Le Boudoir de Nath - Blog littéraire et culturel -

23 septembre 2019

Le lundi c'est poésie.- Louis ARAGON

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Il n'aurait fallu
Qu'un moment de plus
Pour que la mort vienne
Mais une main nue
Alors est venue
Qui a pris la mienne

Qui donc a rendu
Leurs couleurs perdues
Aux jours aux semaines
Sa réalité
A l'immensité
Des choses humaines

Moi qui frémissais
Toujours je ne sais
De quelle colère
Deux bras ont suffi
Pour faire à ma vie
Un grand collier d'air

Rien qu'un mouvement
Ce geste en dormant
Léger qui me frôle
Un souffle posé
Moins une rosée
Contre mon épaule

Un front qui s'appuie
A moi dans la nuit
Deux grands yeux ouverts
Et tout m'a semblé
Comme un champ de blé
Dans cet univers

Un tendre jardin
Dans l'herbe où soudain
La verveine pousse
Et mon cœur défunt
Renaît au parfum
Qui fait l'ombre douce

Louis Aragon -Le Roman Inachevé 

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22 septembre 2019

Les mots de Nath

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Au clair des étoiles
Il y a
Des aurores
Par centaines
Des crépuscules
Infinis
Des lunes
Plusieurs
Des soleils
À perte de vue
Des champs de blé
Un petit prince
Des mots
Un bateau ivre

Au clair des étoiles
Il y a aussi...
L'immensité
L'éternité
Il y a
Toujours
Il y a
Jamais

Au clair des étoiles
Il y a...

© Nath

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20 septembre 2019

Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2019-Vis ma vie de jurée littéraire

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Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2019

Prix du Choix des Libraires 

 

Hier soir, dans les magnifiques locaux du Cercle Lebrun à Paris, a eu lieu la remise du Prix des Lecteurs du Livre de Poche et du Choix des Libraires 2019.

J'ai eu la chance de faire partie du jury, catégorie Littérature, et cerise sur le gâteau, l'une de mes autrices chouchoutes faisait partie de la sélection... 

Voici le palmarès :

Prix Choix des Libraires :

         -  Catégorie Littérature : Philippe Claudel pour L'archipel du chien

          -  Catégorie Polar :  Marion Brunet pour L'été circulaire

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Prix des Lecteurs :

           - Catégorie Essais et Documents : Adélaïde Bon pour La petite fille sur la banquise.

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            - Catégorie Polar (ex aequo) : Camilla Grebe pour Le journal de ma disparition et Nicolas Lebel pour L'heure des fous

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- Catégorie Littérature : Valérie Perrin pour Changer l'eau des fleurs.

Ce fut une belle, très belle soirée, riche en émotions et belles rencontres, immenses joies, champagne et petits fours. 

Merci infiniment au Livre de Poche et aux maisons d'édition pour tant de Bonheur et rendez-vous l'année prochaine !

© Nath

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19 septembre 2019

Lettres à Nour - Rachid BENZINE

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Lettres à Nour

Rachid BENZINE

Editions Points – Février 2019

 

« Le contraire de la connaissance, ce n’est pas l’ignorance, mais les certitudes »

Nour a vingt ans lorsqu’elle fait le choix de quitter son pays et son père dont elle est pourtant très proche, pour rejoindre les rangs de Daesh et un époux rencontré sur Internet.

Dès lors, à des milliers de kilomètres de distance, et pour que le lien entre la jeune femme et ce père perdure, va s’installer un échange épistolaire des plus émouvants.

Il est un intellectuel, un universitaire reconnu, musulman pratiquant, militant pour la Paix et le respect des Droits de l’Homme.

« Comment aurais-je pu soupçonner que tu partirais rejoindre ces monstres et que tu serais fière de participer à leur barbarie ? Toi et moi , nous étions tout l’opposé de cela ? … Car il n’y a que la vie qui soit sacrée, la nôtre et celle des autres… Allah nous a demandé de la préserver en permanence, cette vie si fragile. Pas de massacrer... »

Elle était, jusqu’à ce départ inexplicable, en cachette,  pour Falloudja, en Irak.une brillante étudiante en philosophie, attachée aux valeurs transmises par ce père qui l’a élevée seul, pour qui elle est tout, et qui reste brisé par cette décision. 

