Le Boudoir de Nath - Blog littéraire -

22 mai 2017

Deviens ce que tu es - Atelier Bric A Book 268 -

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Atelier Bric  A Book 268

 

Elle regarde une dernière fois le vaste appartement, aussi  glacé et vide que son âme le fut, tout au long de ces interminables années si parfaites.

Elle ne veut plus de cette vie-là.

De cette vie sur écran plasma, de cette ombre au fond de son regard que personne ne remarque. « On » ne voit plus désormais d’elle que sa dernière robe haute couture et son chignon dont aucune mèche ne dépasse. Jamais.

"Il" a fait d’elle , "ils" ont fait d'elle, cette femme aux lumières éteintes, aussi parfaite que ce loft à l’encéphalogramme plat, aussi lisse que ces murs sourds de solitude et de larmes ravalées.

Elle jette un regard à l’image enfin polychrome que lui renvoient les multiples miroirs, elle aperçoit les rides autour des yeux, elle sourit.

Elle sait désormais que sa vie est ailleurs, que renoncer n’est pas nécessairement perdre, se perdre, mais bien souvent se sauver.

Elle empoigne le sac Lancel, quelques livres, seuls vestiges  de son prestige. Elle a brûlé les décombres de son passé.

Elle embrasse son billet d’avion, un aller simple pour un Ailleurs où enfin elle sera Elle.  Où elle pourra enfin donner un sens à sa vie.  

Elle enlace la Lumière qui l’attend.

Elle part.

« Deviens ce que tu es » (Alexandre Jollien)

© Nath

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20 mai 2017

Utsuroï - Ecoute-moi bien - Nathalie RYKIEL -

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Ecoute-moi bien

Nathalie RYKIEL

Editions Stock – Mai 2017 –

 

Ecoute-moi bien est une lettre d’amour et d’adieu, celle d’une fille à sa mère, celle d’une femme à une autre femme, celle de Nathalie à Sonia Rykiel.

C’est un hommage pudique et rayonnant, une course contre la mort, un cri désespéré pour qu’encore un peu, un tout petit peu, cette mère-veille qui fut tout aussi dévorante qu’aimante, aussi castratrice que libératrice, aussi sombre que solaire ne s’en aille pas. C’est la pensée magique d’une petite fille, qui était tout pour sa mère et qui espère, par là-même, garder encore sa main chaude dans la sienne, pas une main glacée par l’inéluctable.

Nous suivons l’histoire de Sonia, femme flamboyante, féministe, avant-gardiste de la Haute-Couture. Sonia qui vit à 3000 à l’heure, se libère des conventions, quitte un mari, a des amants, expose des sex toys dans la vitrine de sa boutique de St Germain des Près (vous imaginez le choc !). Sonia qui devient mère et idolâtre sa fille Nathalie, partageant avec elle un lien totalement fusionnel, dévorant, dont nous aurons l’impression de tout savoir, de ne rien savoir .

« J’ai perdu ma mère ma moitié, ma crème et ma frayeur, ma beauté et ma douleur. Avec toi , j’ai connu le plus beau, j’ai connu le plus dur ».

Lorsque cette P de P (la maladie de Parkinson) affecte Sonia, Nathalie devient la mère de sa mère, la protégeant, l’entourant, essayant par tous les moyens de la garder dans cette vie qui lui échappait jour après jour.

« J’ai décidé de condamner à mort cette partie de moi qui attend ta mort ».

Ce livre-là est court, mais aurait-il été nécessaire de rajouter des mots quand tout était dit, et si pudiquement, sublimement dit ?

C’est un récit magnifique d’Amour, un Amour universel mais pourtant unique, une ode à la vie, une ode aux mots, à l’éphémère qu’il faut saisir avant que la mort ne saisisse, une sublime incantation à la transmission aussi.

Une fois le livre refermé, il demeure l’image de cette femme que l’on refuse d’imaginer couchée (Sonia) et de l’autre, qui en dépit de sa douleur, reste debout.

« Pour me consoler, il y a cette vie que tu m’as mise dans le cœur, il y a cette fierté…
Je suis debout »

J’ai été très touchée en tant que fille, en tant que mère, en tant que femme. J’avais et j’ai toujours une grande admiration pour Sonia Rykiel, j’ai découvert, avec enthousiasme , émerveillement et ravissement, grâce aux Editions Stock que je remercie, le talent et la plume de Nathalie. Chapeau , Madame !

