Le Boudoir de Nath - Blog littéraire et culturel -

17 novembre 2018

Coup de coeur - Magistrale plaidorie - Même les monstres de Thierry ILLOUZ

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Même les monstres

Thierry ILLOUZ

Editions de l’Iconoclaste – Septembre 2018

Essai

 

« Je voudrais défendre autrement.  Je voudrais sortir des prétoires, sortir des salles d’audience. Je  voudrais m’installer une tribune de fortune sur les places publiques comme certains illuminés le font parfois et appeler à la clémence, à la considération, appeler au doute, appeler à comprendre.  Je voudrais qu’on dise ce que vivent les gens.  Je voudrais qu’on raconte les immeubles, les caves, les couloirs, qu’on raconte l’argent et le plaisir qui manquent, la reconnaissance qui manque. .. Et surtout , je voudrais parler hors des tribunaux, je voudrais quitter cette robe dont je sens qu’elle réprouve soudain cette confession »

Thierry Illouz est avocat.   Un avocat iconoclaste  (tiens donc ! ) . Il met en effet son talent au service de ceux que l’on retrouve dans le box des accusés, ceux livrés à la vindicte populaire, ceux que l’on nomme « monstres ».

« Le mot monstre ne nomme pas, ne désigne pas, le mot criminel nomme, le mot meurtrier nomme, le mot assassin nomme, le mot fou nomme, mais le mot monstre, lui, ne  nomme pas »

L’auteur raconte.  Son propre déracinement.  Ce besoin de creuser les mots, les sentiments, les actes, les âmes.   Ce besoin aussi de dire.  De dénoncer.  Dénoncer la violence sociétale, qui engendre ces mêmes êtres humains dont il va, un jour, croiser le chemin, les Misérables, ceux qui  effraient, ceux que l’on condamne.   La parole de l’accusé, du présumé coupable, est indissociable de celle de la victime et permet à celle-ci d’être reconnue en tant que telle.  Il ne s’agit bien sûr pas d’excuser, mais d’expliquer    De décortiquer.   L’acte et ses racines. Ses racines profondes. Il dit le bruit effroyable des clés en prison, ce lieu « secret et terrible ». Il dit les fossés, les douves ,  les silences.

 « Défendre, ce n’est pas épouser le mal, ni la faute, ni le crime. Défendre, c’est  ôter au mal une chance d’être le mal, c’est –à-dire une idée réfractaire à toute compréhension, à toute histoire. Défendre, c’est épuiser l’idée du mal »

Thierry Illouz présente une vision de la Justice que je trouve belle. Oui, belle.  Et humaine.   J’aime son regard sur les cités ghettos, les  banlieues oubliées, les écoles délaissées,  les mots qui stigmatisent, les racines qu’il faut taire, les déracinements qui font mal.  J’aime cette idée qu’il est urgent de regarder l’autre.

Même les monstres est un essai-uppercut, l’un de ceux qui vous font réfléchir, forcément, sur votre propre regard sur le monde qui vous entoure, sur  votre capacité à « juger » peut-être un peu trop vite.    C’est  également un sublime hommage à la littérature, aux bibliothèques, aux auteurs qui se sont levés et ont dénoncé.   

« J’ai entre les mains ce livre, les Misérables. Je tremble.  Ces mots, leur force, leur précision. Ces personnages si réels, si palpables : Cosette, Gavroche, Jean Valjean, et les Thénardier, et les rues de Paris.  Je les absorbe, ils font partie de moi.  Et quand je regarde alors mon quartier, mes amis, mes camarades de classe, je ne peux à aucun moment considérer cette histoire interminable des Misérables comme l’élucubration d’un vieux poète »

 C’est une plaidoirie magistrale.  En faveur de l’humanité des hommes.   C’est pour moi un énorme, énorme coup de cœur !

© Nath

 


16 novembre 2018

L'arrière-pays de Christian Bobin de Dominque PAGNIER - Préface de Lydie DATTAS

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L’arrière-pays de Christian Bobin

Dominique PAGNIER

Préface de Lydie DATTAS

Editions de l’Iconoclaste – Octobre 2018

250 pages

 

Il y a ces auteurs, qui, par la grâce de leurs mots, ont le don de changer une vie. Christian Bobin fait pour moi partie de ceux-ci.

C’est donc avec une grande émotion que j’ai voyagé dans l’arrière-pays du poète-ermite, grâce au livre que Dominique Pagnier lui a consacré , et qui est paru aux Editions de l’Iconoclaste.