« ...Tu ne peux pas savoir le bonheur que je vis ! Avec mes sœurs, nous ressentons toutes la même chose. Nous accomplissons notre destin de femmes … Ton monde n’est fait que d’impostures, la vraie vie n’est pas là. Et la vraie mort non plus ! »

Chacun des deux espère convaincre l’autre du bien fondé de ses arguments, car il est impossible, tant pour le père que pour la fille, de rompre l’osmose qui est la leur.

Au fil des lettres, on découvre la puissance des réseaux qui conduit ces jeunes, parfois encore des enfants, à vouloir prendre les armes; à se radicaliser.

On partage la douleur de ce père démoli, anéanti, pointé du doigt et agressé, torturé dans son propre pays.

On souffre pour l’un comme pour l’autre, on a mal là, au creux du ventre. J’avoue pleurer à chacune de mes lectures …

Le sujet ô combien délicat est abordé avec une grande justesse et une immense intelligence.

Initialement paru aux Editions du Seuil sous le titre «  Nour, pourquoi n’ai-je rien vu venir ? »,a donné lieu à une pièce de théâtre mise en scène par l’auteur et Charles Berling.

Rachid Benzine est enseignant, islamologue, auteur et metteur en scène.

J’ai beaucoup , beaucoup aimé cette lecture. J’apprécie tout particulièrement les récits ou les romans épistolaires, et j’ai été profondément touchée par ces deux personnages, cet attachement fort , si fort entre eux. J’ai été bouleversée par le choix de Nour, qui est hélas encore celui de trop de gamins. Lisez, faites lire Lettres à Nour, car, pour reprendre les mots du père « L’imaginaire, les arts, la littérature, la musique, la poésie, l’humour… tout cela nourrit l’amour pour l’humain et le doute, ce doute qui éloigne des certitudes qui mangent des humains »

© Nath

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17 septembre 2019

La grande escapade - Jean-Philippe BLONDEL

 

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La grande escapade

Jean-Philippe BLONDEL

Editions Buchet-Chastel -Août 2019

Rentrée littéraire

 

La grande escapade … Déjà, il y a ce titre. Vous vous dites que vous allez plonger dans une équipée  vers la Liberté. Et vous n’avez pas tout à fait tort. En effet, le roman de Jean-Philippe Blondel nous ramène dans la France des années 1970 , période à la croisée des chemins pour un pays à la fois un tantinet (euh, même plus!) conservateur (je pense notamment à la place des femmes, encore soumises bien souvent au joug de l’époux) et désireux de pérenniser les idéaux de liberté soufflés par le vent de mai 68.

Voici une histoire simple, de gens ordinaires. Un microscome. Ou plutôt deux. Une mini-société nichée au creux du groupe scolaire Denis Diderot, quelque part dans l’Est de la France. On y retrouve une bande de gamins et leurs parents. Ceux-ci sont instituteurs, comme on disait « avant » et occupent les logements de fonction situés juste au dessus de l’école. Comme « avant ».

A l’image de ces enfants qui deviennent des adolescents, la société est en pleine mutation, le choc pétrolier a créé une onde de choc, et dans, une autre mesure,  les nouvelles méthodes pédagogiques également.

L’auteur raconte… Il le fait avec brio, et c’est avec délectation que l’on suit ces familles ordinaires et ces gamins , que l’on voit la France changer peu à peu de visage, au grand dam de certains !

Je suis issue d’une longue lignée d’instituteurs (j’aime le mot), et même si ma scolarité s’est déroulée en Occitanie, j’ai retrouvé dans ce roman des bribes de mon enfance , des souvenirs se sont rallumés, et je vous l’assure, ce ne fut que du bonheur

La grande escapade est une histoire douce-mélancolique (je tiens au trait d’union), sur une époque révolue, une histoire au goût de roudoudous et de mistrals gagnants, de liberté et d’amitié,d’’humour et d’un brin de nostalgie, doublée d’une véritable étude sociologique particulièrement intéressante, que l’on ait – ou pas – connu ces années-là. Les toutes dernières pages sont juste exquises !

