Le Boudoir de Nath - Blog littéraire et culturel -

23 avril 2018

Le poète de la semaine - Federico GARCIA LORCA

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Et la chanson de l'eau
Reste chose éternelle...
Toute chanson
est une eau dormante
de l'amour.
Tout astre brillant
une eau dormante
du temps.
Un noeud
du temps.
Et tout soupir
une eau dormante
du cri.

Federico Garcia Lorca

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20 avril 2018

#ReadingClassicsChallenge2018 - Dix petits nègres - Agatha CHRISTIE

 

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Dix petits nègres

Agatha CHRISTIE

Edition : le Livre de Poche

224 pages

#ReadingClassicsChallenge2018

 

« J’ai écrit Dix petits nègres parce que le livre me semblait une telle gageure que l’idée m’a fascinée » (Agatha Christie).

L’île du Nègre, au large du Devon, est l’objet de tous les fantasmes et de toutes les supputations. On la prétend propriété d’un milliardaire américain, ou  d’une star hollywoodienne. On la suppose base secrète de  l’Amirauté britannique.

Le jour où dix personnes, sans aucun lien, reçoivent une invitation de la part de Mr et Mrs O’Nyme, il semble totalement inenvisageable, à chacun d’eux, de refuser ce privilège.  Voici donc ces dix inconnus, trois femmes et sept hommes, réunis sur un bout de terre coupé du reste du monde, à la merci d’un mystérieux onzième personnage, qui fait bientôt entendre sa voix par l’entremise d’un  message enregistré, révélant la liste des crimes commis par chacun d’eux, et qui sont restés impunis.

Ils vont disparaître les uns après les autres, tous victimes de mort violente. Le plus édifiant est sans doute que chaque décès se rapporte à une comptine (affichée dans chaque chambre), et qu’il est suivi de la disparition de l’une des dix statuettes présentes dans la salle à manger.

Chacun des personnages est étudié à la loupe, sa psychologie brillamment passée au tamis date la plume d’Agatha Christie.

La tension monte crescendo, le piège se referme page après page jusqu’au dénouement final, aussi inattendu qu’éblouissant !  Un véritable retournement, un séisme, un feu d’artifice !

Dix petits nègres est selon moi le plus magistral roman de l’autrice. C’est du très, très grand Art. Avec un A majuscule. Un incontournable classique à découvrir, ou redécouvrir.

J’ai fait cette (re) lecture dans le cadre de ma participation au #ClassicsReadingChallenge2018.  Ce fut un  immense plaisir de retrouver ce monument de la littérature et la  plume de la Duchesse de la mort.

© Nath

La comptine des dix petits nègres :                                                                 

 

Dix petits nègres s'en allèrent dîner.
L'un d'eux s'étouffa
et il n'en resta plus que Neuf.

Neuf petits nègres veillèrent très tard.
L'un d'eux oublia de se réveiller
et il n'en resta plus que Huit.

Huit petits nègres voyagèrent dans le Devon.
L'un d'eux voulut y demeurer
et il n'en resta plus que Sept.

Sept petits nègres coupèrent du bois avec une hachette.
L'un d'eux se coupa en deux
et il n'en resta plus que Six.

Six petits nègres jouèrent avec une ruche.
Une abeille a piqué l'un d'eux
et il n'en resta plus que Cinq.

Cinq petits nègres étudièrent le droit.
L'un d'eux devint avocat
il n'en resta plus que Quatre.

Quatre petits nègres s'en allèrent en mer.
Un hareng saur avala l'un d'eux
et il n'en resta plus que Trois.

Trois petits nègres se promenèrent au zoo.
Un gros ours en étouffa un
et il n'en resta plus que Deux.

Deux petits nègres s'assirent au soleil.
L'un d'eux fut grillé
et il n'en resta donc plus qu'Un.

Un petit nègre se trouva tout seul.
Il alla se pendre
et il n'en resta plus Aucun.

 

 

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18 avril 2018

Une île quelconque - L'archipel du chien - Philippe CLAUDEL

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L’archipel du chien

Philippe CLAUDEL

Editions Stock

Collection la Bleue –Mars 2018

288 pages

 

« L’histoire qu’on va lire est  aussi réelle que vous pouvez l’être. Elle se passe ici, comme elle aurait pu se dérouler là. Il serait trop aisé de penser qu’elle a eu lieu ailleurs. Les noms des êtres qui la peuplent ont peu d’importance. On pourrait les changer. Mettre à leur place les vôtres. Vous vous ressemblez tant, sortis du même inaltérable moule ».

