Le Boudoir de Nath - Blog littéraire et culturel -

19 octobre 2020

Le lundi c'est poésie /littérature - Paul Eluard

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L' Unique

Elle avait dans la tranquillité de son corps
Une petite boule de neige couleur d’œil
Elle avait sur les épaules
Une tache de silence une tache de rose
Couvercle de son auréole
Ses mains et des arcs souples et chanteurs
Brisaient la lumière

Elle chantait les minutes sans s’endormir.

Paul Eluard

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14 octobre 2020

Coup de foudre ! Buveurs de vent - Franck BOUYSSE

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Buveurs de vent
Franck BOUYSSE
Editions Albin Michel - Août 2020
Rentrée littéraire

Je l'ai souvent dit et l'affirme encore ici, lire Franck Bouysse, c'est du bonheur entre les pages. D'ailleurs, Bouysse commence bien par un B comme Bonheur, non ?

Avec l'histoire de Rose, je pensais avoir atteint une sorte d'acmé littéraire. J'ignore ce qui peut être au delà de l'apogée, mais je sais que quelque part, dans cette dimension non nommée, il y a Buveurs de vent, son dernier chef d'oeuvre paru en cette rentrée littéraire aux Editions Albin Michel.

Déjà,il y a ce titre"Buveurs de vent". Ensuite, il y a la langue de Franck Bouysse, ses mots. Cette façon de conter qui lui est propre, ou plutôt de laisser ses personnages le faire. Et puis, bien sûr, il y a l'histoire. Portée par des gens ordinaires, qui vous marquent au fer rouge, qu'on les aime ou au contraire, qu'on les déteste.

Voici l'histoire d'une fratrie. On la découvre au début du roman, suspendue par des fils tout en haut d'un viaduc, défiant les éléments et le danger, dans un lieu dit Le Gour Noir. Une vallée écrasée par la main et l'omnipotence de Joyce, être impitoyable et arrogant, violent et égotique, dont la cruauté n'a d'égal que le cynisme et la perversité.

Voici l'histoire d'un combat pour la Liberté, pour l'affranchissement de la servitude dictée par l'humain ou le divin.

Voici l'histoire d'une lutte qui en regroupe et en engendre d'autres.

Comme à son habitude, l'auteur offre ici un splendide hommage à la littérature et aux mots salvateurs, à la Terre, à la transmission, au long chemin qui mène à la libération.

Il y a des drames ici, le Gour Noir porte bien son nom. Mais il y a aussi une infinie lumière. Celle portée par Mabel, fille flambeau, fille courage, femme affranchie. Il y a celle d'Elie, le grand-père unijambiste, et pourtant pilier d'une famille en morceaux. Il y a Gobbo, mystérieux marin surgi d'on ne sait où. Il y a Luc, "l'enfant tragique à l'esprit difforme", qui cherche son île au Trésor. Celle-ci n'est-elle d'ailleurs pas notre quête à tous ? 

. Il y a le désir, l'amour, la chair, les sens à l'affût.

Buveurs de vent est pour moi un indéniable et énormissime coup de foudre, une véritable claque, un tsunami fait de pages noircies et habitées. Un plus que chef d'oeuvre. Un Livre avec une majuscule géante,une ode à la Nature, à sa puissance atavique, à celle que nous portons en nous et que ne nous ne soupçonnons pas.

Je remercie Franck pour cet inoubliable récit, et mon libraire chouchou qui a défait ses cartons pour que je puisse le découvrir et m'en régaler.

"La beauté est une humaine conception. Seule la grâce peut traduire le divin. La beauté peut s'expliquer, pas là grâce. La beauté parade sur la terre ferme, la grâce flotte dans l'air, invisible. La grâce est un sacrement, la beauté le simple couronnement d'un règne passager"

"N'attends rien d'ici. Tes rêves , ils viendront jamais pour la porte. Il faudra que tu ailles briller ailleurs, t'auras pas d'autre choix"

© Nath

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photos ©Nath

12 octobre 2020

Le lundi, c'est poésie / littérature - Andrée Chédid

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L'existence

Tous ces riens...

