le jour n'apparaisse jamais plus mais à la fois ma nuit craint son apparition, parce que le jour est un jour artificiel où chaque heure compte double et sans toi n'est plus vraiment vécue.
Ma nuit se demande si mon jour ne ressemble pas à ma nuit. Ce qui expliquerait pourquoi je redoute le jour aussi.
Ma nuit a envie de m'habiller et de me pousser dehors pour aller cherche mon homme.
Mais ma nuit sait que ce que l'on nomme folie, de tout ordre, sème désordre, est interdit.
Ma nuit se demande ce qui n'est pas interdit.
Il n'est pas interdit de faire corps avec elle, ça, elle le sait. Mais elle s'offusque de voir une chair faire corps avec elle au fil de la désespérance. Une chair n'est pas faite pour épouser le néant.
Ma nuit t'aime de toute sa profondeur, et de ma profondeur elle résonne
aussi.
Ma nuit se nourrit d'échos imaginaires. Elle, elle le peut. Moi. j'échoue.
Ma nuit m'observe. Son regard est lisse et se coule dans chaque chose.
Ma nuit voudrait que tu sois là pour se couler en toi aussi avec
tendresse.
Ma nuit t'espère. Mon corps t'attend.
Ma nuit voudrait que tu reposes au creux de mon épaule et que je me repose au creux de la tienne.
Ma nuit voudrait être voyeur de ta jouissance et de la mienne, te voir et me voir trembler de plaisir.
Ma nuit voudrait voir nos regards et avoir nos regards chargés de désir.
Ma nuit voudrait tenir entre ses mains chaque spasme.
Ma nuit se ferait douce.
Ma nuit gémit en silence sa solitude au souvenir de toi.
Ma nuit est linge et longue et longue.
Elle perd la tête mais ne peut éloigner ton image de moi, ne peut engloutir mon désir.
Elle se meurt de ne pas te savoir là et me tue.
Ma nuit te cherche sans cesse.
Mon corps ne parvient pas à concevoir que quelques rues ou une quelconque géographie nous séparent.
Mon corps devient flou de douleur de ne pouvoir reconnaître au milieu de ma nuit ta silhouette ou ton ombre.
Mon corps voudrait t'embrasser dans ton sommeil.
Mon corps voudrait en pleine nuit dormir et dans ces ténèbres être réveillé parce que tu l'embrasserais.
Ma nuit ne connaît pas de rêve pus beau que celui-là.
Ma nuit hurle et déchire ses voiles, ma nuit se cogne à son propre silence, mais ton corps reste introuvable. Tu me manques tant. Et tes mots. Et ta couleur.
Le jour va bientôt se lever.

 

Lettre de Fria Kahlo à Diego Rivera

 



 

 

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01 septembre 2021

Mourir au monde - Claire Conruyt

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Mourir au monde
Claire Conruyt
Editions Plon - Août 2021
Rentrée littéraire

Avant, elle s'appelait Axelle.

Maintenant, elle est Soeur Anne, elle a quarante ans, et a passé la moitié de sa vie entre les murs d'un couvent, persuadée depuis l'enfance, que sa place était là.

Au fil du temps, les doutes se sont immiscés, la foi ne suffisant parfois plus, et l'étau lui semblant se resserer de plus en plus.

Après un exil en Espagne dans des conditions très particulières, et un retour dans sa communauté qui la considère comme une malade dépressive, elle se retrouve en charge d'une jeune postulante, Jeanne. Serait-ce qu'à travers cette future novice, Soeur Anne voit le reflet de ses déserts personnels, de sa solitude, de cet isolement qui lui pèse, du manque de son frère ? L'existence de la religieuse va se trouver bouleversée. Elle qui n'a jamais connu l'amitié va se prendre d'une affection peu conventionnelle dans ce milieu clos, dirigé par des règles rigides , une hiérarchie établie et un protocole strict ,auxquels il faut forcément obéir.

Dans ce premier roman qui interroge sur la vie monastique, et plus largement sur le sens de l'existence et de l'engagement quel qu'il soit (religieux ici), Claire Conruyt, dans une langue musicale (il y est question de musique et de musicalité) et poétique évoque la vie en huis-clos, à l'intérieur d'un couvent.

J'ai été touchée par le personnage d'Axelle / Soeur Anne, par la petite fille qu'elle était et la femme gommée qu'elle est devenue, jusqu'à ce que, peut-être...

Je remercie l'autrice et les Editions Plon, grâce à qui j'ai pu cette histoire en avant-première.

© Nath

30 août 2021

Le lundi, c'est poésie / littérature - Richard Bach

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"Jonathan le Goéland avait eu l'intuition, toute sa vie durant, qu'un jour elle s'illuminerait de cet instant unique. Oui, ils avaient raison ! Il volerait ainsi plus haut encore et le moment était bien venu pour lui d'aller vivre en sa vraie patrie.

 Longuement, il promena un ultime regard sur les cieux, sur cette magnifique terre argentée où il avait appris tant de choses.

– Je suis prêt, dit-il enfin.

Et Jonathan Livingston le Goéland, accompagnant les deux goélands-étoiles, s'enleva pour disparaître avec eux dans le ciel d'un noir absolu."