Une île mystérieuse, hors du temps, quelque part dans une mer qui ressemble fort à la Méditerranée, ce cimetière des oubliés de l’Humanité, est le lieu où se déroule ce tout dernier roman de Philippe Claudel, paru aux Editions Stock. Un projet de Thermes doit s’y développer, promettant de donner un essor à cet endroit autarcique,  paisible, baigné de soleil, veillé par un volcan en sommeil.

Le calme et la sérénité régnants vont bientôt être troublés, et c’est peu de le dire, par la découverte de trois cadavres, rejetés par la mer, sur l’une des plages.  Trois cadavres qui viennent de « là-bas ».

Dès lors, chacun des personnages que l’on croise au fil du récit va être confronté à sa conscience, à  son choix.  En effet, que faire de ces corps ?  Divulguer la nouvelle et par là-même, prendre le risque de ternir l’image de ce petit paradis ?  Les cacher ? Les enterrer ?  Dire ? Se taire ? 

Cinq façons archétypales  d’appréhender la situation  vont se confronter : le Maire, le Docteur, le Curé, l’Instituteur, et la Vieille.  Cinq pensées  formatées par la position sociale, les valeurs, les croyances, les peurs.  Cinq paires d’yeux, cinq cœurs, cinq regards sur ce qui est étranger à l’île.

Le problème des migrants, des déracinés, des exilés est cher à Philippe Claudel, et c’est tant mieux ! C’est tant mieux si la littérature peut réveiller  des consciences endormies. C’est tant mieux si elle peut nous amener à de nécessaires interrogations (qu’aurions-nous fait ? Aurions-nous mieux fait ? Aurions-nous succombé à la facilité de la lâcheté ?)

L’archipel du chien est un conte. Cruel et âpre.  Tout comme est cruel ce monde qui ferme les yeux en toute impunité sur tout ce qui dérange sa tranquillité.  C’est un regard sans concession sur une humanité qui ferme des portes et construit des murs. Par peur. Par ignorance.

L’écriture de Philippe Claudel est comme toujours d’une extraordinaire acuité,  elle percute. Elle chamboule. 

Je remercie les Editions Stock pour ce moment de lecture,  ce  grand moment d’Humanité.

« La plupart des hommes ne soupçonnent pas chez eux la part sombre que pourtant tous possèdent.   Alors, quand ils la contemplent pour la première fois dans le secret de leur conscience, ils en sont horrifiés et ils frissonnent ».

© Nath

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16 avril 2018

Le poète de la semaine - Christian BOBIN

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J’ai rendez-vous chaque matin avec la beauté du monde. La beauté du monde est assise en face de moi. La beauté du monde change de chaise chaque jour. La beauté du monde, à mon réveil, s’appuyait, rêveuse, sur le portail blanc d’une maison de l’autre côté de la rue.  Hier la beauté du monde était assise en tailleur sur les fleurs que je venais d’acheter, des roses d’un blanc crémeux. La beauté du monde est discrète, connaît la splendeur de l’humilité. La beauté du monde sait se rendre invisible et passer incognito sur les ailes de Mozart ou dans les cavalcades de Bach. La beauté du monde ne dédaigne pas non plus le jazz. La beauté du monde est belle de ne rien dédaigner. Tout lui est refuge, temple, scène.  La beauté du monde a posé ses mains de neige sur mes épaules. Elle m’a regardé droit dans les yeux, m’a dit : toi, tu devrais faire comme moi, longtemps dormir, longtemps mourir, une cure d’absence et de silence, regarde comme ça me va bien.

Et la beauté du monde s’est mise à danser sur le bureau – une danse maladroite, adorable. J’ai  souri.  Je me suis préparé une troisième tasse de café, les deux premières ne comptent pas, les deux premières ne comptent jamais.  La beauté du monde s’est assise au bord de la tasse, m’a dit : devine d’où vient ma fraîcheur. Je ne sais pas, lui ai-je répondu, écarte-toi un peu, je ne veux pas t’avaler avec mon café. La beauté du monde a éclaté de rire, a fait le tour de l’appartement, mis son nez dans mes carnets, ramassé un pull qui avait glissé d’un fauteuil, s’est penchée à la fenêtre, s’est retournée en criant : ma fraîcheur, tu sais, c’est parce que je désespère et  que j’espère dans le même temps, à chaque seconde, ça me va bien au teint, tu ne trouves pas ? Puis la beauté du monde est partie dans toutes les directions à la fois et je suis allé me préparer une quatrième tasse de café.