Ces choses du jour à jour
Ces choses frottées d'heures
Coffrées dans l'habitude

Ces cheveux en respect que l'on compte fil à fil
Ces boutons obstinés

Ce col avec son chiffre que l'on connaît par cœur
Ces revers ces ceintures

Ces plis que nos corps commandent qui gravent des ornières dans le champ du tissu

Ces fermetures éclair

qui encagent ou libèrent

Ces soutiens d'une gorge pleine

Ces canapés trop lisses
Ces coussins trop gras
Ces lits aux draps stricts aux édredons ventrus

Ce gant d'une main manquante
Ce soulier d'un pied disparu.

Tous les sommeils

qui nous font ressembler à l'inerte

Tous ces réveils

où la chair avec l'oeil

ne sont plus qu'un décor

Toutes ces traces de nous
Ces traces par nous
Pour nous...

Tout ce vide des objets dont nous sommes plénitude

Tout ce volume des choses dont nous sommes l'absence

Tout ce rire en sourdine

Tout ce triste

plaqué sur la surface des lieux

Tous ces riens

Tout ce tout

L'existence !

Andrée CHEDID

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10 octobre 2020

Dans les yeux du ciel - Rachid Benzine

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Dans les yeux du ciel
Rachid Benzine
Editions du Seuil - Août 2020
Rentrée littéraire

Si cette rentrée littéraire est, selon moi, souvent placée sous le signe de la violence, et de sa dénonciation, elle est aussi paradoxalement parcourue par un vent de liberté.

Le dernier roman de Rachid Benzine "Dans les yeux du ciel" , paru aux éditions du Seuil, en est traversé de bout en bout, en dépit de la noirceur initiale du sujet traité.

Nour est une prostituée. Une sorte de continuité congénitale, un héritage laissé par une mère tragiquement disparue sous ses yeux, alors qu'elle n'était qu'une enfant.

Nour, elle choisit de ne pas subir. Jamais. De choisir. De vivre . Survivre ne fait pas partie de sa conception de l'existence, dans un pays qui commence à se lever lui aussi. Elle revendique ses droits, et, comme en miroir, sa patrie veut elle aussi se libérer des chaînes obscures qui l'entravent.

Elle résiste. A sa façon. Elle est accompagnée en cela par son ami-amoureux Slimane, le poète révolutionnaire, dont l'homosexualité fait un marginal. Encore un !

La voix du peuple enfle. La révolte gronde et s'étend. Mais à quel prix ?

A travers ces deux destins, Rachid Benzine, se fait l'écho de ceux qui combattent l'obscurantisme, la dictature, au nom des libertés fondamentales dont tout humain devrait pouvoir jouir sur cette Terre. Ils sont l'incarnation même de tout ce qui représente l'indignité et l'aliénation dans ce monde qui oublie parfois le sens des mots Liberté, Egalité, Tolérance et Dignité. Ils sont la Vie, la colère, la Lutte, le poing levé, le verbe haut, le corps fier. ils sont l'Espoir, le désepoir, et peut-être quelque part, le rêve.

L'auteur, une fois encore, taille ses mots dans la roche de la laideur et de la violence humaine, et par la magie de sa plume, ciselle un roman d'une beauté saisissante, prenant d'une façon incroyable la voix d'une femme, se glissant dans sa peau, dans ses pensées, avec une force renversante.

L'intime devient sociétal et le cri de Nour laisse le lecteur pantelant, à bout de souffle.

Vous l'aurez compris, j'ai adoré ce livre, tout comme j'avais tant aimé les précédents. J'ai un attachement très particulier pour les auteurs qui dénoncent, les âmes engagées, les révoltés, les coeurs purs. Je suis persuadée que les mots peuvent briser les jougs.

Ce texte est juste essentiel. Lisez-le, au nom de toutes les Nour, de tous les Slimane, qui subissent partout dans notre monde "parfait" l'horreur de la dictature, de l'intégrisme, des lois liberticides qui tuent dans l'indifférence quasi-générale ...

"Comment aimer, comment vivre parmi vous ? Comment exister dans un monde d’interdits ? Comment devenir ce que l’on est quand vous nous contraignez à devenir ce que l’on hait ? Tout ce qui vit vous empêche de respirer"


© Nath

 

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07 octobre 2020

Expo coup de coeur !! Les lettres ordinaires , Adrianna WALLIS

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Exposition : Les lettres ordinaires - Adrianna Wallis

Au coeur du magnifique site des Archives Nationales (Paris 3e), se tient a...ctuellement une exposition absolument incroyable, un véritable coup de coeur, que je tiens à partager avec vous.