Tout commence par la magnifique préface de Lydie Dattas, poétesse et compagne de Bobin .  C’est d’ailleurs elle qui a conçu l’ouvrage, qui va rejoindre mes précieux livres de chevet.

« … Le rire atomique de Bobin est sa réponse.  Cette bombe adorable projette en explosant des fleurs de feu, et des boulons de soleil…  S’il est sans ruses, son entêtement à ne jamais mentir, même pour sauver sa peau, est grandiose. Rien ne le ravit plus que ce mot d’Arvo Pärt : « Même si je perds tout ». Bobin dit « Je suis – j’essaie d’être – un oiseau sans partition ».  Génial ? Si ce mot signfie bien « qui a un caractère de fête, gai , abondant », qui plus que lui, mérite cet adjectif ?  »

De l’enfance du poète, à ses carnets inédits, ce livre est émaillé de cailloux blancs, de ceux qui mènent à sa maison,  nichée dans une clairière non loin du Creusot.

Lors d’une rencontre en librairie,  l’auteur-enchanteur confiait qu’il avait toujours dans sa poche des carnets sur lesquels il notait ses pensées errantes,  ses bribes d’idées, la couleur des roses trémières de la rue d’à-côté, les citations d’auteurs qui  lui sont chers. Alors, forcément avoir accès à cette part d’intime, c’est un bonheur absolu !

Au fil des pages, on découvre le chemin qui a mené l’enfant Christian  au  poète Bobin.  Un chemin fait de mots, de musique, de contemplation, d’amour, de foi,  de soleil, d’étoiles.   On retrouve bien sûr Ghislaine,  la « Plus que vive », « Noireclaire »  la « sœur de lait ».

«  « Ma deuxième naissance a commencé en la voyant entrer dans une pièce ». Deuxième naissance. Vita nuova ».

On retrouve son admiration pour Bach, Django Reinhardt, Glenn Gould , Arvo Pärt,  et bien sûr Jean Grosjean,  Emily Dickinson, Cioran, Rimbaud, André Dhôtel et bien d’autres.

On découvre la bibliothèque de l’auteur, sa chambre d’écriture, celle-là-même où naissent les mots qui voyageront jusqu’à nous et nous enchanteront.

L’arrière-pays de Christian Bobin, c’est un ouvrage qui lui ressemble : tout en simplicité et poésie,  partage, musique, et lumière.

« Je ne crois pas en Dieu messieurs dames. Je crois en ce qui l’annonce. Les courants d’air. Le clignotant jaune du coucou. Le souvenir des morts qui est plus qu’un souvenir, qui est plus qu’un souvenir, qui est un soleil attrapé par un miroir brisé.  Et le rire messieurs dames.  Le rire, celui du cœur fracturé, une branche de lilas qui sort de la poitrine, l’adieu aux logiques mortifères et aux rois accusateurs. Le rire – Dieu à portée de voix.  Simple comme mourir »

L’ouvrage se clôt sur une chambre, une mansarde, un regard en arrière, et un retour à la patrie qui est la sienne : « sa feuille de papier blanc.  Commence alors le livre dont il est enfin l’absent : La Nuit du cœur ».

Je remercie les Editions de l’Iconoclaste pour ce magnifique cadeau et cette splendide découverte d’un arrrière-pays dans lequel j’ai tant aimé me perdre.. pour  mieux me retrouver.  Merci  Monsieur Bobin !

© Nath

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14 novembre 2018

Les mots de Nath

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Il y avait cette  ruelle.

Il y avait cette impasse.

Ce bout de bout de quelque part.

Il y avait ce ciel gris. Ce ciel lourd.

Il y avait ces murs lézardés, ces graffs défraîchis, ces traces d’avant.

Il y avait le silence.

Ce silence.

Il y avait cette porte.

Ce cadenas sur cette porte.

Cette chaîne sur cette porte.

Rouillée.

Par les vents,

Par les embruns,

Par l’océan tout proche.

Il y avait une enveloppe sous la porte.

Sous la porte cadenassée.

A la chaîne rouillée.

Il y avait des mots oubliés.

Il  y avait, au dessus du mur,  des herbes folles

Et sous la porte, des ronces .

La vie reprenait son cours.

Le silence enveloppait l’enveloppe détrempée,

Les mots noyés

Par la désespérance.