Joli coup de coeur donc, pour lequel je remercie les Editions Buchet-Chastel, qui m’ont permis de le découvrir en avant-première !

© Nath


16 septembre 2019

Le lundi, c'est poésie - Colette

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 "Vois, arrête-toi, cet instant est beau ! Y a-t-il ailleurs, dans toute ta vie qui se précipite, un soleil aussi blond, un lilas aussi bleu à force d'être mauve, un livre aussi passionnant, un fruit aussi ruisselant de parfums sucrés, un lit aussi frais de draps rudes et blancs ? Reverras-tu plus belle la forme de ces collines ? Combien de temps seras-tu encore cette enfant ivre de sa seule vie, du seul battement de ses heureuses artères ? Tout est si frais en toi que tu ne songes pas que tu as des membres, des dents, des yeux, une bouche douce et périssable. Où ressentiras-tu la première piqûre, la première déchéance ?... Oh ! souhaite d'arrêter le temps, souhaite de demeurer encore un peu pareille à toi-même : ne grandis pas, ne pense pas, ne souffre pas ! Souhaite cela si fort qu'un dieu, quelque part, s'en émeuve et t'exauce !"

Colette - La retraite sentimentale

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09 septembre 2019

Le lundi, c'est poésie - Jacques PREVERT

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Le Cancre
Il dit non avec la tête
mais il dit oui avec le coeur
il dit oui à ce qu'il aime
il dit non au professeur
il est debout
on le questionne
et tous les problèmes sont posés
soudain le fou rire le prend
et il efface tout
les chiffres et les mots
les dates et les noms
les phrases et les pièges
et malgré les menaces du maître
sous les huées des enfants prodiges
avec les craies de toutes les couleurs
sur le tableau noir du malheur
il dessine le visage du bonheur
Jacques PREVERT

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07 septembre 2019

La Vie silencieuse de la guerre - Denis DRUMMOND

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La Vie silencieuse de la guerre

Denis DRUMMOND

Editions le Cherche-Midi - Août 2019

Rentrée littéraire

 

La Vie silencieuse de la guerre est un roman abrupt, que l’on ouvre avec appréhension.

Je pense que vous avez saisi le sujet sans aucun mal , thème douloureux et d’une actualité hélas bien présente. Pour le développer, Denis Drummond a choisi un angle narratif qui laisse la place à un hommage posthume, celui rendu à Enguerrand, reporter de guerre. Il va s’exprimer par la voix de Jeanne, récipiendaire de ses écrits et de quatre photos. Quatre photos pour quatre tragédies.

Le sujet avait tout pour me plaire, je suis en effet très sensible à toutes les causes humanitaires, à toutes les souffrances, à toutes les horreurs que l’Homme est capable d’infliger à ses semblables.

Oui, mais… Étonnamment, l’osmose attendue n’a pas eu lieu.Je me suis perdue dans ces temporalités et lieux différents, dans des métaphores dont le sens m’a échappé. J’ai trouvé l’ensemble « surexposé », pour parler en termes photographiques. Cet avis n’engage bien sûr que moi. Peut-être n’était-ce pas le moment opportun pour pareille lecture, peut-être ne suis-jepas faite pour les romans de guerre. Quoiqu’il en soit, je reconnais le grand talent de l’auteur et son courage pour avoir abordé un sujet aussi délicat.

© Nath

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05 septembre 2019

Jour de courage - Brigitte GIRAUD

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Jour de courage

Brigitte Giraud

Editions Flammarion - Août 2019

Rentrée littéraire 

 

Livio a dix-sept ans. C’est un lycéen en apparence comme tant d’autres. Issu d’une famille italienne décousue et oublieuse des racines qui sont les siennes, il subit le silence qui y règne, ainsi que les réflexions acerbes du père . En effet, le jeune homme porte un lourd secret qu’il lui semble impossible d’exposer sous peine de reniement éternel.

