Le Boudoir de Nath - Blog littéraire et culturel -

20 septembre 2017

La Liberté des flammes sans lumière - Le camp des autres - Thomas VINAU -

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Le camp des autres

Thomas VINAU

Alma Editeur – Août 2017 –

Rentrée littéraire 2017

 

Je l’avais découvert avec  « Bleu de travail », c’est avec un grand plaisir que j’ai retrouvé Thomas Vinau et sa plume, poétique, douce, amère, lumineuse.

« Le camp des autres » est une ode à la Tolérance, à la Terre, à la Liberté , à  l’Humanité, à tout ce qui nous échappe, faute de savoir regarder.

L’auteur met en scène un enfant, Gaspard. Il fuit. Il court. Il a pour seul compagnon un chien blessé. Il a fui la violence d’un père, le chien l’a défendu. Ces deux êtres meurtris ont trouvé refuge dans une forêt.  Ils seront bientôt recueillis par Jean-le-Blanc, un homme étrange et solitaire.

Gaspard va  alors rejoindre une bande de laissés pour compte, déserteurs, marginaux, bohémiens, ceux qui ont refusé de se soumettre à un diktat de la société : c’est la Caravane à Pépère…

Ici, la réalité historique rejoint la fiction, car il faut savoir que c’est pour venir à bout de ces « bandes sauvageonnes » que Clémenceau a créé en 1907 les Brigades du Tigre, ancêtres de la PJ française.

Le camp des autres, c’est celui que les « bien-pensants » de la Société actuelle regardent avec le même mépris et la même ignorance qu’il y a un siècle. C’est celui des réfugiés, des migrants, des pauvres, des SDF, des oubliés, des apatrides, des sans-papiers,  de tous ceux qui n’entrent pas dans les normes.

Comme toujours, la plume de Thomas Vinau est somptueusement incandescente,  et profondément humaine.  Son empreinte laisse dès lors une trace dans le cœur de celui qui l’effleure. « Le camp des autres » est une lecture nécessaire en ces temps d’intolérance, de négation de l’Autre dès lors qu’il est « autre ».

J’ai été touchée par ces mots si simples, si lumineux,  et si tellement « Vinau » !   La Nature dans toute sa splendeur, sa beauté et sa fragilité, est un personnage à part entière, et a une place de choix dans cette caravane d’insoumis.

« Il y a des oiseaux qui n’ont pas droit au ciel. Nous partagerons de force. Nous prendrons ce qu’on nous refuse. Nous sommes la faim des flammes. Le feu qui se tord. L’esprit affamé de la justice. Nous sommes les flammes sans lumière. C’est la nuit que nous voyons le mieux car c’est elle qui nous accueille. C’est le noir qui nous éclaire. La nuit est notre règne, la forêt notre patrie. Nous sommes les fils des bois perdus, de la route, de la boue, des chemins.  Nous sommes les fauves en exil. Les apatrides… Venez avec moi, je vous offre l’outrage, la brûlure, la ruade, le galop. Je vous offre la liberté des flammes sans lumière. »

C’est pour moi un coup de cœur, que je vous souhaite de découvrir.

© Nath

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Thomas Vinau au Forum Fnac Livres 2017

Photo © Nath

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19 septembre 2017

Le poète de la semaine - Christian BOBIN -

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"Il y a entre toi et moi une adorable barrière.  C’est ta mort qui l’a construite. Son bois est du silence. Il n’est pas épais. Un rouge-gorge s’y pose.

Quand tu étais de ce Monde, j’adorais traverser avec toi la campagne au vert surnaturel, ses accents de prairie, ses chorales de sous-bois et ses poèmes de barrières.

Je cherche ton visage tel que l’étonnement l’ouvrait alors au ciel. Je le cherche pour le soulever aux nues du papier blanc, même après quelques années dans ton joli cimetière de campagne, ton visage revenant sous le pinceau d’un songe a le vif d’une rose de jardin. Oui, je crois que ce que j’ai aimé le plus, c’était marcher dans les bois avec  toi.