NB :

Ustsuroï :Dans la culture japonaise, utsuroï signifie une subtilité qui permet de  penser la transition.  Ce moment où la fleur va faner, où l'âme d'une chose est comme suspendue dans le vide entre deux états. Ni l'eau, ni la neige, mais l'entre-deux, l'interstice, le moment où la neige se modifie en eau et où l'eau est encore de la neige.

 

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18 mai 2017

Comment peut-on exister sans être nommé ? - Père inconnu - Patrick DENYS -

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Père inconnu

Patrick DENYS

Editeur : Grasset – Avril 2017 –

 


Les premiers romans, j’aime beaucoup, beaucoup ! C’est donc avec un grand bonheur que j’ai découvert ce Père inconnu, signé Patrick Denys et paru aux Editions Grasset , que je remercie vivement.

Paul est né « de parents inconnus » , en 1941, dans une Bretagne où Résistance et mouvements autonomistes se côtoient, faisant face à l’horreur de la guerre.

Il est en réalité le fruit d’une histoire passionnée entre Dorine, femme mariée à François , parti combattre (et pour qui elle n’éprouve pas d’amour)et Ludovic, capitaine de réserve et….prêtre !

Paul grandira sans connaître son père, sans vouloir le connaitre, ne sachant pas ce qu’est un papa..

« Comment un arbre pourrait-il s’épanouir, si les racines ont été coupées, qui le raccordaient au sol ? »

Le roman se compose de plusieurs parties, dans lesquelles les personnages principaux vont révéler leur vision de l’histoire , mais aussi et surtout leurs failles, leurs fragilités, leurs forces aussi.

Et puis, il y a les fragments de cette lettre bouleversante , qui s’étale sur une dizaine d’années,  que Paul adresse à son père inconnu, à cet homme dont il cherchera la trace, dont il tentera de se rapprocher, tout en le fuyant, et sur les pas duquel il marchera finalement pour tenter de  le rejoindre sur le chemin qui le mènera au pardon.

« Sachez qu’au terme de toutes ces années, j’ai trouvé la fierté qui me manquait de vous ».

Autant vous le dire, ce roman est un gros, gros coup de cœur pour moi.

L’écriture de Patrick Denys est subtile, l’émotion vous saisit à fleur de mots, et il est impossible, je vous l’assure, de ne pas entendre les soupirs du cœur, les regrets de ce couple improbable, les larmes retenues de Paul, les obus qui n’ont pas fait que fracasser les côtes bretonnes, mais qui ont détruit des âmes.

C’est une peinture sans concession de l’autorité ecclésiastique, véritable machine à broyer, n’hésitant pas à pratiquer la politique de la terre brûlée pour quiconque sortira des rangs qu’elle a ordonnés (à tous les sens du terme).

Peinture également, au couteau, d’une société « bien-pensante » , attachée par dessus tout aux apparences, au qu’en-dira-t ’on. Pour ne pas afficher une situation dite « honteuse », cette même société écartèle, écrase, détruit, sans aucun remords.

C’est un magnifique appel à la tolérance, à l’Amour, à la résilience, qui fait du bien « dans ce monde qui flambe de toutes parts »

Voici un premier roman fort réussi, qui a fait mouche dans mon cœur, et qui m’a profondément bouleversée, tant dans sa forme que sur son fond.

Alors que dire d’autre, sinon que j’espère vivement que Patrick Denys nous réjouira encore de sa plume !

© Nath

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16 mai 2017

Un délice à glisser dans votre poche - Tu comprendras quand tu seras plus grande - Virginie GRIMALDI -

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Tu comprendras quand tu seras plus grande

Virginie GRIMALDI

Editions Fayard : Mai 2016

Editions le Livre de Poche : Mai 2017

 

Avant de vous présenter (très bientôt) ma chronique enthousiastissime du tout nouveau bébé de Virginie Grimaldi , " Le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie", voici un petit rappel de son avant-dernier né, paru tout récemment en format poche.