Christian Bobin

Autoportrait au radiateur

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14 avril 2018

Dans le ventre du loup - Héloïse GUAY de BELLISSEN

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Dans le ventre du loup

Héloïse GUAY de BELLISSEN

Editions  Flammarion – Février 2018 –

336 pages

 

« Cette histoire, c’est une histoire de non-dit de part et d’autre, de vacarme silencieux, d’enfance mise à nue,  mise à mal, et d’écriture, de mots que les enfants se repassent. Il est passé par ici, il repassera par là. »

Je l’avoue humblement, jusqu’à ce que j’assiste à une rencontre en librairie réunissant Philippe Jaenada et Héloïse Guay de Bellissen, je ne connaissais rien de l’œuvre de cette dernière. Convaincue de pallier cette lacune par un éminent blogueur, c’est toutefois avec circonspection que je me lançai dans la lecture de « Dans le ventre du loup », le sujet me semblant ô combien difficile. Et puis, dès les premières pages, la magie a opéré. Celle-là même qui fait que tu ne peux plus reculer, qu’en apnée tu es, que la voix de l’autrice résonne en toi dans toute la force de sa fragilité, et que finalement, ce que tu appréhendais se transforme en coup de cœur !

Ce roman est celui d’enfances sacrifiées sur l’autel du silence.  Sur celui de l’abominable. Sur celui de la violence.  Ce silence-serpent qui enserre ses proies en les étouffant. Silence autour du meurtre atroce de Sophie, jeune cousine d’Héloïse, assassinée à l’âge de neuf ans par un psychopathe, à Annemasse. Silence, chape de plomb pesant sur les épaules du meurtrier, lui-même victime du Loup alors qu’il était enfant. Silence et secret , mots tus, mots ensevelis, mots pour maux.

C’est à l’âge adulte qu’Héloïse va apprendre ce qui lui avait été caché . Au fond d’elle-même, elle sentait que quelque chose n’allait pas. Sans pouvoir l’expliquer pour autant. Alors, une fois un coin de voile levé, elle va décider de partir sur les traces de sa cousine, pour « recréer un lien, revenir vers les origines, rassembler les bouches cousues ».    Dès lors, les liens familiaux vont exploser, le brouillard va se lever, s'ouvrant sur des arrrière-cours sombres, faisant apparaître au grand jour des secrets, des souffrances.

J’ai eu l’impression de développer une photo de famille, une photographie argentique, négatif, bain révélateur, et agrandisseur.

L’écriture est bouleversante de sincérité, de fragilité, à l’image de l’autrice.  Elle est à fleur de peau.  Des extraits de contes traditionnels viennent ponctuer le récit, comme autant de respirations silencieuses.  Dans le ventre du loup est un roman métaphorique et cathartique, fort, intense, qui te laisse haletant(e) de bout en bout.  Un chef d’œuvre m’avait dit le copain blogueur qui m’en avait parlé. Je confirme : un chef d’œuvre !

© Nath


12 avril 2018

Coup de coeur ! Une famille très française - Maëlle GUILLAUD -

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Une famille très française

Maëlle GUILLAUD

Editions Héloïse d’Ormesson – Avril 2018 –

208 pages

 

Cette famille très française, c’est celle de Jane Duchesnais, la meilleure amie de Charlotte, qui est le personnage principal de ce roman.

Une famille très «comme il faut », dans cette norme qui n’est pas celle de Charlotte Prieur. Une norme que l’on sent immédiatement malsaine et oppressante.   De celles qui enserrent, méprisent, distillent un venin larvé sous  le vernis d’une apparence irréprochable et admirable.  Admiration  pour le père , Bernard, « Charismatique, élégant, incroyable ».  Emerveillement pour Marie-Christine, la mère si élégante, avec son collier de perles et ce foulard dont le pli varie chaque jour.   Attirance pour le fils prodigue, Gabriel, et amitié éblouie pour Jane

Forcément, Charlotte envie.  Forcément, elle idéalise. Forcément, elle se méprise. Elle, au « corps-enclume ». Elle , dont la famille est aux antipodes des Duchesnay.  Elle, dont la mère volubile, fantasque et chaleureuse, n’a pas cette élégance, ce raffinement, cette appartenance à un pays, à une classe sociale, à une caste aux codes définis. Elle, dont le père est humilité et discrétion. Elle, dont la grand-mère  s’exprime dans une langue toute d’amour, toute à elle, à elles, loin de cet impeccable français si naturel chez les Duchesnay.

