Le Boudoir de Nath - Blog littéraire et culturel -

20 juin 2018

La griffe Menegaux : le retour (et c'est tant mieux) - Est-ce ainsi que les hommes jugent ? Mathieu MENEGAUX

35425276_10211693740394294_8312073714304811008_n

 

 

Est-ce ainsi que les hommes jugent ?

Mathieu MENEGAUX

Editions Grasset -  Mai 2018

 

Est-ce ainsi que les hommes jugent est le troisième roman de l’un de mes auteurs-chouchous, Mathieu Menegaux.

Foudroyée par «  Je me suis tue », renversée par « Un fils parfait », c’est à bout de souffle que je viens de tourner l’ultime page de ce turn-over, véritable plongée en apnée dans les arcanes de la justice injuste, dans les méandres les plus obscurs de l’âme humaine, et dans le monde parfois immonde des réseaux sociaux.

Gustavo est un homme tranquille. Marié à Sophie, père de deux garçons,  cadre supérieur, pavillon en banlieue, l’image même de la réussite et de la sérénité, idéale pérennité. Il est d’origine argentine, mais sa mère a voulu qu’il grandisse en France, pays des Droits de l’Homme et de l’égalité des chances. 

Cet équilibre va se trouver bouleversé un matin de mars 2016, par l’irruption de la police chez lui. Perquisition, garde à vue, interrogatoires, et sidération totale lorsqu’il prend connaissance des motifs de ce cauchemar : tentative d’enlèvement et homicide volontaire.  Actes qui auraient été perpétrés trois ans auparavant.

Tout cela aurait pu donner lieu à un roman d’été, de ceux qui vous font passer un bon moment, doigts de pieds en éventail au bord de l’eau, de ceux qui glissent sur vous, et que vous avez tôt fait d’oublier une fois refermé.  Loin de la facilité, Mathieu Menegaux va encore une fois, plus loin que loin.  Du genre on dépasse les bouées qui balisent l’espace réservé aux nageurs, pour entrer dans les grandes eaux.  Il vous embarque,  vous séquestre et ne vous lâche pas. 

 La magie de la « griffe Menegaux », c’est cet art qui est le sien de vous faire plonger dans les pensées de chacun des personnages, avec une force absolument percutante. Vous êtes Gustavo, vous crevez de peur, parce que vous n’avez rien fait, et que personne ne veut vous entendre. Condamné d’office.  Oubliée la présomption d’innocence !  Vous n’avez rien fait d’autre que de posséder la même voiture que l’assassin, le vrai. 

Vous êtes Sophie, vous vous battez à ses côtés comme une lionne, pour sauver l’homme que vous aimez, pour préserver votre famille…

 Vous êtes ce policier, le commandant Defils. Vous avez promis à une enfant orpheline , trois ans plus tôt, de retrouver le meurtrier de son père. Vous approchez de la retraite, vous vous voulez tenir votre parole, coûte que coûte.

Vous êtes les enfants de Gustavo et Sophie, vous êtes Claire, jeune fille déchirée, qui rêve de vengeance.

Vous êtes le spectateur de cette descente aux Enfers, de cette traversée du Styx, à laquelle vous assistez en toute impuissance.  Vous avez juste envie de bannir à jamais ces chaînes dites d’information, qui au nom du dieu Audimat, sont prêtes à tout.  Et que dire des réseaux sociaux, des hastags haineux, des dénonciations péremptoires, calomnieuses, dignes d’une époque que l’on pensait révolue ?

Brûlant d’intensité, et collant à l’actualité, écrit  (comme toujours)  avec une plume acérée et impitoyable,  avec ce talent qui fait qu’on aime forcément son auteur, Est-ce ainsi que les hommes jugent est l’un de ces romans qui vous clouent sur place, qui vous transpercent le cœur. 

Petite note personnelle :   j’ai été très touchée également par les deux allusions à Aragon (le titre et le clin d’œil dans les remerciements) .

© Nath


18 juin 2018

Le poète de la semaine - Jaques PREVERT

prevert

 

 

Le jardin 

Des milliers et des milliers d'années  
Ne sauraient suffire  
Pour dire  
La petite seconde d'éternité  
Où tu m'as embrassé  
Où je t'ai embrassèe  
Un matin dans la lumière de l'hiver  
Au parc Montsouris à Paris  
A Paris  
Sur la terre  
La terre qui est un astre.  