Aux modernes qui ne savent que compter , j’oppose la lente et christique passion des nuages, les heures au chevet d’une phrase, et ton visage quand la crédulité le visitait. Tous nous adorons ce genre de livres, un visage qui nous fait face, émerveillé pour une seconde qui n’appartient pas au temps, mais aux anges moissonneurs.  C’est peut-être pour ça que les gens font des enfants, pour être quelques années durant des livres  vivants, enluminés de fantaisie divine.

La barrière qui me sépare de toi est pauvre,  ses piquets suivent les mouvements de ma pensée, ils ondulent.

Tu es de l’autre côté de la vie, pas si loin somme toute.  Bien moins loin de moi que ce médecin que j’ai vu feuilleter des visages toute la journée, sans en regarder un seul. Les somnambules ont envahi le Monde. L’argent n’aime pas les barrières de campagne, ces murailles qui laissent passer l’air et les rires innocents.

Qu’est-ce que la vie, mignonne ? A coup sûr, je n’ai pas la réponse, mais il me semble que le plus précieux n’est pas sans rapport avec le geste de s’appuyer à une barrière de bois décolorée, et respirer tout l’azur avant de reprendre ce chemin qu’on ne trouve sur aucune carte.

J’attrape le langage comme un tout-petit attrape un couteau par la lame, ébloui par l’éclat de l’acier. J’essaye de faire un stradivarius d’encre, comme les violons que ces enfants fabriquent avec du carton et des élastiques, pour les cordes.

Un ange dans la campagne souffle sur un feu de lumières.

De loin, on dirait un tremble."

Christian Bobin

(Les ruines du ciel – Editions Gallimard – Octobre 2009)

 

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18 septembre 2017

A la croisée des chemins - Atelier d'écriture Bric A Book 276 -

Atelier écriture rentrée 2017

 

© Romaric Cazaux

 

Il est épuisé. Usé.  Fatigué de porter ce sacerdoce qui ne lui ressemble plus. Las de distiller la bonne parole, d’absoudre, à coup de Pater Noster, les pêchés confessés dans un souffle.

Il est amoureux. Non pas du Christ auquel il pensait vouer son existence, une existence faite de pauvreté, chasteté et obéissance, mais d’un regard et d’une voix.  Des prunelles claires croisées dans l’obscurité sacrée de la nef, un matin d’hiver. Une bouche qui chuchotait des silences que lui seul semblait entendre. Un regard et une bouche à la recherche d’une route

Alors, là, assis par terre,  les yeux levés vers Lui, il prend la décision qui s’impose…

© Nath

 

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17 septembre 2017

Forum Fnac Livres 2017 : un merveilleux week-end

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Trois jours de rencontres,  de débats, de dédicaces.

Trois jours de bonheur parmi les livres, autour de 100 auteurs invités, dans un salon à dimension réellement humaine.

Trois jours pour se retrouver entre amis, entre passionnés des livres, entre blogueurs, au-delà des écrans et des kilomètres . Pour échanger autour de la littérature, et d’un petit verre. 

Tout cela, c’est le Forum Fnac Livres.

Pour sa deuxième édition,  cet événement avait pris place  au cœur du quartier du Marais, dans la Halle des Blancs Manteaux.

J’ai beaucoup aimé les échanges avec les auteurs présents lors des séances de dédicaces, instants précieux et pleins de charme

J’ai tout particulièrement apprécié les rencontres chaleureuses entre blogueurs et auteurs, organisés par la Fnac , et l’agence Anne et Arnaud, comme ce matin avec  Claire et Anne Berest ,  auteures de  «Gabriële » (Editions Stock), un bien beau moment qui a fait l’unanimité, autour d’un petit déjeuner .   Cet après-midi, j’ai eu la chance de rencontrer Benjamin Lacoste, l’illustre illustrateur  , que du bonheur, encore !!. 

Ma mention spéciale va aux tables-rondes, animées avec brio, et qui ont donné lieu à de jolies émotions, à de beaux partages. Je pense notamment à celle intitulée « Recoins des âmes et du monde », qui nous a offert les variations de Miguel Bonnefoy,  Gilles Marchand, Jean-Baptiste Andrea et  Monica Sabolo.