« Ce minuscule bout de femme au corps râblé remplit leur univers d’un ailleurs étrange qu’elle  adore. Sa voix porte le chant du Maroc, des promesses lumineuses ».

Charlotte est écartelée, entre son quotidien qu’elle aime autant qu’elle l’abhorre parfois. Entre ces traditions qui lui sont chères et qu’elle aimerait pourtant fuir.

Forcément, le miroir aux alouettes Duchesnay ne peut que la séduire.   Mais, très rapidement, l’image parfaite de cette famille aux contours lisses , va se craqueler, s’écorner, se flétrir. Pour laisser place à un reflet laid, sale.

Suite à un évènement dramatique, les masques vont tomber.  Les personnalités vont se révéler sous leur jour le plus hideux.

« Cet homme, dont elle enviait l’élégance, l’érudition, la famille, cet homme est un monstre ».

Dès lors, Charlotte va se retrouver engluée, engloutie, dans une spirale infernale, murée dans le silence, se réfugiant dans le mutisme et la culpabilté. « Ce qu’elle tait n’existe pas ».

Il faudra du temps, des larmes,  des strates de désillusion,  des deuils, pour qu'elle ait la force de se dégager de cette emprise clanique, se libérer des liens empoisonnés, pour devenir enfin elle-même.

« J’ai fait d’eux une famille idéale. Je les voyais comme ils aiment à se présenter. Une famille très française, qui, malgré moi, m’ensorcelait ».

Une famille très française est le second roman de Maëlle Guillaud. Dans un registre totalement différent de Lucie ou la vocation (encore que... ), elle entraîne cette fois le lecteur dans un questionnement sur l’identité culturelle, sur les racines, sur la sacro-sainte apparence. Paraître plutôt qu’être.  Elle égratigne, elle gratte le vernis, le fond de teint qui dissimule, et  dévoile des portraits sans fard. Et elle le fait magistralement. 

Le style est concis, servi par des phrases courtes, lapidaires. La plume est envoûtante, et fait de ce roman, une fois encore, un véritable page-turner.

Le phénomène de l’emprise est analysé dans toute sa laideur , les paradoxes de l’adolescence sont brillamment mis en lumière, et on ne peut qu’éprouver une grande tendresse pour Charlotte.

Je remercie l’autrice (je commence à m’habituer au mot) que j’aime autant que Charlotte, ainsi que les Editions Héloïse d’Ormesson, qui ont décidément le chic pour illuminer mon cœur de lectrice de si jolies pépites.

© Nath

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10 avril 2018

Musique et Liberté - La débrouillardise - Lucie LAND

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La débrouillardise

Lucie LAND

Editions Grasset – février 2018

342 pages

 

La débrouillardise, c’est le maître-mot de Katarina, le personnage principal du roman de Lucie Land.  Jeune fille totalement atypique, libre comme l’air qu’elle respire, elle a été renvoyée de son lycée.  Sa vie se partage depuis entre errances parisiennes diurnes et musique nocturne.

Ah oui, j’avais oublié de vous préciser que Katarina est Rom.  Elle vit avec son père et ses frères dans une caravane, posée dans un campement. Sa mère est décédée dans des conditions tragiques (pour en savoir plus, il faut lire « Gadji » précédent roman de l’autrice).  La musique est le trait d’union entre les membres de cette famille, mise en marge d’une société dans laquelle elle ne se reconnaît pas et qui ne la reconnaît pas davantage.

Katarina, ce qu’elle aime, c’est être libre. Et puis aussi lire. Lire beaucoup. Et écrire.  Vivre, lire, écrire, sans entraves, sans joug, sans direction imposée

Cette quête de liberté absolue,  cette quête d’indépendance trouvent peut-être leur source dans ce manque maternel qui revient au fil des pages, lui donnant paradoxalement la force de ne pas se conformer à un moule sociétal, d’aller de l’avant,  au nom de la liberté d’Etre soi.