Jacques PREVERT

 

Posté par Nath-A-Lie à 03:18 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

17 juin 2018

J'ai rencontré....Frédéric COUDERC

20180523_172624[1]

 

"Aucune pierre ne brise la nuit", paru le 3 mai 2018 aux Editions Héloïse d’Ormesson est le dernier roman de Frédéric Couderc. J’ai eu la chance de rencontrer l’auteur, un joli moment dans un café parisien, endroit que l’on retrouve d’ailleurs dans le livre.

Comment est né ce roman, dont la toile de fond, est, rappelons-le, la dictature argentine et les multiples horreurs qu’elle a engendrées ?

Dès l’adolescence, j’ai été bouleversé par l’histoire de la dictature en Argentine,  que j’ai découverte en 1978 à l’occasion du Mondial de football qui s’y déroulait. J’étais alors dans une sorte de contradiction : j’aimais le football et je comprenais le nécessaire boycott. Je lisais grâce à mes parents des tas de choses sur  le sujet.   Je me suis aperçu que de nos jours, en France, Pinochet et le Chili recouvraient toute l’actualité.  Tout le monde connaît Pinochet, personne ne semble avoir entendu parler de Videla.

Quelle a été, quelle est,votre méthode d’écriture ?

J’ai commencé à enquêter, et d’emblée, j’ai été frappé par les vols de la mort .  Ce mépris du corps humain, cette façon de le faire disparaître ainsi (des milliers de desparecidos, rappelons-le) est pour moi une chose monstrueuse.  Nous sommes là dans les abysses. Il y a partout dans le monde des massacres,  mais balancer un corps à 3000 mètres d’altitude est un acte particulièrement abominable. A cela se rajoutent les tortures par l’ESMA, et cette chose immonde qui est une arme de guerre , à savoir le viol de jeunes femmes.   J’ai voulu rester dans cette veine d’un roman à la croisée des genres, d’un roman « transgenre ».  Il est nécessaire d’aborder la littérature par de multiples points d’entrée je pense.  Pour moi le plus important, ce sont toujours, dans tous mes romans, , les sentiments et les histoires d’amour. Quand j’écris, je tiens à rester dans la crédibilité.

A propos d’histoire d’amour, vous avez mis ici en présence deux personnages que rien ne prédestinait à se rencontrer :  Gabriel, le réfugié politique, et Ariane , la femme de diplomate.

J’ai d’abord imaginé Gabriel,  j’aimais l’idée du réfugié politique inguérissable après la disparition de la femme de sa vie.   Le mot DISPARITION , ce sont les limbes.  Gabriel me paraissait très important, il est partagé entre abandon de la vie et désir de vengeance.  Ce désir est amplifié lorsque l’on sait que l’immense majorité des bourreaux vit tranquillement, aux quatre coins du monde.

Ensuite est venue Ariane, tellement différente de Gabriel.  Une rencontre improbable.

J’ai imaginé Véro en écho à Marie-Anne Erize (cf ici), mannequin française enlevée, violée, et dont on n’a jamais retrouvé le corps.

Le personnage de Constant, qui est, au début, une ordure, prend une tournure inattendue. Sa typologie est pour moi très importante.  Il apparaît comme celui qui a laissé mourir sa fille. Au fur et à mesure, il évolue, et on découvre son parcours.  C’est un beau personnage, finalement, lui aussi.

J’ai rencontré la Paula du roman, exactement comme dans l’histoire, j’ai pris mon RER…  Je voulais des témoignages vivants.  L’histoire est venue sur le chemin du retour !

Puis,,vous partez à Buenos Aires, pour continuer l’écriture…

Oui. L’enquête littéraire est importante pour moi et l’histoire se déroule au fur et à mesure de l’écriture. J’ai pour habitude de dire qu’il existe deux types d’auteurs : l’architecte et le jardinier, celui qui plante et celui qui regarde pousser.   Moi, je me sens les deux en même temps.  Je suis donc parti à Buenos Aires.  J’ai écrit et décrit les sensations de Gabriel comme les miennes. J’ai tout imaginé comme si j’étais Gabriel avec Ariane.  Je me lève, j’écris, je fais huit heures de marche dans la ville et le soir, j’écris encore. Je rencontre les gens,  notamment ces fabuleuses grands-mères qui continuent à se battre au nom de la Vérité. Je suis allé les voir, ce fut une immense émotion.  Elles sont en partie les fenêtres grâce auquel le livre s’ouvre.