Ceux qui me connaissent savent combien Virginie est chère à mon coeur, combien j'aime l'auteur et la Femme lumineuse.

Je remercie les Editions Fayard et le Livre de Poche pour ces belles lectures, ces rayons de soleil nécessaires et régénérateurs ...  Virginie Grimaldi, c'est un cocktail de vitamines à elle seule !

Tu comprendras quand tu seras plus grande ne déroge pas à la règle, voici une petite part du gâteau !

A la suite d'un deuil, la vie de Julia, jeune psychologue, bascule.

Elle décide de quitter tout ce qui fait son présent : travail, compagnon (ou plutôt ersatz dudit compagnon) et logement.
La voici partie pour la côte basque, une nouvelle existence, face à elle-même, à la mer (à Biarritz), et un nouvel emploi dans...une maison de retraite, ce qui peut sembler un comble, pour elle qui affectionne apparemment si peu les personnes âgées.

Paradoxalement, à leur contact, elle se rend vite compte que sa quête de renouveau d'Etre pourrait passer par ce chemin-là. 

 La compassion et l'écoute que Julia apprend à accorder à ces gens, parfois oubliés, mais dont nous devrions tous prendre des leçons de sagesse et d'optimisme, va bientôt dépasser ce qu'elle pensait être ses limites. Elle va découvrir, nous faire découvrir que l'écoute est à double sens, dès l'instant où l'on prête attention et compassion, sans jugement aucun, avec juste son coeur , rien que son coeur.

Grâce à Julia, mais aussi grâce à Louise, Gustave, Elisabeth, Pierre et les autres, nous faisons face, avec tendresse, amour, humour, et empathie bien sûr , à ce que nous-mêmes pourrions bien devenir dans le futur.
Tous différents, tous attachants, tendres, énervants parfois, surprenants souvent, ils ne peuvent, tout comme l'héroïne, laisser le lecteur indifférent.

Ce roman frais, léger (mais pas tant que ça quand on s'y penche) est une Ode à la Vie et à l'Espoir.

Il interroge sur le nécessaire lien intergénérationnel, l'importance de la parole, du partage, et de la transmission.

Une vraie petite perle dans un écrin de délicatesse, sous la plume si douce de Virginie Grimaldi, un délicieux roman feel good.

"L'espace d'une vie est le même, qu'on le passe en chantant ou en pleurant" (proverbe japonais)

© Nath

 

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14 mai 2017

Vertigineux ! - Le vertige des falaises - Gilles PARIS -

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Le vertige des falaises

Gilles PARIS

Editeur : PLON  - Avril 2017 –

 

Ayant découvert l’écriture de Gilles Paris avec « Autobiographie d’une courgette », et totalement subjuguée, c’est avec une grande impatience que j’attendais de lire son tout dernier roman, « Le vertige des falaises ».

Le vertige, c’est ce que l’on ressent en posant le pied sur l’Ile, personnage à part entière du récit, tout comme l’est Glass, la maison de verre et d’acier, imaginée par feu Aristide, le patriarche du clan Mortemer.

Trois générations de femmes vivent dans cet endroit étrange, où l’on s’éclaire souvent à la bougie, où le Continent semble être à des années-lumière, où l’on pourrait s’attendre à voir surgir, dans la pénombre, le fantôme d’Agatha Christie (auteur qui m’est chère)…

Sous forme chorale, Gilles Paris donne la parole à chacun des personnages, éclairant peu à peu ainsi la pénombre et levant le voile sur les secrets bien enfouis que chacun détient.

Olivia, la grand-mère (« L’arbre centenaire sur qui tous les orages se sont abattus, sans arracher la moindre écorce »)  , et Marnie, sa petite-fille (« J’ai 14 et j’ai 100 ans… Je suis le vertige des  falaises ») sont la première et la dernière génération vivantes de Mortemer.

Les hommes n’ont que peu de place dans ce huis-clos aux accents hitchockiens.  Ou alors une place détestable. Je pense ici à Aristide et à Luc, mari et fils d’Olivia, êtres violents et dénués de scrupules.