Il y avait cette ruelle

Il y avait cette impasse

Il n’y avait plus rien

Que cette porte

Cette chaîne rouillée

Ce cadenas

Cette enveloppe

Ces mots qui resteront sans réponse

Ces ronces

La Bohême

L’oubli.

© Nath

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13 novembre 2018

La jeunesse a du talent - Nouvelles d'ados - Collectif - Prix Clara 2018

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Nouvelles d’ados - Collectif

Editions HéloÏse d’Ormesson – Novembre 2018

128 pages

Recueil de nouvelles

 

La jeunesse n’est pas que violence, dérive, abêtissement, inculture et désordre. La jeunesse est talent, elle est douée, elle est lumineuse, porteuse d’espoirs et de générosité.

C’est l’esprit-même de ce recueil (paru aux Editions Héloïse d'Ormesson),  auquel je suis fidèle, et qui, comme chaque année, à même période, récompense  des graines d’auteurs.   Ces graines qui donneront de jolis fruits.

Cette année, fait exceptionnel qui mérite d’être souligné,  sur les six lauréats, cinq étaient des garçons. Cette année encore,  six textes riches, six univers, , six regards sur le Monde, six sensibilités  ont su toucher le jury…et mon cœur …

Avec Thomas,  nous embarquons pour un univers dystopique dans lequel les parents, une fois par an, peuvent échanger leurs enfants .

 « La directive 357 avait été rapidement suivie de sa sœur, la directive 358, qui donnait aux parents le droit d’échanger leurs enfants une fois par an au maximum, afin de ne pas influer sur leur scolarité. Les parents épuisés par un nourrisson pouvaient choisir un adolescent, moins accaparant en matière de temps, et se consacrer ainsi à leur vie de couple ».

Rémi a choisi de nous entraîner dans sa cabane , par le biais d’une belle histoire, dont les mots constituent les fondations.

« Et d’un coup, trois mots. Qui semblaient être l’aboutissement inéluctable du processus commencé le jour où j’avais laissé ces quatre fameux vers sous la pierre de la cabane. »

Salomé (Big up à la seule fille lauréate de cette promotion)  a choisi d’évoquer un thème douloureux, celui de la guerre et de la destruction de Palmyre.   Il fallait oser, elle l’a fait !  Elle a fait , avec brio, chanter les pierres… 

« Fuis ! Le jour se lève, je les attends, je les entends.  Ne te retourne pas,  mais n’oublie pas . Raconte au vent, aux arbres, aux humains qui t’écouteront ce que fut Palmyre »

John, dans une nouvelle elle aussi époustouflante,  nous emporte au-delà des mers, et c’est avec un immense bonheur que j’ai  voyagé avec  James, moi , l’amoureuse du large, des bateaux, et de l’ Atlantique.

« James a toujours cherché à donner un sens à sa vie, il veut avoir une raison de se lever le matin, et certaines fois,  cette raison a été dure à trouver. Mais James sent que cette tristesse va bientôt disparaitre pour de bon , il ne sait pas pourquoi, mais quelque  chose lui chuchote que tout se finira bien.  Et le point suivant lui remonte immédiatement le moral, puisque c’est tout simplement « Faire le tour du Monde à la voile »

Alexis nous plonge dans un univers magique, poétique, onirique et chatoyant.  Une belle histoire d’enfance, un peu triste tout de même , mais si magnifiquement contée !    Une histoire de souffleur de verre, dont la chute est admirable …

« Et c’est alors que la danse commence. D’un mouvement ample, le souffleur de verre aligne ses premiers pas. Il fait rouler la tige sur une table de métal, la relève, la porte à ses lèvres pour la goûter. A chacun de ses gestes, la boule prend forme, s’étire, s’affine. ».

Timothée boucle ce recueil avec une nouvelle sur les effets pervers des  réseaux sociaux. Je ne vous en dirai pas plus pour ne pas tout divulgâcher, mais il l’a fait sous une forme peu commune, enfin, vous verrez en le lisant !

« Devenir ennuyeux est la pire chose qui peut arriver à un personnage public sur Internet. Si on cesse de poster des contenus drôles ou pertinents, on perd en attractivité aux yeux des internautes et donc en visibilité et en audience.  Ce qui commence à devenir mon pire cauchemar ».

Cette année encore donc, la qualité était au rendez-vous.  