Richard Bach - Jonathan Livingston le goéland

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27 août 2021

Le Monde qui reste - Pierre Vergely

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Le Monde qui reste
Pierre Vergely
Editions Héloïse d'Ormesson - Août 2021
Rentrée littéraire

Juillet 1940 : Charles Vergely, alors âgé de dix-sept ans, refuse la soumission nationale imposée par Pétain, et décide de rejoindre les rangs de la Résistance.

Arrêté quelques mois plus tard, il est emprisonné, battu, torturé et condamné à mort ainsi que six de ses amis ayant, tout comme lui, dit Non.

Pour survivre, et parce qu'il est hors de question pour lui dêtre infidèle à ses convictions, il va,jour après jour, puiser dans son mental de tout jeune homme la force de tenir face aux coups et aux condtions ignobles de détention.
Dans un univers où la mort côtoie la peur , la faim, la noirceur absolue, va se mettre en place une incroyable solidarité de laquelle naîtra l'élan vital nécessaire pour ne rien lâcher. Car tout réside là : ne rien céder, tout en sachant qu'on va être fusillé. Etre maître de son corps, tout comme de son âme. Ne pas renoncer et rester un homme debout, dans l'inhumanité environnante.

"J'ai dix-huit ans, j'ai le temps d'être en prison, m'enfermer ne changera rien. Plutôt mourir que de vivre sous Hitler".

De la prison du Cherche-Midi à celle de Fresnes, puis aux camps allemands, Charles Vergely sera l'exemple même du courage, jusqu'à l'acte ultime du pardon , après quatre ans, deux mois et trois jours de non-vie.

"... Je te pardonne... Mais jamais je n'oublierai".

L'auteur est le fils de Charles, et a pris sa voix tout au long de ce roman qui rend hommage à tous ceux qui ont fait preuve d'un courage et d'une détermination qui forcent l'admiration.

Je suis moi-même petite-fille de Résistant, bercée par ces mêmes idéaux. Alors, forcément, "Le Monde qui reste" a touché au plus profond mon coeur de lectrice, de femme, et de militante; Il fait partie de ces lectures qui demeureront longtemps gravées en moi. 

Je remercie l'auteur et les Editions HéloÏse d'Ormesson, grâce à qui j'ai pu faire cette merveilleuse lecture en avant-première.
© Nath

25 août 2021

Premier sang - Amélie Nothomb

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Premier sang
Amélie Nothomb
Editions Albin Michel - Août 2021
Rentrée littéraire

En août 1964, commençait au Congo la plus grande prise d'otages du XXe siècle. Parmi ceux-ci, Patrick Nothomb, alors Consul de Belgique, basé à Stanleyville.

Conduit face au peloton d'exécution, celui qui s'évanouissait à la seule vue du sang, va voir sa vie défiler. De son enfance d'orphelin de père jusqu'à la naissance de ses deux premiers enfants, et sous la plume de sa fille Amélie, il déroule le fil de son existence.

Délaissé par une mère éplorée, veuve inconsolable, il est régulièrement confié aux "bons soins" du clan Nothomb, pour "s'endurcir'. Celui-ci, mené par le fantasque et impitoyable Pierre, s'avérera un lieu de destruction, la misère, la maltraitance, y régnant en maîtresses absolues, de façon démentielle.

Dans ce roman particulièrement touchant , Amélie Nothomb rend un vibrant hommage tant à la filiation qu'à ce père décédé il y a un peu plus d'un an,, à l'homme qu'il fut, qui rêvait d'être gardien de but ou chef de gare, un être hors normes, à la fois fragile et solide.

J'ai pris beaucoup de plaisir à découvrir ce nouvel opus. Son ton intimiste, et cette forme de narration, à la première personne, m'ont touchée.

Preuve est faite que peut-être, ce qui ne tue pas rend réellement plus fort.

"Chaque moment est sécable à l'infini, la mort ne pourra pas me rejoindre, je plonge dans le noyau dur du présent"

"La paternité était ma vocation, je le sentais, et pourtant, je n'avais aucune idée de ce en quoi elle consistait".

© Nath

23 août 2021

Le lundi, c'est poésie / littérature - René Char

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J’habite une douleur

Ne laisse pas le soin de gouverner ton cœur à ces tendresses parentes de l'automne auquel elles empruntent sa placide allure et son affable agonie. L'œil est précoce à se plisser. La souffrance connaît peu de mots. Préfère te coucher sans fardeau ; tu rêveras du lendemain et ton lit te sera léger. Tu rêveras que ta maison n'a plus de vitres. Tu es impatient de t'unir au vent, au vent qui parcourt une année en une nuit. D'autres chanteront l'incorporation mélodieuse, les chairs qui ne personnifient plus que la sorcellerie du sablier. Tu condamneras la gratitude qui se répète. Plus tard, on t'identifiera à quelque géant désagrégé, seigneur de l'impossible.

Pourtant.

Tu n'as fait qu'augmenter le poids de ta nuit. Tu es retourné à la pêche aux murailles, à la canicule sans été. Tu es furieux contre ton amour au centre d'une entente qui s'affole. Songe à la maison parfaite que tu ne verras jamais monter. À quand la récolte de l'abîme ? Mais tu as crevé les yeux du lion. Tu crois voir passer la beauté au-dessus des lavandes noires…

Qu'est-ce qui t'a hissé une fois encore, un peu plus haut, sans te convaincre ?

Il n'y a pas de siège pur.

René Char (recueil Fureur et Mystère)

Posté par Nath-A-Lie à 06:26 - Commentaires [0] - Permalien [#]