Les personnages  sont décortiqués, leurs ambivalences taillées au scalpel.  On entend la voix d’Olivia, celle de Prudence, qui m’a beaucoup fait penser à Nelly, la gouvernante dans le merveilleux « Rebecca » de Daphné du Maurier et le film éponyme du grand Alfred.  On frémit avec Marnie , aussi attendrissante que sombre.   On sent le vent cingler les falaises.  On souffre avec Rose, et son crâne chauve, à cause du cancer qui la ronge.  On tombe forcément sous le charme de Jane, l’amie aveugle de Marnie.

C’est avec un délicieux effroi qu’on se laisse porter au fil des pages. Paradoxalement, les ténèbres côtoient la lumière, tout comme le désespoir  enlace l’amour.

Les thèmes abordés le sont avec une immense pudeur et une grande délicatesse. Qu’il s’agisse de la violence faite aux femmes, de la filiation, de la maladie et du deuil, de la résilience, des relations intergénérationnelles, il fallait tout le talent de Gilles Paris pour ne pas verser dans la caricature, et nous offrir cette pépite, dévorée en un rien de temps.

Un immense coup de cœur, donc, pour lequel je remercie vivement les Editions Plon et bien évidemment l’auteur, dont  je vais m’empresser de découvrir les autres merveilles.

«Personne n’a osé me secouer de peur que tout se brise à l’intérieur. Une fillette fragile, tout en verre »

© Nath

 

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13 mai 2017

Solairement noir - La fille du fossoyeur - Joyce Carol OATES -

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La fille du fossoyeur

Joyce Carol OATES

Editeur : Philippe REY  - Mars 2017 –

 

Avant d’entamer la lecture de La fille du fossoyeur, je ne connaissais de Joyce Carol Oastes que le nom,  lequel fait frémir (délicieusement) la blogosphère.

Je remercie vivement l’agence Anne et Arnaud et les Editions Philippe Rey pour avoir pallié cette carence !

Autant vous le dire, cette histoire-là n’a rien du roman à l’eau de rose, loin s’en faut.

Pour vous mettre en appétit, voici (un peu) de quoi il retourne … A vous ensuite de vous précipiter chez votre libraire ou dans votre bibliothèque pour vous faire votre propre opinion.

Le maître du jeu de cette intrigue, c’est le Destin, et ce que nous en faisons. C’est ce que notre histoire familiale nous transmet, vous savez, ces souffrances enfouies et tues que les parents, grands-parents ou ancêtres ont trimballées comme des valises lestées de plomb.

Rebecca est la fille d’un couple d’immigrés allemands qui ont fui la barbarie nazie, et une vie jusqu’alors agréable, pour tenter  de vivre le rêve américain.  Rebecca naît d’ailleurs sur le bateau qui les emporte de l’autre côté de l’océan.

Mais voilà, le rêve en question va se fracasser sur les écueils des côtes américaines,  et la spirale menant aux enfers va bientôt engloutir cette famille. Souffrance, alcool, violence, mort, deuils successifs, vont jalonner l’existence de Rebecca.   C’est aussi dans ce cloaque qu’elle va puiser, on ne sait comment, une formidable force de vie, une résilience d’une puissance inouïe et un courage admirable.

En filigrane de ce roman solairement noir,  de multiples interrogations : peut-on se libérer de son passé, d’une hérédité qui  est souffrance et douleur ? Comment s’affranchir du poids du malheur, alors qu’il semble implacable ?

L’écriture de Joyce Carol Oates est tout simplement somptueuse.   Une foultitude d’émotions se dégage page après page,  on finit par s’attacher à ces personnages sombrissimes et à priori rebutants,  sacrifiés et scarifiés par une société hermétique, violente dans son rejet d’autrui. C’est aussi et surtout une magnifique ode à la Vie …

Encore merci à Anne et Arnaud, et aux Editions Philippe Rey !

« L’histoire n’a pas d’existence. Tout ce qui existe, ce sont des individus et, de ces individus, uniquement des moments individuels aussi coupés les uns des autres que des vertèbres fracassées ».

© Nath

 

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10 mai 2017

La griffe Menegaux, de la haute-couture littéraire - Un fils parfait - Mathieu MENEGAUX -

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Un fils parfait

Mathieu MENEGAUX

Editeur : Grasset - Février 2017 –


Je vous l’avais dit dans mon précédent billet sur « Je me suis tue », j’attendais impatiemment de découvrir le second roman de Mathieu Menegaux, « Un fils parfait ».