Vivement donc la 3e édition, plus qu’un an d’attente !!

©  Nath

 

 

 

 

 

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16 septembre 2017

Prix du roman FNAC 2017

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© Nath

 

Le prix du roman FNAC 2017 a été décerné à Véronique OLMI pour "Bakhita", paru aux Editions Albin Michel.

Bakhita est le roman bouleversant d'une femme exceptionnelle

Enlevée à sept ans dans son village du Darfour, elle a connu toutes les horreurs et souffrances de l'esclavage . Rachetée à l'adolescence par le consul d'Italie, elle découvre un pays d'inégalités, de pauvreté, et d'exclusion.

Affranchie à la suite d'un procès retentissant à Venise, elle entre dans les ordres et traverse le tumulte des deux guerres mondiales et du fascisme en vouant sa vie aux enfants pauvres. 

Bakhita fut tour à tour captive, domestique, religieuse, et sainte. 

Avec une rare puissance d'évocation,Véronique Olmi en restitiue le destin, les combats incroyables, la force et la grandeur d'âme dont la source cachée puise au souvenir de sa petite enfance avant qu'elle soit razziée.

(4e de couverture)

 

 

 

 

 

 

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14 septembre 2017

"L'écrivain est en tilleul, et non en charme" - Les jouisseurs - Sigolène VINSON -

 

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Les jouisseurs

Sigolène VINSON

Editions de l’Observatoire – Août 2017 –

Rentrée littéraire 2017

 

C’est avec ces « Jouisseurs » que je suis entrée en communion avec  l’écriture de Sigolène Vinson, et, comment vous dire ? Ce fut un choc, un beau choc, une rencontre inouïe !

Certes, les premières pages de ce roman peuvent sembler totalement déconcertantes, mais, dès lors qu’on se laisse embarquer , alors…

« Les jouisseurs » met en scène Olivier, écrivain en mal d’inspiration, et sa compagne, Eléonore.  Pour tenter d’échapper à l’angoisse de la page blanche, il va dérober un automate du XIXe siècle , « L’écrivain »,  lequel est  supposé lui venir en aide.

Et là, intervient, toute la force et l’incongruité magique de ce roman. En effet, c’est Eléonore, qui, sous l’emprise de psychotropes, alimente et nourrit toutes les nuits l’automate,  donnant ainsi peu à peu naissance à  "  la Caravane de Wintherling", oeuvre qui se déroule deux siècles plus tôt, dans un Maroc aux images et aux descriptions à couper le souffle, et dont les personnages ,Ole et Léonie, ont fait le choix d’une existence de nomades jouisseurs.

Tout  ceci peut sembler totalement loufoque ou décalé, mais derrière ces  deux histoires en une, à laquelle il faut rajouter la notice technique  de l’automate (un délice !), se posent, en filigrane,  toutes les interrogations profondes introduites par Sigolène Vinson, notamment sur le sens de nos existences normées par une société qui l’est tout autant, où l’humain formaté se perd, n’étant plus souvent, ni réellement acteur, ni réellement auteur de son quotidien.  C’est également un hymne à la littérature qui sauve,  le tout avec une écriture qu’il faut absolument découvrir, car la décrire lui en ôterait sa substantifique moëlle.  C’est enfin une très, très belle histoire d’Amour. 

«Le soleil descend et projette les ombres bizarres du soir. A l’heure des chimères , la petite palmeraie, composée de cinq arbres nains, rentre en somnolence. Léonie décide de s’établir au cœur de ce calice du désert, forcément illusoire » .

Je remercie vivement les Editions de l’Observatoire pour cette si belle découverte, qui m’incite vivement, et c’est peu de le dire, à me tourner vers les précédents romans de Sigolène !