« Mama, tu m’as toujours fait confiance, alors survivre n’est pas si compliqué. Tu vois, je suis auprès de tes fils dont tu étais si fière, et auprès de ton Zéus… Ne crains rien, on n’est pas des moutons. Si la porte est fermée, on passera par la cheminée. Si y’a pas de cheminée, on creusera un tunnel. Papa a raison. Pour les choses mécaniques, on peut toujours se faire remplacer, ni vu ni connu.  Pour le reste, la joie et la transmission, chacun est indispensable ».

De Paris à Marseille, de la caravane familiale misérable au soleil méditerranéen, de la musique au silence, Katarina avancera. Sans se retourner.

L’écriture est lumineuse, musicale. Elle s’envole et virevolte. Elle est Vie, elle est parfois nostalgie, parfois tristesse, mais toujours Espoir.

« Je me remets à trottiner. Je n’ai pas de passé. Je suis la femme légère ».

Lucie Land est indissociable de Katarina, et inversement : deux jeunes femmes libres, liées par l’écriture, l’une ayant donné naissance à l’autre. Ou l’autre ayant donné à l’une, qui sait ?  La débrouillardise, outre un hymne à la liberté, à la tolérance, à la musique, à la littérature, et à l’écriture, est un splendide conte initiatique.

Je remercie les Editions Grasset pour cette belle découverte.

© Nath

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09 avril 2018

Le poète de la semaine -Jacques AUDIBERTI

  

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Vera-Cruz

Ce petit qu'il faut qu'on fusille

on le mena devant la croix.

Cigarettes, blancheurs de fille,

il tira de sa poche, trois.

Une, il la mit à son esgourde,

l'autre à sa lèvre, puis en l'air,

jette son chapeau qui tourne

comme le soleil du désert.

La troisième, soit une sainte,

sur le calvaire il la perdit.

C'est elle qui poussa la plainte

puisque les hommes n'ont rien dit.

Jacques AUDIBERTI

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07 avril 2018

Rencontre avec Agnès MARTIN-LUGAND

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Rencontre avec Agnès MARTIN-LUGAND

07 avril 2018

 

Ce matin, j’ai eu le privilège de rencontrer, ainsi que d’autres lectrices, une autrice dont le premier roman  "Les gens heureux lisent et boivent du café " (paru en 2013) m’avait bouleversée.

C’est dans un bel appartement parisien, après l’épreuve des six étages sans  ascenseur (une peccadille !), que le temps s’est suspendu, et que nous avons pu partager un délicieux moment avec Agnès Martin-Lugand.

Il fut bien sûr question de ses différents livres, dont vous trouverez la liste ci-dessous, mais aussi de littérature de façon plus générale, de musique, de plages irlandaises et de bastides provençales. Beaucoup de rires, des émotions partagées, et l’évocation de tous ces petits bonheurs, de toutes ces lumières pour lesquels la Vie est une immense gratitude. Agnès a évoqué son travail d’écriture, et ses personnages : des femmes blessées, dont la force se révèle au fil des récits.

Portrait chinois d’Agnès :

     - Si tu étais un livre ? :

 Les Contes de Grimm .  C’est le livre qui a posé les bases pour que je puisse rentrer plus tard dans la lecture.

        - Si tu étais un film ?

Moulin Rouge ( Un film d’une grande richesse)

          - Si tu étais une ville ?

 Il y a quelques années, j’aurais dit Paris…Mais aujourd’hui, je vais dire  St Malo. C’est chez moi, on revient toujours à ses racines.

         - Si tu étais le personnage de l’un de tes romans ?

 J’ai laissé un peu de moi dans chacune,  et chacune m’a laissé un petit peu d’elle. Diane est ma copine (sans elle je ne serais pas là aujourd’hui). Iris,  c’est la dimension du  rêve, de l’explosion. Yaël est la vampire.  Véra est la maman en moi. Et puis Hortense, même si je ne suis pas de là-bas, c’est aussi l’amour de cette région-là.

        -  Et pour finir… une chanson ?

 Ce serait Little Love d’Aaron . C’est celle de « La vie ...facile », c’est celle qui a donné son titre au roman. Et puis il y a les morceaux personnels par rapport à des moments de vie, que l’on écoute avec nostalgie, mais qui ne nous correspondent plus.