Je remercie vivement, mais alors très très vivement les Editions Grasset pour ce très beau cadeau !

Encore une fois, je ne veux pas lever le voile sur cette histoire ô combien apnéique elle aussi, mais sachez que c’est un diamant. Un diamant brut !

Pour vous en toucher deux mots tout de même (enfin, un peu plus que deux mots ) , le fils parfait, c’est Maxime, dit Max. Il est beau, Maxime. Il est brillant, il est intelligent, il est polytechnicien et tout lui réussit, pour le plus grand bonheur de sa mère, Elise.

Il a épousé Daphné, la narratrice du roman, et deux adorables fillettes sont venues parfaire ce tableau idyllique, ce bonheur qui semblait éternel.

« Maxime était là, il cochait toutes les cases du père formidable »

Seulement voilà, un soir, Daphné apprend que le père attentionné l’est un peu trop , et de la façon la plus abominable qui soit.

« Maman, ne pars pas, le loup vient quand tu n’es pas là ! »

Face à l’horreur, à l’insoutenable, cette mère louve, cette mère tout court, décide de se battre.

Malheureusement, les dés sont pipés, prouvant une fois de plus, s’il est besoin, que selon que l’on soit puissant ou misérable…

Daphné va alors écrire à Elise, la mère de Mathieu. Dans une lettre cathartique, de mère à mère, elle va poser des mots, elle va livrer sa version des faits, expurgée de tout vernis, empreinte de douleur, de colère, et de sidération.

Roman poignant sur un sujet aussi douloureux que tabou,inspiré par une histoire vraie,  « Un fils parfait » explore les défaillances du système judiciaire français.

Il faut savoir que c’est juste en mars 2016 (et oui, vous avez bien lu !) pour qu’un texte de loi prévoie l’inscription de l’inceste dans le Code Pénal sous la forme d’un adjectif.

Il fallait pour aborder ce thème tragique tout le talent de Mathieu Menegaux, cette plume pudique, cette plume engagée, cette capacité qu’il a de se glisser dans la peau d’une femme, une femme qui souffre. Cet art qui est le sien de confier le récit à cette même femme. Il fallait cette écriture puissante, cette faculté à enserrer le lecteur dans l’étau d’une tragédie oppressante. Il fallait surtout cette merveilleuse humanité ,cette empathie, cette intelligence du cœur, qui sont la « griffe Menegaux ».

Merci à Mathieu Menegaux, merci aux Editions Grasset pour tant d’émotions. Frappée en plein cœur, en plein ventre, Daphné, Claire et Lucie ne me quittent pas.

Tout autant que « Je me suis tue », « Un fils parfait » est une lecture indispensable !

« Dans cette histoire, il aura suffi d’un minuscule détail pour emballer la machine , un grain de sable qui s’est glissé dans la mécanique de précision de votre fils et a mis à bas son échafaudage de mensonges ».

© Nath

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08 mai 2017

Evanescence - Atelier Bric A Book 266 -

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© Fred Hedin

 

Avancer

Oublier

Les souvenirs

La douleur

La chambre tout en haut à droite

Les vertèbres de l'escalier 

Les flammes

Revenir là

Lieu hanté de larmes

De drames

Sentir la peur nouer encore  son cœur fantôme

Ame évanescente

Nuit

Mort

Puis

Renaître de ses cendres

La Peur, toujours

Comprendre

Que le chemin balisé d’ornières

Mène

Au firmament de l’Espérance

Tâtonner ce corps fantômatique 

Cette âme phénix

Avancer

Pardonner

Un jour

Peut-être

Sans doute.

© Nath 

 

 

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07 mai 2017

Alice Clifford, tenace et téméraire - La vie ne danse qu'un instant - Theresa REVAY -

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La vie ne danse qu’un instant

Theresa REVAY

Éditions Albin Michel - Mars 2017

Du printemps 1936 au printemps 1945, Alice Clifford, correspondante de guerre pour le New York Herald Tribune, dénonce la barbarie et la folie qui se sont emparées du Monde. Sur le terrain, dans les coulisses, femme libre, insoumise, indépendante et faisant fi des conventions, de Rome à Alexandrie, de Madrid à Berlin, elle va dire… Dire les atrocités que l’on préfère taire, dire les bombes, la peur, la montée du fascisme et du nazisme. Dire la barbarie. Dire l’innommable.