Ces jeunes ont entre quinze et dix-sept ans. Leur maturité , leur regard sur le monde sont incroyables.  Je vous avoue que je suis totalement admirative.

Je remercie les Editions Héloïse d’Ormesson,  sans qui  ce recueil ne serait pas.   Merci aussi à tous les partenaires, et au prestigieux jury.

Je rappelle que tous les bénéfices liés à la vente de ce recueil seront reversés à l’ARCFA (Association pour la Recherche en Cardiologie du Fœtus à l’Adulte) de l’Hôpital Necker-Enfants malades.

Bravo à :

-          Thomas Carré : « La nuit venait de tomber »

-          Rémi Courtois : « La cabane »

-          Salomé Fabry : « Le chant des pierres »

-          John Levy : « Rêveries au large »

-          Alexis Notarianni : « Le souffleur de verre »

-          Timothée Peraldi : « Influenceuse »

Rendez-vous l’année prochaine pour de nouvelles (et belles)  découvertes.

© Nath

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12 novembre 2018

Le poème de la semaine - Frida KAHLO

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Tu mérites un amour décoiffant, qui te pousse à te lever rapidement le matin, et qui éloigne tous ces démons qui ne te laissent pas dormir.

Tu mérites un amour qui te fasse te sentir en sécurité, capable de décrocher la lune lors qu’il marche à tes côtés, qui pense que tes bras sont parfaits pour sa peau.

 Tu mérites un amour qui veuille danser avec toi, qui trouve le paradis chaque fois qu’il regarde dans tes yeux, qui ne s’ennuie jamais de lire tes expressions.

Tu mérites un amour qui t’écoute quand tu chantes, qui te soutiens lorsque tu es ridicule, qui respecte ta liberté, qui t’accompagne dans ton vol, qui n’a pas peur de tomber.

Tu mérites un amour qui balayerait les mensonges et t’apporterait le rêve, le café et la poésie.

Frida Kahlo

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11 novembre 2018

Prix Clara 2018 : flashback sur la cérémonie de remise du Prix .

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Prix Clara 2018

Cérémonie de remise du Prix

 

Cette année encore, j’ai eu la chance d’assister à la cérémonie de remise du Prix Clara, à l’Hôtel de Ville de Paris.  Retour sur  cette soirée, qui a eu lieu le 07 novembre.

Créé en 2006, ce prix récompense chaque année de jeunes adolescents à la plume prometteuse. Leurs nouvelles font l’objet d’un recueil qui paraît aux Editions Héloïse d’Ormesson,  à l’origine de ce projet généreux (à l’image de cette maison qui m’est chère), puisque les bénéfices des ventes sont reversés à l'ARCFA, l'Association de recherche en chirurgie cardiaque de l'hôpital Necker-Enfants malades.

Cette année,  fait exceptionnel, cinq des six lauréats étaient des garçons.

Faisant tous preuve d’une maturité et d’un talent admirables, les lauréats, choisis par un jury de onze personnalités, et présidé par Monsieur Erik Orsenna, de l’Académie Française, ont laissé libre cours à leur imagination, évoquant des thèmes qui les touchent, qui nous touchent.   Les nouvelles sont émouvantes, surprenantes, mais toutes ont en commun une virtuosité inouïe.   Je vous reparle très bientôt du recueil 2018, qui est, une fois encore, brillantissime !

Bravo à Thomas, Rémi, Salomé, John, Alexis et Timothée !

Je remercie les Editions Héloïse d’Ormesson, les jeunes lauréats adorables comme toujours ,  ainsi que tous les partenaires qui permettent à ce prix de perdurer.  Merci  à toi qui achèteras ce livre, sache qu’outre les belles découvertes qui t’attendent, tu accompliras un joli geste.

© Nath

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10 novembre 2018

Hymne à la tolérance - Les cinq malfoutus de Beatrice ALLEMAGNA

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Les cinq malfoutus

Beatrice ALLEMAGNA

Editions Helium -2014

32 pages

Littérature jeunesse

 

« Ils étaient cinq. Cinq êtres mal foutus ».

Le thème de la « différence », des « différences », m’est cher, bien que je n’aime pas ce terme, car il induit forcément une échelle de valeurs, de mieux , ou de moins bien, qui me dérange profondément.

Alors, lorsque j’ai découvert ce merveilleux album-ode à la tolérance, je ne pouvais que tomber en amour avec le texte et les illustrations.