Je remercie Agnès Martin-Lugand et les Editions Pocket (qui m’ont autorisée à publier ce portrait chinois réalisé par leurs soins).  Ce matin fut un grand et beau moment.   Je remercie la Vie qui m’offre ces cadeaux-là, ces rayons de soleil, ces instantanés de bonheur à l’état pur.

© Nath

Œuvres :

2013 : Les gens heureux lisent et boivent du café, Éditions Michel Lafon et Pocket

2014 : Entre mes mains le bonheur se faufile, Éditions Michel Lafon et Pocket

2015 : La vie est facile, ne t'inquiète pas, Éditions Michel Lafon et Pocket

2016 : Désolée je suis attendue, Éditions Michel Lafon et Pocket

2016 : Merci la maîtresse, nouvelle dans 13 à table ! 2017. Paris : Pocket n° 16745,

2017 : J'ai toujours cette musique dans la tête, Éditions Michel Lafon et Pocket

2018 : À la lumière du petit matin, Éditions Michel Lafon

 

 

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05 avril 2018

Un Everest d'enfance - Seuls les enfants savent aimer - CALI

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 Seuls les enfants savent aimer

CALI

Editions le Cherche-Midi  - Janvier 2018 –

192 pages

 

« Depuis ton départ, un voile noir a recouvert notre maison. Nous peignons tes silences sur les papiers chagrin des murs ».

Lorsque le petit Bruno, âgé de six ans, perd sa maman, son monde s’écroule. Le chagrin l’ensevelit tout autant que la chape de silence qui entoure ce deuil.   Du haut de son enfance, du haut de ses larmes,  il va enlacer le vide, éperdu et perdu. En quête d’amour, en quête de tendresse, en quête de mots.

« Mireille, je sais que c’est toi,  Maman. Mais « décédée », ça veut dire quoi ?»

Seuls les enfants savent aimer, c’est huit mois de la vie de Cali.  Huit mois au cours desquels il nous ouvre la porte de son univers d’enfant. Avec ses mots d’enfant. Huit mois au cœur de cette famille aimante mais brisée.  Huit mois avec un papa éteint, qui se noie. Huit mois, presque le temps d’une grossesse.   Certes, il y a Aldo, Sandra, Gina, pépé, mémé , tonton et tata, qui font de leur mieux. Avec leur peine à  eux . Mais il y a surtout Alec, le meilleur ami, celui qui lui a promis qu’ils ne mourront jamais. Et Carol Bobé, l’amoureuse, celle qui fait battre son cœur et à qui ce magnifique livre est d’ailleurs dédié.  Un amour d’enfant. Unilatéral. Une amitié d’adulte.  Jusqu’au bout.

Seuls les enfants savent aimer, chante et écrit Cali.   Je rajouterais juste que Bruno sait donner un amour immense, immense.

Prétendre que ce roman est touchant est un euphémisme. Il m’a mis le cœur sens dessus dessous  Tant par la poésie qui en émane que par la souffrance de cet enfant amputé d’amour.  Il ne lui manque pas un bras ou une jambe. Il lui manque bien plus : une mère. 

La langue est aussi pure que lumineuse, aussi ensoleillée que ce village catalan que je connais bien.  L’auteur a su faire du fardeau de sa peine un écrin de douceurs et de grâce.  Il a réussi le tour de force de transformer ses larmes en une ode à l’amour. J'évoquais plus haut une grossesse :  un écrivain est né !

Sans doute parce que nous partageons, Bruno et moi, une blessure commune (ce manque qui engloutit comme des sables mouvants), je me suis sentie très proche de ce petit bonhomme, de l’adulte qu’il est devenu. Parce que  toutes les carences, tous les deuils, sont une attente éternelle. Parce que l’absence (qui n’est pas que la mort) laisse des cicatrices à vie, parce que la cécité affective et le néant sont des failles obscures, j’ai été bouleversée par cette lecture.

« Seuls les enfants savent aimer.
Seuls les enfants aperçoivent l’amour au loin, qui arrive de toute sa lenteur, de toute sa douceur, pour venir nous consumer.
Seuls les enfants embrassent le désespoir vertigineux de la solitude quand l’amour s’en va.
Seuls les enfants meurent d’amour.
Seuls les enfants jouent leur coeur à chaque instant, à chaque souffle.
À chaque seconde le coeur d’un enfant explose. »

© Nath

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