© Nath

 

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12 septembre 2017

Une fabuleuse ascension - Ascension -Vincent DELECROIX

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Ascension

Vincent DELECROIX

Editions Gallimard - Collection Blanche - Août 2017

Rentrée littéraire 2017

 

Lorsque Chaïm Rosenzweig, écrivain à la petite semaine, se trouve recruté par la NASA pour rejoindre un tout nouveau programme spatial et embarquer donc à bord d’une navette en direction d’une station spatiale, il pense détenir là une belle revanche sur la vie. En effet, au sein de sa propre famille, il a toujours eu du mal à trouver sa place, écrasé par la présence étouffante d’un frère , qui lui, réussit tout, alors que Chaïm vivote en travaillant dans le pressing familial.

Ce voyage intersidéral représente l’occasion pour Chaïm/Vincent (parce que oui, j’avais oublié de vous le préciser, mais Vincent Delecroix n’est autre que Chaïm), de poser cartes sur table, de dérouler son histoire, sa vision du Monde et d’accéder peut-être ainsi à la première marche du podium familial, voire plus !

Abordant moult sujets avec finesse, humour et élévation (à tous les sens du terme), par le biais de dialogues délicieusement subtils, l’auteur embarque le lecteur avec lui dans cette improbable aventure, peuplée de personnages qui le sont tout autant. A noter par exemple l’intervention de Jésus en personne (j’ai adoré ce moment-là du livre).

" Jésus : " ....A la sortie du tombeau, quelques jours après, j'ai bien compris que je ne pouvais pas repartir comme ça, qu'il fallait que je reste encore un peu. Qu'est-ce que c'est que partager la condition des hommes si on ne partage pas aussi leur histoire, un bout de leur histoire ? Il ne suffit pas de mourir pour connaître cette condition : il faut encore vivre, continuer à vivre, continier à marcher sur cette Terre. Je ne pouvais pas repartir après avoir annoncé tant de choses, suscité tant d'espoir, provoqué tant de scandales"..

J’ai aimé cette vision d’en haut, ce découpage au scalpel et sans concession d’une société matérialiste et en perte de repères dans laquelle on ne prend plus le temps, faute de temps..

J’ai été touchée par ce récit qui s’apparente à une fable initiatique selon moi, sous des apparences loufoques.
Enfin, chapeau bas pour les dernières lignes, et l’émotion qu’elles contiennent.

© Nath

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11 septembre 2017

Le poème de la semaine - Demain - Robert DESNOS -

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 Demain 

Âgé de cent mille ans, j’aurais encor la force
De t’attendre, ô demain pressenti par l’espoir.
Le temps, vieillard souffrant de multiples entorses, 
Peut gémir : Le matin est neuf, neuf est le soir.

Mais depuis trop de mois nous vivons à la veille, 
Nous veillons, nous gardons la lumière et le feu, 
Nous parlons à voix basse et nous tendons l’oreille
À maint bruit vite éteint et perdu comme au jeu.

Or, du fond de la nuit, nous témoignons encore
De la splendeur du jour et de tous ses présents.
Si nous ne dormons pas c’est pour guetter l’aurore
Qui prouvera qu’enfin nous vivons au présent.

Robert Desnos, 1942

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10 septembre 2017

A la rencontre de Julia Staab - Un fantôme américain - Hannah NORDHAUS -

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Un fantôme américain

Hannah NORDHAUS

Editions Plein Jour - Septembre 2017 -

Rentrée littéraire 2017

 

L’été qui touche à sa fin (hélas) m’a permis d’endosser la panoplie d’Explolectrice, et c’est grâce à Lecteurs.com que j’ai découvert « Un fantôme américain ».

Hannah NORDHAUS est l’arrière-arrière-petite-fille de Julia Staab, le célèbre fantôme de Santa Fe.

Désireuse de redonner vie, l’espace de ses recherches et de ce livre, à son ancêtre, l’auteure entraîne le lecteur sur les traces d’une femme en souffrance, dont on ignore tout et dont on apprendra, dans le fond, bien peu de choses.

Mariée à Abraham, homme capitaliste et avide, qu’elle aimait (mais le fut-elle en retour ?), née à une époque , le XIXe siècle, où la femme avait surtout le droit de se taire, expatriée aux USA depuis son Allemagne natale, elle fera partie des pionniers du Grand Ouest, encore à terre après la guerre de Sécession, au plus fort des guerres indiennes.