Saisissant l’opportunité d’un exposé en classe dont il a choisi le thème, il va tenter de soulever la chape de plomb qui l’étouffe, quitte à perdre gros ! En effet, il va s’approprier la vie de Magnus Hirschfeld médecin sexologue allemand, pionnier dans son domaine, alors même que l’intolérance et la dictature hitlérienne s’installaient autour de lui. Ce sera là pour le jeune homme un premier pas libérateur, mais la Liberté a un prix…

J’avais beaucoup aimé le précédent roman de Brigitte Giraud « Un loup pour l’homme », et c’est avec joie que j’ai découvert celui-ci, différent du précédent mais pourtant semblable dans la mesure où il aborde lui aussi un, sujet sensible. Celui-ci me tient à coeur, je supporte très très mal l’ostracisme subi par certaines minorités (oh la la ,que je déteste ce mot!). Je ne connaissais pas Magnus Hirschfeld et je me suis enrichie grâce à cette lecture. J’ai apprécié la manière qu’a choisi l’autrice d’aborder le sujet et j’ai éprouvé une grande tendresse pour Livio.

Je n’irai pas jusqu’au coup de coeur, j’aurais aimé un peu plus de profondeur, mais Jour de courage demeure une lecture agréable en cette période littérairement prolifique.

Lecture faite dans le cadre de ma participation aux Explorateurs de la Rentrée littéraire. Je remercie Lecteurs.com et la Fondation Orange pour cette belle découverte .

© Nath

03 septembre 2019

Une joie féroce - Sorj CHALANDON

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Une joie féroce 

Sorj Chalandon 

Editions Grasset - Août 2019

Rentrée littéraire 2019

Ouvrir un roman de Sorj Chalandon, c’est pénétrer sur la pointe des pieds dans un univers tout en sensibilité, tout en Humanité, tout en révolte, cette belle et nécessaire révolte, trop souvent oubliée. 

Encore une fois, l’auteur ne faillit pas, bien au contraire ! 

La grande surprise, c’est que pour Une joie féroce, il se glisse dans la peau d’une femme.  En effet, ce roman est celui de Jeanne, mais aussi celui de Brigitte, d’Assia et de Melody. Toutes quatre sont liées par la maladie. Jeanne est la narratrice et le personnage principal. Femme effacée, épouse délaissée, mère meurtrie, l’épreuve qu’elle va affronter va la révéler à elle-même.  C’est habitée par cette “joie féroce”, cet appétit de vivre, qu’en compagnie de ses acolytes, elle va mettre au point un plan absolument fou, au nom de la solidarité, de la maternité, au nom de la Vie. 

J’ai été bouleversée par cette cette histoire que pourtant je redoutais, et mes mots seront sans doute maladroits pour l’évoquer.   L’empathie avec Jeanne a été immédiate.  La plume “Chalandonienne” m’a une fois encore emportée.  J’ai été chavirée par ces formules dont il a le secret, ces phrases qui font mouche parce qu’elles font écho à ces choses enfouies, ces mots qu’il pose sur le papier et qui vous laminent autant qu’ils vous  illuminent. Lethème de la maladie a été abordé avec pudeur, sans fioriture aucune, et c’est le cœur en joie (bon j’ai beaucoup pleuré, je le reconnais) que j’ai refermé l’histoire de ces guerrières. 

"Jamais je n'avais réagi comme ça. Je me sentais à la fois fragile et incassable, invincible et mortelle.  Le camélia avait tanné ma peau de rousse en cuir épais.  Déraciné par le scalpel, il avait arraché un peu de mon coeur. Une brisure. Celle qui ne sert pas à grand chose. A être polie, convenable, respectable, décente...  Ma priorité était d'arriver jusqu'au matin suivant. Je ne m'excusais plus..."

©  Nath 

 

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