“La guerre n’avait rien d’abstrait, elle broyait des individus, des hommes, des femmes, des enfants”.

Son engagement absolu, sa quête d’un idéal qu’elle va rechercher à travers les hommes qu’elle croisera et auprès desquels elle tentera de combler des failles profondes, feront d’elle une âme lumineuse.

Femme aussi forte que fragile, passionnée et passionnante, “ elle sauve du néant celui à qui elle se donne”.

La vie ne danse qu’un instant est un formidable roman aux multiples facettes.  Roman historique, et je ne peux qu’être totalement admirative face au colossal travail fourni par Theresa Révay.  Roman d’amour, car oui, de l’amour il y en a… Roman de moeurs, qui révèle combien être Femme dans ces années tourmentées était compliqué… Roman contemporain enfin, car comment ne pas faire le parallèle avec notre monde actuel !

Il est difficile de résumer 500 pages en quelques lignes, et, comme je ne veux rien spoiler, je vous invite à profiter de ces longs week-end du mois de mai pour découvrir qu’en effet, la vie ne danse qu’un instant.

J’ai passé un moment de grande qualité avec Alice Clifford, et je remercie pour cela les Éditions Albin Michel et Theresa Révay .

Note à l’attention de l’auteur : j’avoue humblement avoir recherché “Alice Clifford” sur Google 😉

Note bis à l'attention de l’auteur :  mon petit coeur fragile a battu très fort à la fin du roman.

“Alice Clifford recelait des fêlures secrètes d’où naissait sa détermination. Elle était tenace et téméraire. Imprudente aussi. L’une de ces femmes qui suscitent le respect”.

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Le poids du silence - Je me suis tue - Mathieu MENEGAUX -

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Je me suis tue

Mathieu MENEGAUX

Editeur : Grasset – Avril 2015 –

Points – Janvier 2017 –

 

Ce roman, le premier de Mathieu Menegaux m’a été chaudement recommandé par des amies blogueuses. Cédant donc à la tentation, et ce malgré une PAL qui ne cesse de grandir, je me suis empressée de l’acheter, et là, première claque : l’épigraphe … Des mots qui résonnent en moi et me sont chers, car extraits d’une œuvre capitale pour moi (Antigone , Jean Anouilh).

Je me suis tue est la descente aux enfers d’une femme, Claire, en prison depuis 2 ans.

Elle livre la confession des circonstances qui ont engendré cette incarcération, une ultime confession avant de « faire le mur ».

« Demain matin, je pars . Dès que j’aurai fini de noircir ces pages sur mon lit à barreaux, et de les mettre en ordre ».
Et nous, nous lecteurs, nous suivons ce récit page après page, le ventre noué et le cœur au bord de l’implosion.

Nous suivons les pas de cette femme, de son couple, de ce point de non-retour qui peut totalement faire basculer l’existence et la détruire.

Parce que les méandres de l’âme humaine sont tortueux, parce que parfois la douleur fait perdre pied, parce les événements de la vie ont des conséquences, même quand on veut les occulter, ce roman est un époustouflant page-turner, dont il est impossible de sortir indemne. Tous les sentiments, même les plus ambivalents, même les plus terribles, sont décortiqués avec un talent immense.

Il m’est impossible de vous en dire plus sans spoiler l’intrigue, mais je vous l’assure, ce roman-là est un uppercut, une apnée émotionnellement phénoménale.

"Submergée par l'émotion, j'ai failli craquer. J'ai été à deux doigts de tout lui avouer. Je me suis tue.
Ce fut un instant rare, un de ceux qui justifiaient ma résolution de vouloir continuer à vivre. Oui, je devais expier, être punie et coupée du monde pour mon crime abominable, mais j'avais raison d'avoir confiance dans le fait que cette vie pourrait me réserver encore quelques moments d'absolu, après la peine."

Note post-lecture : je cours la semaine prochaine chez ma libraire, le deuxième roman de Mathieu Menegaux sera mon futur achat !

© Nath

 

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