Son époux apparaît comme un mufle, elle comme une proie.

Elle mènera une vie terne, en  proie à une santé physique et mentale altérée  (on parlait de « mélancolie »), jusqu’à  son décès en 1896, et la première apparition de son fantôme une trentaine d’années plus tard.

Croisant ses propres informations avec celles qu’elle va chercher auprès de membres de sa famille, et de médiums notamment, Hannah Nordhaus veut aider Julia à passer « de l’autre côté ».

« Julia était heureuse que je raconte son histoire, elle était prête à partir ».

Voici un livre totalement surprenant, une histoire inattendue. Une leçon sur le temps qui passe, sur l’oubli, sur le sort des femmes à la découverte du Grand Ouest (on a toujours parlé des pionniers, peu des épouses qui les ont suivis).

Peu à peu, au fil des pages, l’auteur, grâce à un style précis et à des chapitres  s’ouvrant à chaque fois  sur une photographie d’époque, tente de lever le voile et donne vie à ce fantôme . On entend presque sa  voix, ses sanglots. On étouffe sous le poids de son mal-être et de sa solitude.

Mon  bémol viendra des descriptions longues, bien longues, parfois trop longues  à mon goût. Je me suis parfois ennuyée de ce fait, au milieu de ma lecture.  En effet, j’ai eu l’impression de ne plus avancer, de relire la même chose, encore et toujours.

Je n’ai donc pas été totalement convaincue par cette lecture, mais touchée tout de même par le destin de cette femme,  et par l’écriture d’Hannah Nordhaus,  par sa volonté d’apaiser le fantôme de Julia, puisse-t- elle enfin avoir trouvé la Paix !

© Nath

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07 septembre 2017

Double enfance - Leur séparation - Sophie LEMP -

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Leur séparation

Sophie LEMP

Allary Edtions – Septembre 2017 –

Rentrée littéraire 2017

 

Des gens qui se sont aimés et qui se séparent, quoi de plus banal ?

Lorsque cela donne naissance, 28 ans après, à une pépite littéraire, alors,  ce n’est plus banal du tout.

Sophie Lemp est encore une petite fille lorsque ses parents prennent la décision de se séparer, ouvrant ainsi chez elle une blessure non encore cicatrisée.

 Avec pudeur et délicatesse, au fil des pages, l’auteure raconte cette double enfance, cette incapacité qu’ont ses parents  « aller au-delà de… » . Certes, il n’y a eu ni cris, ni drame, ni rien de la sorte.  Juste ce camion de déménagement, en bas de l’immeuble de la rue Monge. Juste cette faille, cette place à trouver, cette impression de trahir l’un quand elle est avec l’autre, ce regard de petite fille qui ne comprend pas , cette honte d’être enfant de divorcés.

Et puis, il y a cette douce relation avec sa grand-mère, ce carnet dans lequel  Sophie va tenter de remonter le temps pour essayer d’admettre la réalité.

La plume de Sophie Lemp se teinte de nostalgie, et sur sa palette, se mêlent pudeur, tristesse, incompréhension et désir de mieux faire, avec le rêve de « les réunir » un jour.  J’ai été extrêmement touchée par ce chuchotement du cœur , et c’est avec émotion que j’ai refermé ce (trop) court livre.  L’auteure réalise là une belle prouesse :  se mettre à nu, poser cette peine qu’elle porte en elle, sans tomber dans le pathétisme et le voyeurisme.  Tout est délicatesse et retenue. 

« Rien ne sera jamais réparé. L’essentiel s’est joué en dehors de moi, même si , enfant tant désirée, tant aimée, j’ai toujours eu l’impression d’être au centre. Quelque chose m’a échappé. Mais je suis le fruit de leur rencontre, et celui de leur séparation, je suis le fruit de cette histoire, la leur ».

Je remercie les Editions Allary pour ces doux et tendres moments, ces serrements de coeur, cette si jolie découverte car je ne connaissais pas jusque là l'univers de Sophie Lemp.

© Nath

 

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