Le thème des bébés volés, véritable tragédie, vous tient particulièrement à cœur..

On dit qu’il y a 500 bébés disparus parce qu’il y a eu 500 grands-mères qui ont dit «  ma fille était enceinte ». Mais on peut imaginer qu’il en a eu beaucoup d’autres. Prendre aux entrailles une femme qui accouche dépasse le cadre argentin, on est dans l’horreur universelle, et dans la barbarie nazie.  Je sais maintenant que toute ma vie, dès qu’un bébé réapparaîtra, je serai heureux.

Vous soulignez le rôle de l’église,  et d’une partie des membres de l’OAS. Pour ma part, j’ignorais totalement cela..

Une dictature ne se met pas en place toute seule, il faut de nombreuses complicités.

L’église a été l’alliée des militaires, elle a livré certains de ses membres aux tortionnaires (je pense là aux deux religieuses que je cite dans le livre).

Quant aux deux cent familles de l’OAS qui sont venues s’installer en Argentine, il faut savoir qu’elles se sont exclamées « Chouette, c’est l’Algérie sans les arabes ! ».

Et le prochain roman , pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

Ce sera un roman young adult, avec comme axe central la seconde guerre mondiale, vue d’un endroit où aucun juif n’a été ni arrêté ni dénoncé ! 

 

Vous pouvez retrouver ici  ma chronique sur le roman de Frédéric, mais le mieux est que vous le lisiez.   De plus je vous annonce que Frédéric sera le 3 juillet à la  Maison de l’Amérique Latine pour une rencontre passionnante, et des échanges prometteurs.  Cet auteur est un extra-humain, son livre est une malle magique dans laquelle sont enfouis des tas de choses, des belles, des moins belles , des pas belles du tout.  Il est dans toutes les bonnes librairies, LISEZ-LE , parlez-en , et venez le 3 juillet !

© Nath

Collectif Argentin pour la Mémoire - Agenda - Maison de l'Amérique Latine

Présentation, par son auteur, du livre Aucune pierre ne brise la nuit, Editions Héloïse d'Ormesson

http://www.mal217.org

 

 

Posté par Nath-A-Lie à 11:39 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

16 juin 2018

Une jolie suite - Entre mes doigts coule le sable - Sophie TAL MEN

CVT_Entre-mes-doigts-coule-le-sable_1945

 

 

Entre mes doigts coule le sable

Sophie TAL MEN

Le Livre de Poche – Mai 2018

320 pages

 

Entre mes doigts coule le sable est le deuxième volet d’une trilogie.

Dans le premier volume ("Les yeux couleur de pluie")  nous faisions la connaissance de Marie-Lou et Matthieu, deux jeunes étudiants en médecine.   Petit rappel : elle a quitté sa Savoie, ses montagnes, sa vie de là-bas pour la Bretagne, la mer, le large, la pluie, et …les  yeux couleur de pluie de Matthieu, dont elle est tombée amoureuse au premier regard.

Ce second opus est le digne petit frère de son aîné et s’inscrit dans cette continuité.  Le lecteur partage le quotidien, les émotions, les angoisses, les désirs et les rêves des protagonistes, de l’hôpital au « Gobe-mouches ».

Tous sont d’une telle simplicité qu’on ne peut que s’attacher à eux, à chacun d’eux.  La magie de ce roman, c’est , que selon moi, il n’y a ni héros, ni héroïne, juste des gens.  Des médecins, des soignants, des soignés.   Des êtres en souffrance, sous leur blouse blanche ou au fond de leur lit. Chacun a ses failles, ses blessures, ses carences.

« Me prend alors l’envie de ne plus réfléchir, de me laisser porter. Laisser couler le sable entre mes doigts. Faire confiance et larguer les amarres. »

C’est une agréable suite , une lecture que je recommande pour l’été qui approche doucement. C’est également une belle ode à la Bretagne. Je me permets de rajouter que l’autrice est adorable !

