Le Boudoir de Nath - Blog littéraire et culturel -

15 octobre 2018

Le poème de la semaine - Ma force - Cécile COULON

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Ma force

Cécile COULON

 

Ma force c’est d’avoir enfoncé mon poing  sanglant

dans la gorge du passé.

Ma force n’a pas d’ailes

Ni de griffes

Ni de longues pattes

Ma force a construit un peu d’humanité

Ma force a toujours soif

Ma force n’est pas fidèle

Pourtant ma force n’est pas faite

Pour quelqu’un d’autre que moi.

Ma force c’est d’avoir pendu un enfant roi à la branche

du succès

Parfois ma force étouffe

Ceux qui l’empêchent

D’avancer

Ma force est cruelle

Elle manque de sommeil

Elle se nourrit d’orgueil,

De turbulences

Ma force n’a aucun sens

Elle n’a jamais cessé

De se débattre

Ma force c’est d’avoir compris la beauté des montagnes

D’avoir dormi dans le ventre des forêts

Ma force a mangé les entrailles de la terre

Les vents glacés qu’il faut combattre

Ma force souffre en silence

Ma force m’accompagne

Elle m’ a si souvent ramassée

Ma force est légère

Ma force ne m’oublie pas

Quand je crois l’avoir oubliée

Ma force n’est pas un don du ciel

Ma force n’est pas un don du sang

Elle a grandi simplement

Et ne s’effondre jamais.

Un jour ma force n’aura plus la force de venir jusqu’à toi

Il faudra me porter

Il faudra m’attraper

Il faudra me montrer les évidences que je ne vois pas

Ma force est fragile

Ma force ne demande rien

Ma force a toujours faim

Ma force a toujours froid.

Cécile Coulon (Les Ronces – 2018)

 

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14 octobre 2018

Je relis mes classiques - Le Comte de Monte-Cristo - Alexandre DUMAS

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 (photo : le Château d'If)

 

Le Comte de Monte-Cristo

Alexandre DUMAS

 Date parution originale : 1844/1846

Editions Livre de Poche

#jerelismesclassiques

 

Parmi mes « classiques » préférés, il  y a Michel Strogoff, de Jules Verne (chronique ici) et le Comte de Monte-Cristo, d'Alexandre Dumas.   J’ai découvert cette lecture à l’adolescence, et je demeure fascinée par cette histoire d’injustice profonde, de vengeance et de transmission, sur fond d’Histoire et de politique.

Tout commence à Marseille, Edmond Dantès est un jeune marin de dix-neuf ans,  à qui tout semble sourire.  Il est appelé à une belle évolution professionnelle, et il va se fiancer avec la belle Mercedes

Hélas,  hier comme aujourd’hui, la réussite est souvent accompagnée de sa terrible cousine, la jalousie , et certains pièges se referment inexorablement sur une victime abasourdie.

Edmond Dantès est dénoncé comme conspirateur bonapartiste (rappelons que le roman commence un certain 24 février 1815, jour du départ de Napoléon Ier de l’île d’Elbe).  Pour cacher certains secrets, pour taire certaines laideurs, il est alors incarcéré manu militari au sinistre Château d’If, redoutable prison située au large de la cité phocéenne.  Il  laisse alors dans le désarroi le plus absolu son père et sa fiancée.

Les jours, les mois, les années passent, avec cette question restée sans réponse « Pourquoi ? ».

Le « hasard » va alors bouleverser la donne,  lorsqu’il va mettre Dantès en présence de son voisin de cellule, l’abbé Faria, lequel lui révèlera l’existence d’un trésor sur l’île de Monte-Cristo, et lui permettra de s’évader.

Commence alors la nouvelle vie d’Edmond Dantès. Ou plutôt du Comte de Monte-Cristo, richissime, brillant , et très courtisé…   Tout le monde a bien sûr oublié Dantès.  Monte-Cristo le vengera. Sa puissance, son argent et son savoir, tout ce que l’abbé Faria lui a transmis, seront les armes qui mettront ses ennemis  à terre.  Quatorze ans après le jour de ses fiançailles avortées, il va s’employer à détruire implacablement, un par un, ceux qui ont fait de lui celui qu’il est devenu.

Le Comte de Monte-Cristo est une épopée magistrale, peuplée d’éléments qui  maintiennent le lecteur en haleine d’un bout à l’autre du récit. Tous les ingrédients du chef d’œuvre sont là : l’amour, la haine, la justice et son antonyme, la vengeance, et peut-être bien le début du pardon.   La psychologie des personnages est merveilleusement travaillée, et en outre, c’est là la dénonciation du pouvoir, de l’argent, de la puissance liée à la position sociale.  C’est enfin une belle fresque historique.

« Il faut le malheur pour creuser certaines mines cachées dans l’intelligence humaine ; il faut la pression pour faire éclater la poudre. La captivité a réuni sur un seul point toutes mes facultés flottantes çà et là, elles se sont heurtées dans un espace étroit ; et, vous le savez, du choc des nuages résulte l’électricité, de l’électricité l’éclair, de l’éclair la lumière. »

©Nath

 

 

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11 octobre 2018

Un torrent d'émotions - Pleurer des rivières - Alain JASPARD

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Pleurer des rivières

Alain JASPARD

Editions Héloïse d’Ormesson – Août 2018

192 pages

Rentrée littéraire

 

La vie, c’est parfois cruellement injuste.  Tenez, regardez ces deux couples …   Il y a d’un côté du périphérique Julien et Séverine,  respectivement avocat et autrice d’albums jeunesse, et de l’autre côté Franck et Mériem,  lui est ferrailleur, elle est mère au foyer.