 

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L'artiste Adrianna Wallis y dévoile des lettres perdues, ces mots égarés qui finissent leur parcours au service spécialisé à Libourne. Là, des employés de la Poste recherchent des indices susceptibles de retrouver les destinataires. Quand ils n'y parvienent pas, alors, les mots errants sont détruits.

Adrianna a eu l'idée géniale de leur redonner vie, les rassemblant dans un livre et dans cette expo.

 

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Ces courriers sont parfois banals, parfois aussi poignants. On y trouve aussi bien des récits de vacances que des déclarations d'amour, celui que l'on ne parvient pas forcément à dire, qu'il est plus facile d'écire. Il y a la solitude, la peur, la joie, il y a la vie, tout simplement. Avec sa beauté , avec ses blessures.

On y trouve aussi l'humour, via des adresses et des destinataires totalement farfelus.

Cerise sur le gâteau, cinq jours par semaine, des liseurs font partager ces courriers au public présent.

 

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Une exposition à ne vraiment pas rater, jusqu'au 16 novembre, aux Archives Nationales, Paris 3.


© Nath

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05 octobre 2020

Le lundi, c'est poésie / littérature - Khaled HOSSEINI

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Mariam regarda les flocons de neige tournoyer devant la fenêtre en se rappelant les paroles de Nana : chaque flocon est en réalité un soupir poussé par une femme accablée, quelque part dans le monde. Toutes ces plaintes silencieuses montaient au ciel et y formaient des nuages de plus en plus gros, jusqu'au moment où ils se brisaient en minuscules fragments qui tombaient sans bruit sur la terre.

"C'est pour rappeler aux gens ce que toutes les femmes comme nous peuvent endurer, avait-elle ajouté. Sans jamais se plaindre, en plus".

Khaled Hosseini

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04 octobre 2020

La machine Ernetti - Roland Portiche

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La machine Ernetti
Roland PORTICHE
Editions Albin Michel -juin 2020

 

C'est un premier roman qui mêle à la fois intrigue historique, sociologique, et scientifique que nous offre Roland Portiche, avec "La machine Ernetti", paru aux Editions Albin Michel, en tout début d'été. Nous voici à l'automne, la saison des dimanches cocooning, thé, et plaid est ouverte, l'occasion parfaite pour découvrir ce livre étonnant et détonnant !

Pour cela, fermez les yeux, et imaginez vous plongés en pleine guerre froide, avec ce que cela peut supposer pour l'église catholique, et pour le pape Pie XII, conservateur, et prêt à tout pour ramener au bercail les brebis égarées.
Grâce à des documents gardés secrets au Vatican, le souverain pontife demande à deux prêtres de reprendre et de mener à bien les travaux d'un certain Ettore Majorona, lequel aurait tracé les plans nécessaires à la construction d'une machine à remonter dans le temps. Quelle belle occasion de démontrer à tous, preuve à l'appui, l'existence du Christ, et de balayer ainsi les "divagations" des "rouges" !

Mais tout n'est pas si simple, car la CIA, le KGB, et le Mossad ne l'entendent pas de cette oreille...

Sur une période de vingt ans, Roland Portiche, partant d'un fait bel et bien réel, déroule une fiction palpitante, marquée par des chapitres courts et concis, rendant ainsi l'histoire captivante, et ouvrant la voie à l'éternel fantasme du retour potentiel dans le Temps, et peut-être aussi la question du fondement de la Foi.

J'ai beaucoup aimé cette lecture, pourtant, ce n'était pas gagné, car, à priori, elle n'était pas vraiment ma tasse de thé. Je me suis pourtant laissée prendre au jeu dès les premières pages. Le récit est formidablement documenté, et rien que pour cela, mérite le détour. Si l'on rajoute le suspense fort habilement entretenu, les références historiques et culturelles (selon moi, toujours d'actualité), on aboutit à un véritable page turner, dont on n'a pas, à mon sens, suffisamment parlé. Puisqu'il n'est jamais trop tard pour bien faire, je vous conseille vivement de découvrir La machine Ernetti !