J’ai fait cette lecture dans le cadre de mon partenariat avec le Livre de Poche, que je remercie encore une fois (Rendez-vous très bientôt à St Maur en Poche !).

Je vous retrouve très bientôt pour vous parler de la suite de la suite, à savoir le volume 3, « De battre la chamade », paru récemment aux Editions Albin Michel.

© Nath

12 juin 2018

BD Coup de Coeur - Collaboration horizontale - NAVIE / Carole MAUREL

27032dd61085d104782252897c5887d3

 

 

Collaboration horizontale

Navie /  Carole MAUREL

Editions Delcourt

Collection Mirages – Janvier 2017

Genre :  BD

 

Je lis et chronique donc rarement des BD,  mais celle-ci mérite amplement qu’on parle d’elle.  Découverte grâce à la booktubeuse Lemon June, je l’ai empruntée à ma médiathèque, qui est, vous le savez peut-être, un prolongement de mon chez-moi !

Collaboration horizontale est une histoire d’amour. D’amours. Ces amours interdites, prohibées par une époque, par une morale, par les années effroyables de l’occupation. C’est une histoire de femmes.

C’est un presque huis-clos, qui se déroule dans un immeuble parisien, rue de la Bonne Graine,  et  qui donne la parole à sept femmes, les hommes étant partis à la guerre (sauf quelques uns).  C’est une galerie de portraits féminins, tous différents les uns des autres.

On y trouve pêle-mêle une concierge , une jeune fille qui veut s’affirmer dans une époque qui ne le lui permet pas,  une femme qui se prostitue comme tant d’autres parce qu’il faut survivre, une maman juive et son fils cachés et protégés par les habitants, une vieille dame grincheuse mais pas gâteuse, une épouse soumise et enceinte dont l’époux, planqué , a réussi à échapper au front.  Et puis il y a Rose. Rose dont le mari est prisonnier en Allemagne.  Elle est seule avec son petit garçon.  Rose qui va tomber amoureuse de Mark, officier allemand.  Eh oui, l’abomination absolue !  En ces temps troubles, chacune va faire « comme elle peut » pour s’en sortir. Pour vivre.Aider. Ou trahir. Aimer.  A sa façon.

Cette BD est une pépite, tant par un scénario, magistralement porté par Navie, que magnifiquement illustré par Carole Maurel.  La violence sociétale côtoie celle de la guerre, laquelle n’intervient qu’en toile de fond.  Je vous rappelle que les droits de la Femme étaient alors quasi inexistants. On y trouve d’ailleurs quelques allusions, notamment sur le droit de vote !

Collaboration horizontale, c’est 144 pages de bonheur, d’émotions, de colère, de larmes.  C’est un concentré de tout cela.

La couverture et sa quatrième sont de toute splendeur.

Gros, gros coup de cœur, que je vous recommande vivement !

« Je me suis réfugiée dans notre amour, on connaît les risques.  Tomber amoureux n’est pas une ignominie.  On dit « Tomber amoureux » et pas « s’envoler amoureux ».   Oui, ton cœur risque de se fracasser contre la vie, mais pour rien au monde, ça ne doit te faire peur. Alors, je t’en prie, ma chérie, sois heureuse d’aimer, choisis toujours la vie… ».

 

17

© Nath

 

 

Posté par Nath-A-Lie à 02:47 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,


11 juin 2018

Le poète de la semaine - Christian BOBIN

1553_bobin

 

 

Le silence dans la forêt. Il est froissé tout d'un coup par la main du vent, comme on jette une lettre ratée au panier. Ce silence empêché d'être parfait est une des choses les plus fraternelles qui soient. 

À Paris, le silence vient par les yeux. Ce mendiant, une couverture sur les jambes, mangeait un yaourt. L'air était si froid que les atomes gelaient. Il ne bougeait presque pas, sidéré par le froid. Il mangeait sa mort à la petite cuillère. Un silence l'enveloppait, contre lequel les bruits des affairés tapaient sans pouvoir le briser. 