Beatrice Allemagna met ici en scène cinq personnages  pas comme les autres en apparence… Mais dans le fond, tellement, tellement comme les autres !  Il y a le Troué, le Plié, le Mou, le Renversé et le Raté. Tous sont là, avec leurs imperfections, leurs maladresses .

« Ces cinq-là ne faisaient pas grand-chose dans la vie. Surtout qu’ils n’avaient pas très envie de faire quoi que ce soit … Ils habitaient une maison brinquebalante qui aurait pu s’effondrer d’une minute à l’autre. Ils discutaient souvent pour savoir lequel était le plus nul d’entre eux. Cela les amusait beaucoup »

 

 

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Leurs vies s’écoulaient somme toute tranquillement, jusqu’au jour où…

« …Venu de nulle part, arriva un type extraordinaire »

Un type parfait. Au corps parfait. A la vie parfaite. Un type tellement, tellement parfait, qu’il ne comprenait pas que l’on puisse être heureux en étant imparfait.

« Vous ne servez donc à rien , vous êtes de vrais nullités !  dit le Parfait d’un air dégoûté »

 

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Eh oui, on peut être heureux de bien peu de choses, on peut l’être en étant Troué, car la colère passe au travers. On peut l’être en étant plié et empli de jolis souvenirs. On peut l’être en étant Renversé, car on voit les choses autrement, peut-être avec plus d’acuité…

Les cinq malfoutus, c’est une ode à la bienveillance, à la solidarité, à l’empathie, à la compassion et à la tendresse.   En dépit de leurs « différences », ces cinq-là sont bien plus sympathiques que ce type Parfait, avec son corps de rêve, son « nez bien droit, aucun trou dans l’estomac et même une sublime chevelure ».

Cet album est un bijou de poésie, les illustrations, présentées sous forme de découpages, sont magnifiques.   C’est un splendide conte philosophique, à conseiller à tous ,petits et grands, en ces temps de repli sur soi et d’étroitesse de cœur et d’esprit .

© Nath

05 novembre 2018

Le poème de la semaine - Khalil GIBRAN

 

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DE LA LIBERTÉ 

 

Vous serez vraiment libres non pas lorsque vos jours seront sans soucis et vos nuits sans désir ni peine, 

Mais plutôt lorsque votre vie sera enrobée de toutes ces choses 

et que vous vous élèverez au-dessus d'elles, nus et sans entraves. 

Et comment vous élèverez-vous au-dessus de vos jours et de vos nuits sinon en brisant les chaînes qu'à l'aube de votre intelligence vous avez nouées autour de votre heure de midi ? 

En vérité, ce que vous appelez liberté est la plus solide de ces chaînes, même si ses maillons brillent au soleil et vous aveuglent.

Et qu'est-ce sinon des fragments de votre propre moi que vous voudriez écarter pour devenir libres ?

Si c'est une loi injuste que vous voulez abolir, cette loi a été écrite de votre propre main sur votre propre front. 

Vous ne pourrez pas l'effacer en brûlant vos livres de lois ni en lavant les fronts de vos juges, quand bien même vous y déverseriez la mer. 

Et si c'est un despote que vous voulez détrôner, veillez d'abord à ce que son trône érigé en vous soit détruit.

Car comment le tyran pourrait-il dominer l'homme libre et fier si dans sa liberté ne se trouvait une tyrannie et dans sa fierté, un déshonneur ? 

Et si c'est une inquiétude dont vous voulez vous délivrer, cette inquiétude a été choisie par vous plutôt qu'imposée à vous. 

Et si c'est une crainte que vous voulez dissiper, le siège de cette crainte est dans votre coeur, et non pas dans la main que vous craignez. 

En vérité, toutes ces choses se meuvent en votre être dans une perpétuelle et demi-étreinte, ce que vous craignez et ce que vous désirez, ce qui vous répugne et ce que vous aimez, ce que vous recherchez et ce que vous voudriez fuir.

Ces choses se meuvent en vous comme des lumières et des ombres attachées deux à deux.

Et quand une ombre faiblit et disparaît, la lumière qui subsiste devient l'ombre d'une autre lumière. 

Ainsi en est-il de votre liberté qui, quand elle perd ses chaînes, devient elle-même les chaînes d'une liberté plus grande encore.  