"Parce que les hommes n'aiment pas la vérité, ils préfèrent vivre avec leurs illusions"

© Nath

28 septembre 2020

Le lundi , c'est poésie/littérature : Michel SERRES

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Oui au désir mais avec respect.

Oui à la force mais avec douceur.

Oui au corps, mais avec l'esprit.

Oui à la prise, mais avec l'offrande, avec le partage.

Oui à l'altérité, mais il faut un accord.

Oui à la différence, mais il faut l'harmonie. Autrement c'est raté.

Il faut avoir de la patience, accepter la longueur du travail que suppose l'approche de l'autre, qui est toujours très différent ou très différente.

Être honnête, avoir de la probité, ne pas tricher, ne pas mentir.

Être très attentif à l'autre. Se livrer au dialogue sans mensonge. Autrement c'est raté.

Ne pas compter. S'ouvrir à l'autre. Souhaiter faire équipe avec l'autre. Autrement c'est raté.

Michel Serres

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24 septembre 2020

L'autre Rimbaud- David Le Bailly

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 L'autre Rimbaud 

David Le Bailly 

Éditions de L'Iconoclaste- août 2020

Rentrée littéraire 

 

Ce livre s'adresse à toutes celles et ceux qui, comme moi, pensaient (presque) tout savoir sur la vie d'Arthur Rimbaud, poète génial, maudit, sans doute perdu dans un monde trop vaste et trop cruel pour l'homme aux semelles de vent.

Bien sûr, je connaissais l'existence de Vitalie, mère que l'on qualifierait aujourd'hui de toxique, de sa soeur Isabelle, aigrie, roide et raide dans ses certitudes.

Je n'ignorais pas les errances d'Arthur, ses voyages au bout du monde, sa reconversion ratée en négociant, et sa terrible fin de vie.

Ce que j'ignorais totalement, c'était l'existence de son frère aîné Frédéric.

David Le Bailly, au terme de recherches approfondies (notamment dans les archives familiales), va remonter dans le temps et redonner vie à celui qui fut l'exclu, le banni, le renié, l'oublié. 

Frédéric, "conducteur d'omnibus de la gare d'Attigny à l'hôtel d'Attigny" , le" simple", en gros l'idiot de la famille retrouve, grâce à ce récit, une place dans la lignée des Rimbaud et, espérons-le, dans la mémoire collective.

L'auteur mêle fiction et enquête journalistique, faisant, par petites touches, référence à sa propre vie, à son statut de fils unique, et à sa relation à sa propre mère. 

J'ai été profondément touchée par ce récit, par le personnage de Frédéric, sacrifié sur l'autel de son frère si "brillant". La rimbaldienne que je suis ressort ébranlée par cette lecture et le visage méconnu de l'auteur du Bateau ivre (qui n'en demeure pas moins un Chef-d'œuvre). 

Faut-il différencier l'homme de son oeuvre ? Telle est l'éternelle question soulevée par l'auteur. 

"Un Frédéric Rimbaud ne pouvait pas gagner. Il était voué à s'incliner, à laisser la place aux autres, les galons, les beaux métiers, les belles situations. Depuis toujours, à l'école, à l'armée, dans sa famille, ça c'était passé ainsi" 

© Nath

 

 

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21 septembre 2020

Le lundi c'est poésie / littérature - Nâzim HIKMET

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Mes frères
En dépit de mes cheveux blonds
Je suis Asiatique.
En dépit de mes yeux bleus
Je suis Africain.
Chez moi, là-bas, les arbres n’ont pas d’ombre à leur pied
Tout comme les vôtres, là-bas.
Chez moi, là-bas, le pain quotidien est dans la gueule du lion.
Et les dragons sont couchés devant les fontaines
Et l’on meurt chez moi avant la cinquantaine
Tout comme chez vous là-bas.
En dépit de mes cheveux blonds
Je suis Asiatique.
En dépit de mes yeux bleus
Je suis Africain.
Quatre-vingts pour cent des miens ne savent ni lire ni écrire
Et cheminant de bouche en bouche les poèmes deviennent chansons.
Là-bas, chez moi, les poèmes deviennent drapeaux
Tout comme chez vous, là-bas.

Nâzim Hikmet 

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