Le silence de Lao Tseu passant la douane et laissant son traité comme gage, don, sourire. Il s'éloigne. On ne le reverra plus. Quand on ouvre son livre, le coeur se remet à battre. On ne savait même pas qu'il était arrêté. Le texte : un visage avec un doigt sur les lèvres closes. Les commentateurs arrivent, se pressent pour réduire le miracle. Le visage sourit, ne dit rien. La pensée est un moustique, c'est agaçant ce bruit qu'elle fait à notre oreille. Ouvrons le livre, passons la douane, disparaissons. 

Le silence du poème. Ce que les psychanalystes appellent un passage à l'acte est, dans sa soudaineté éclairante, proche de ce qu'est un poème, mais c'en est la version diabolique, destructrice. La vitesse du poème dépasse celle de la lumière. Elle n'est comparable qu'au sourire sans cause du nouveau-né. Ce sourire monte au ciel d'où il était venu. 

Le silence de la Bible. Lisant un psaume de David, j'ai reçu le souffle de l'éternel, c'est-à-dire du mortel, en plein visage. Les écritures dites « saintes » ne sont pas plus saintes qu'une liste de courses épinglée sur une plaque de liège dans une cuisine : les deux témoignent du souci d'un vivant, du petit désir adorable de maintenir vie et souffle le plus longtemps possible. 

Le silence d'un citron. Si nous avions l'oreille fine, nous entendrions le bruit d'un réacteur atomique, le bourdonnement méditatif de l'absolu sous la coquille jaune. Mais nous n'avons pas l'oreille fine. Nous ne voyons qu'un citron et sa dureté joviale caractéristique des fils du soleil. 

Le silence de la neige qui tombe sur la neige. C'est le silence des évènements qui nous refont un coeur vierge. « Neige-qui-tombe-sur-de-la-neige » est le nom de l'amoureuse et son visage est plus noir que celui d'une icône. 

Le silence du général de Gaulle protégeant sa petite fille mongolienne, Anne. Il rêvait qu'il était le général de Gaulle. Le seul point réel de sa vie était le petit visage oriental rieur d'Anne. L'enfant éternel un jour mourut. À la fin de l'enterrement, s'éloignant de la tombe, le vieil homme dit à sa femme : « Viens, maintenant elle est comme les autres ». Le silence parfois fleurit en une seule parole. Les témoins de cette floraison ne l'oublient jamais plus. 

Christian Bobin

Posté par Nath-A-Lie à 01:29 - Commentaires [0] - Permalien [#]

04 juin 2018

Le poète de la semaine - René CHAR

738_rene-char1

 

Même si...

De même qu'il y a plusieurs nuits différentes dans l'espace, il y a plusieurs dieux sur les plages du jour.
Mais ils sont si étalés qu'entre souffle et ressaut une vie s'est passée.

Les dieux ne déclinent ni ne meurent, mais par un mouvoir impérieux et cyclique, comme l'océan, se retirent.
On ne les approche, parmi les trous d'eau, qu'ensevelis.

Meilleur fils du vieux disque solaire et au plus près de sa céleste lenteur.
Cette envie substantielle se répéta, se répéta, puis sa tache se perdit.

Nuit à loisir recerclée, qui nous joue ?

René CHAR

Posté par Nath-A-Lie à 04:27 - Commentaires [0] - Permalien [#]

31 mai 2018

Prix Maison de la Presse 2018 : j’y étais !

20180531_191245-1-1[1]

 

Prix Maison de la Presse 2018 : j’y étais !

 

C’est le mercredi 30 mai qu’a eu lieu dans les magnifiques locaux de la Société des Gens de Lettres la remise du Prix Maison de la Presse 2018.

J’ai eu la chance (merci à l’amie qui se reconnaîtra) de participer à ce bel évènement, que je souhaite vous faire partager, tant c’était beau, doux,  chargé de délicatesse et de bonne humeur.

Cette 49e édition était présidée par Michel Bussi, qui avait reçu lui-même ce prix prestigieux en 2012 pour son roman « Un avion sans elle » en 2012.

Six titres étaient en lice :

-          Changer l’eau des fleurs de Valérie Perrin (Albin Michel)

-          Massacre des innocents de Marc Biancarelli (Actes Sud)

-          Tyrannie de Richard Malka (Grasset)

-          La chambre des merveilles de Julien Sandrel (Calmann Lévy)

-          Sauf d’Hervé Commère (Fleuve noir)

-          Les indifférents de Julien Dufresne Lamy (Belfond)

Une sélection très éclectique, susceptible de ravir tous les publics donc.