Khalil Gibran

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02 novembre 2018

Je relis mes classiques - Rebecca - Daphné du MAURIER

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Rebecca          

Daphné du Maurier

Parution originale : 1938

Le Livre de Poche : mai 2016 (nouvelle traduction)

 

Je vous faisais part récemment de mon intention de relire régulièrement ces classiques qui ont fasciné la lectrice-ado que j’étais. 

Après Michel Strogoff (ici),  après le Comte de Monte-Cristo () ,  après Dix petits Nègres (par ici)  je vous parle aujourd’hui de Rebecca,  incontournable pilier de la littérature anglo-saxonne,  écrit en 1938 par Daphné du Maurier. Ce roman , de même que ceux d’Agatha Christie a marqué mes premiers pas dans les rayons de la section adulte de la bibliothèque de Narbonne,  moments inoubliables à plus d’un titre.

Mais revenons à Rebecca…

La narratrice du roman, qui demeure anonyme de la première à la dernière page, est une jeune fille que l’on devine issue d’un milieu modeste. Sans famille, elle est la demoiselle de compagnie d’une dame fort désagréable, aussi riche qu’autoritaire.   C’est à Monte-Carlo que tout débute. Tout, c’est la rencontre entre elle, la narratrice et Maxim de Winter, richissime anglais, veuf inconsolable depuis la tragique disparition de son épouse Rebecca.   De balades en moments partagés, se tisse entre eux deux un lien tendre, tant et si bien que tout cela finit (ou plutôt commence) par un mariage.

Après une lune de miel paradisiaque en Méditerranée, le couple rentre à Manderley, la somptueuse propriété de monsieur de Winter.   Elle va alors faire la connaissance de certains proches de son époux, et des membres du personnel, dont Mrs Danvers, qui fut la gouvernante de Rebecca.  Un lien fusionnel unissait ses deux femmes, lien qui restera flou tout au long de la lecture.

" Je te présente Mme Danvers", annonça Maxim, et la femme se mit à parler, laissant cette main morte dans la mienne, ses yeux caves ne quittant jamais les miens, si bien que mon regard flancha, incapable de soutenir le sien."

 Viscéralement attachée à l’ancienne châtelaine, Mrs Danvers ne tolérera jamais la présence de la nouvelle Mrs deWinter, accumulant coups bas et méchancetés à son encontre.   L’ombre de Rebecca  demeure très présente,  faisant d’elle et de Manderley des personnages à part entière du récit.

« C’était son lit. Un beau lit, n’est-ce pas ? J’y laisse la couverture d’or, celle qu’elle préférait. Voilà sa chemise de nuit, dans la pochette. Vous l’avez touchée, n’est-ce pas ? « Elle sortit la chemise de son enveloppe et la déploya devant moi. « Touchez-la, prenez-la, dit-elle. Comme c’est doux et léger, n’est-ce pas ? Je ne l’ai pas lavée depuis qu’elle l’a mise, pour la dernière fois. Je l’avais disposée ainsi, avec la robe de chambre et les pantoufles, la nuit où elle n’est pas revenue, la nuit où elle s’est noyée ».

L’emprise de Rebecca demeure. Au delà de la mort. Rebecca si belle , si brillante, si glamour, si intelligente..   Alors, bien sûr, à côté de ce modèle si parfait, la narratrice se sent bien transparente.  

"Rebecca, toujours Rebecca. Je ne serai  jamais débarrassée de Rebecca. Peut-être que je la hantais ainsi qu'elle me hantait ; elle regardait du haut de la galerie, comme avait dit Mrs Danvers, elle était assise à côté de moi quand je faisais mon courrier à son bureau. Cet imperméable que j'avais porté, ce mouchoir dont je m'étais servie, ils étaient à elle. Peut-être m'avait-elle vue les prendre. Jasper avait été son chien et courait maintenant sur ses talons. Les roses étaient à elle et je les cueillais. M'en voulait-elle et me craignait-elle comme je lui en voulais? Désirait-elle que Maxim fût de nouveau seul dans la maison? J'aurais pu lutter contre une vivante, non contre une morte."

La folie de Mrs Danvers va grandissante, envahissante. Le suspens grandit page après page, plongeant le lecteur dans un état d’oppression qui relève du génie .

Ce roman possède tous les ingrédients d’un très grand :  amour, haine, folie, mort, mensonges, noirceur.

Il a été magistralement porté à l’écran par Alfred Hitchock en 1940, de même que deux autres romans de l’autrice, « Les oiseaux » (1963) et « L’auberge de la Jamaïque » (1939).