Il se trouve que parmi les six figurait l’un de mes gros, gros, gros coups de cœur (genre truc énormissime, comète fracassante, écriture de fée, paillettes  dorées sur papier blanc  - oui, j’aime les paillettes, je l’avoue - tout ça…)

J’ai littéralement adoré l’histoire, et j’ai beaucoup, beaucoup de tendresse pour l’autrice, âme solaire, sublime personne, dont la seule évocation me fait monter les larmes aux yeux (oui, oui, y’a des gens comme ça !).  Cerise sur le gâteau, il se trouve que son éditrice est elle aussi une Femme admirable que j’aime de tout mon cœur.

Vous imaginez donc ma joie, que dis-je , mon allégresse absolue (youhouuuu) en apprenant que le prix 2018 était attribué à … Valérie Perrin pour son roman « Changer l’eau des fleurs »  (vous trouverez ma chronique ici).

La soirée s’est poursuivie dans les jardins de ce lieu magique.

C’était beau. C’était plein d’amour et de bienveillance. La vraie. A l’image de Valérie et de Maëlle.

Je remercie l’amie qui m’a permis de vivre ce grand et beau moment.

Merci à tous les organisateurs pour ce chaleureux accueil !

Merci à toi, Valérie  si tu me lis, pour ta précieuse dédicace (larmes aux yeux, larmes d’amour).  Pour qui tu es . Je t’embrasse fort !

© Nath

 

20180530_192140[1]

                                                                 

20180530_193004[1]

 

Posté par Nath-A-Lie à 19:02 - Commentaires [0] - Permalien [#]

30 mai 2018

Un immense abîme - Aucune pierre ne brise la nuit - Frédéric COUDERC

20180523_172801

 

Aucune pierre ne brise la nuit

Frédéric COUDERC

Editions Héloïse d’Ormesson – Mai 2018 –

320 pages

 

De la dictature argentine, j’ignorais tout, ou presque. Bien sûr, comme beaucoup d’entre nous, j’avais eu connaissance, de loin,  de cette abomination, du Proceso, de la « Plaza de Mayo  ». Bien sûr, je me souviens des images de ces mères, de ces grands-mères à la recherche des cinq cents bébés volés et distribués, tels des marchandises, dans les familles des militaires proches du pouvoir, des trente mille disparus dont elles brandissaient désespérément les photos, demandant Justice.

Le roman de Frédéric Couderc, « Aucune pierre ne brise la nuit », paru aux Editions Héloïse d’Ormesson,  est une plongée apnéique dans les bas-fonds les plus sordides de cette période-là.

Tout commence autour d’un tableau exposé au Musée du Havre, oeuvre d’un peintre français vivant en Argentine, Ferdinand Constant, devant lequel Gabriel et Ariane se retrouvent. Un tableau, une rencontre, deux personnages qu’à priori rien ne lie.  Lui est un argentin exilé, il porte les cicatrices d’un passé douloureux. Elle est française, mariée à un diplomate, mère d’une jeune fille Clara.  Leur trait d’union sera l’Argentine, pays dans lequel Ariane et son époux ont vécu  au plus sombre des années noires, de l’autre côté de la barrière, celui des privilégiés. 

Il y a eux. Et  il y a l’ombre de Véro, fiancée à Gabriel vingt ans plus tôt, et victime innocente (comme tant d’autres) d’une arrestation arbitraire, d’une détention inhumaine à l’ESMA, et d’une exécution atroce.  Véro torturée, assassinée. Véro qui était enceinte.  Qui portait l’enfant de Gabriel. Cet enfant qui lui a été arraché, comme tant d’autres .

« Il n’y a plus ni loi, ni espérance. Au fond de son abîme, elle cherche un nom à ces monstres, ces nazis.  Ils sont cruels, sanguinaires, inhumains, mais elle ne trouve pas comment les qualifier, il n’y a pas de mot » .

Alors qu’Ariane apprend, par un concours de circonstances que sa fille est un bébé volé, Gabriel part à la recherche  de  son enfant.  Tous deux, unis par un amour puissant, par une évidence que seul le cœur reconnaît, se lancent dans une quête de leurs vérités.  Celles-là mêmes qui vous laissent pantois, tant elles vous surprennent, tant le fil conducteur de l’intrigue est savamment mené.