J’ai littéralement adoré cette histoire , la plume de Daphné du Maurier, cette montée en puissance de l’intrigue, qui ne faiblit aucunement.    La psychologie des personnages est étudiée à la loupe, et j’avoue avoir frémi plus d’une fois. J’y ai également trouvé un coup de canif envers la société anglaise , peu encline à accepter les différences d’ordre social au sein d’un couple, ce conservatisme peut-être typiquement insulaire.  Un très très grand classique donc. Un incontournable selon moi. 

© Nath

 

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31 octobre 2018

Quête de soi - Bazaar - Julien CABOCEL

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Bazaar

Julien CABOCEL

Editions de l’Iconoclaste – Août 2018 –

198 pages

Rentrée littéraire 2018

 

Qui n’a jamais rêvé de tout plaquer,  de jeter les clés et de filer, tout droit devant, sans destination autre qu’un ailleurs ?

C’est ce que choisit de faire Dominique Chevallier, brillant publicitaire, connu et reconnu, à la vie que bien des gens envient. Bien des gens certes, mais plus lui.

Alors, un soir, frappé par la grâce d’une danseuse, subjugué par la beauté pure d’un geste, il décide de prendre la route, et de rouler jusqu’à ce que le réservoir d’essence déclare forfait.   Il part.  Destination : lui-même.

« J’étais bien incapable d’expliquer ce qui m’était arrivé ce soir-là. Cette fille dansait sur la scène.  Et je pleurais…  Comme si elle parlait une langue que je ne connaissais plus, que j’avais oubliée depuis des siècles et que pourtant je comprenais parfaitement.  Elle dansait sur la scène de l’opéra Bastille. Et moi, au milieu d’une rangée de fauteuils au velours bleu nuit, je pleurais…  J’avais cherché son nom sur la programmation…pour la remercier de ce qu’elle avait accompli. Non pas la danse elle-même mais le sens de la vie, de ma vie, qu’elle avait ravivé… L’idée était venue de là ».

Il part pour vivre. Vivre l’instant, le présent . « Pas d’avant, pas d’après, juste l’instant ».

C’est ainsi qu’il arrive en Provence et que le hasard ( ?) le guide jusqu’au Bazaar, motel fantomatique et délabré, qui  n’est pas sans rappeler  Bagdad Café.

C’est là qu’il va rencontrer des personnages atypiques, hauts en couleurs et en sentiments, qui  vont l’amener, chacun à sa façon,  à s’interroger, indirectement, sur le sens de sa vie, de la vie.

Ainsi, il se retrouve face à Stella, une ancienne compagne, «femme aimant », à un drôle de berger , à une enfant, à un photographe étrange, et d’autres visages sortis tout droit d’un autre monde.

La plume de Julien Cabocel est trempée dans l’encre de la poésie et de l’imaginaire, elle est couleur ciel de Provence, ciel étoilé, regards perdus, à la limite du fantastique.

L’auteur se fait peintre, musicien, conteur, et c’est un pur bonheur de se laisser porter, de se laisser embarquer dans ce monde métaphorique.

Si au premier abord, les personnages semblent loufoques, il n’en est rien.  Chacun fait partie d’un tout.  Un peu (beaucoup) comme dans la vie. Car nous sommes tous complémentaires non ?  Si le hasard semble être le guide de chacun , on se rend bien vite compte qu’il n’en est peut-être rien .  A chacun de trouver  le chemin qui lui convient, la voie qui est la sienne.   Le Bazaar, c’est peut-être bien notre destin. Peut-être est-il placé sur la route de chacun d’entre nous, à un moment bien précis de notre vie ?
Roman initiatique, roman onirique, roman intimiste (car l’écriture de Julien Cabocel a ceci de magique qu’elle donne au lecteur l’impression qu’il est tout là, au Bazaar, qu’il est chacun d’eux tous, sans voyeurisme, juste avec  poésie et pudeur). 

« Chaque instant me le disait désormais. Le Bazaar existait bel et bien.  Peu importe où. Il s’élevait quelque part pour abriter les possibles, héberger toutes les vies que j’aurais pu avoir , tous ceux que j’aurais pu être. Et je savais m’y rendre".

Je remercie les Editions de l'Iconoclaste pour cette très belle découverte  (il faut dire que la rentrée littéraire chez l'Ico est de toute splendeur).

 

Posté par Nath-A-Lie à 05:22 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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