Le roman s’ouvre sur un tableau (on apprendra plus sur son auteur, au fil des pages).  Moi, lectrice, j’apparente l’écriture de Frédéric Couderc à une œuvre picturale.   Une œuvre au couteau. Pour donner ce relief indispensable à la puissance née d’une ignoble réalité.  Un tableau, oui, dont les personnages, tout en nuances, oscillent entre scrupules, peur, colère, envie de vengeance, pardon.   

Un tableau avec , à l’arrière-plan, l’horreur.  Comme elle est indicible, alors il la suggère.  A la perfection. Avec cette retenue qui en fait toute la grandeur.  Avec émotion.  Avec cette question lancinante sur l’identité qu’il faut construire quand on n’est pas qui on croyait être. Il  peint ces femmes qui se battent au nom de la Vérité.  Envers et contre tout.

« La vérité n’est pas toujours un soulagement, elle peut te mener à une impasse redoutable »

Aucune pierre ne brise la nuit  est une lecture aussi marquante que nécessaire.  J’ai beaucoup  beaucoup appris. Des horreurs dont je ne soupçonnais pas l’existence.  Des ignominies enterrées.   Ce lien vomitoire entre l’OAS et le Proceso. L'Algérie comme terre d'apprentissage.

C’est le cœur retourné que j’ai refermé ce splendide plaidoyer pour la Liberté, cette  belle histoire d’Amour , que je vous recommande plus que vivement, par ces temps ambiants.

« Certaines rencontres ont l’air programmées, comme si la roue du destin nous téléguidait, mais  c’est une illusion Oui, des cascades de coïncidences peuvent profondément changer une vie, peut-être même qu’elles obéissent  à leur propre logique, mais inutile de les interpréter. On doit juste se débrouiller avec ça, à l’instinct. »

Un immense merci aux Editions Héloïse d’Ormesson, et un merci plus immense encore à l’auteur pour les moments si forts qui ont émaillé ma lecture. 

© Nath

 

 

 

28 mai 2018

la pause poético-littéraire de la semaine : COLETTE

Colette_1932_(2)

 

 

" Écrire ! pouvoir écrire ! Cela signifie la longue rêverie de la feuille blanche, le griffonnage inconscient, les jeux de la plume qui tourne en rond autour d’une tache d’encre, qui mordille le mot imparfait, le griffe, le hérisse de fléchettes, l’orne d’antennes, de pattes, jusqu’à ce qu’il perde sa figure lisible de mot, mué en insecte fantastique, envolé en papillon-fée… 
Écrire… C’est le regard accroché, hypnotisé par le reflet de la fenêtre dans l’encrier d’argent, la fièvre divine qui monte aux joues, au front, tandis qu’une bienheureuse mort glace sur le papier la main qui écrit. Cela veut dire aussi l’oubli de l’heure, la paresse au creux du divan, la débauche d’invention d’où l’on sort courbatu, abêti, mais déjà récompensé, et porteur de trésors qu’on décharge lentement sur la feuille vierge, dans le petit cirque de lumière qui s’abrite sous la lampe…
Écrire ! Verser avec rage toute la sincérité de soi sur le papier tentateur, si vite, si vite que parfois la main lutte et renâcle, surmenée par le dieu impatient qui la guide… et retrouver, le lendemain, à la place du rameau d’or, miraculeusement éclos en une heure flamboyante, une ronce sèche, une fleur avortée…
Écrire ! Plaisir et souffrance d’oisifs ! Écrire !… J’éprouve bien, de loin en loin, le besoin, vif comme la soif en été, de noter, de peindre… Je prends la plume, pour commencer le jeu périlleux et décevant, pour saisir et fixer, sous la pointe double et ployante, le chatoyant, le fugace, le passionnant adjectif… Ce n’est qu’une courte crise, la démangeaison d’une cicatrice…
Il faut trop de temps pour écrire ! Et puis, je ne suis pas Balzac, moi… "

Colette

(La Vagabonde)

 

Posté par Nath-A-Lie à 07:24 - Commentaires [1] - Permalien [#]