Alors que Séverine peine à tomber enceinte, et que c’est là son souhait le plus cher, Meriem, à Vingt-huit ans,  attend un huitième enfant non désiré,  fruit d’une étreinte et du poids moral de la communauté gitane, qui proscrit tant la contraception que l’IVG.

‘Les allocs, ça aide mais huit enfants, la vieille mère, le camion kaput, le môme il va venir, on va l’accueillir mais on s’en passerait bien.  Avorter, on n’y pense même pas, on est des chrétiens, on n’ira pas en enfer… "

La vie, c’est  aussi parfois des hasards incroyables, des rencontres improbables. De celles qui permettent à des gens qui n’auraient jamais dû se croiser de se trouver au même endroit, au même moment, à un carrefour de leurs vies respectives.

C’est ainsi que Julien va être amené à défendre Franck.   C’est ainsi que ces deux femmes vont se rapprocher, que leurs existences vont se cogner l’une à l’autre.  C’est ainsi que va naître une inimaginable alliance.

Alain Jaspard livre un premier roman poignant. La langue est belle, crue, lumineuse, peu conventionnelle (j’adore !!) et colle parfaitement à la peau de chacun des personnages. La plume, délicieusement incisive se fait haletante.   On souffre pour chacun d’eux.

Pleurer des rivières (paru aux Editions Héloïse d'Ormesson),c’est un torrent bouillonnant, un torrent qui vous emporte dans un univers fait d’émotions ombilicales, d’humour, et de larmes, et ce jusqu’à la dernière ligne de cette histoire hors normes.

L’auteur aborde des sujets sensibles, tels que le « vivre ensemble au-delà des différences »,  la filiation, les liens du sang, le poids des traditions , la marginalité (où commence-t"elle ?) et celui de la société, qui range trop souvent dans des cases, dès la naissance, en fonction  du milieu socio-culturel dans lequel on grandit.

Pleurer des rivières , c’est un roman qui déborde de vie, et de générosité. Comme son auteur. 

« Le royaume des larmes est mystérieux et n’y entre pas qui veut ».

Coup de cœur !

© Nath

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09 octobre 2018

Coup de coeur - Et boire ma vie jusqu'à l'oubli - Cathy GALLIEGUE

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Et boire ma vie jusqu’à l’oubli

Cathy GALLIEGUE

Editions Emmanuelle Collas – Octobre 2018

Rentrée littéraire 2018

 

C’était il y a un an et demi.   Je découvrais alors la plume magistrale de Cathy Galliègue, et je tombais sous le charme apnéique de son premier roman « La nuit je mens » (chronique ici).

Dix-huit mois après, je referme, le ventre noué, et le souffle court, « Et boire ma vie jusqu’à l’oubli » (paru en cette rentrée littéraire, aux Editions Emmanuelle Collas), somptueuse histoire d’amour, de solitude, de déchirures, de deuils, de manques, de tendresses, de course effrénée tant vers la vie que vers son antonyme.

Betty porte sur ses épaules le poids de la souffrance. Une douleur qu’elle noie, nuit après nuit,  dans l’alcool. Quand on va mal , très mal, quand on pense que tout est foutu, que le bonheur c’est pour les autres, alors on fait comme on peut. On bricole. Avec ces pans , ces blancs, ces noirs, ces bouts de rien, ces bouts de tout. Avec des artifices.    Betty, elle veut oublier.  Et ne pas oublier.  Se souvenir de tout. Parce qu’oublier serait trahir. Oublier parce que se souvenir est trop douloureux. 

« L’alcool dévore mon corps, lentement, il nourrit le chagrin et s’empare de la chair. Je me parle à voix basse les soirs de défonce, tous les soirs, je me répète d’une voix qui trébuche, en dansant mollement dans mon salon, faisant déborder mon verre, et ça me fait rire, je me répète de cette voix qui voudrait amoindrir le tragique naufrage « Faut que t’arrêtes tes conneries, tu sais… »

Se souvenir des jours heureux, de Simon, son amour, son mari, son âme-sœur,  le père de son fils… Simon, cet amour d’adolescente. Ce désir brûlant . Simon retrouvé des années après.   Simon avec lequel elle a bâti cette vie parfaite, cette famille parfaite, cette maison parfaite. Avec son grand jardin, sa pelouse où il fait bon s’allonger pour regarder les nuages.  Il  est beau Simon, tant en dedans qu’en  dehors. Simon, mort.  Simon qui ne la caressera plus, qui ne laissera plus traîner sa serviette dans la salle de bains.

Alors Betty, elle fait comme elle peut.   Carence sur carence, trou noir sur trou noir, absence sur absence, deuil  sur deuil.  Elle tisse le canevas de ses souvenirs,  cherche l’image de cette mère mystérieusement disparue,  s’accroche à  une paire de souliers rouges, parce que « souliers » c’est un joli mot. Parce que ce qui est joli manque à  sa vie.

Et boire ma vie jusqu’à l’oubli,  c’est l’histoire d’une douleur, d’une amnésie traumatique, parce que parfois, se souvenir,  ça fait un mal de chien. Alors, on jette la bouteille des souvenirs à la mer. C’est aussi une magnifique lumière, celle de l’Espoir, en dépit de ces larmes, trop nombreuses. C’est l’histoire d’une résilience, d’un passé qu’il faut apprendre à dompter, parce que de toute façon, il fait partie de nous .  De nos gênes.  Qu’il  est impossible de le gommer.

« Le passé n’a pas disparu. Il  est rangé dans une armoire qu’il m’arrive encore d’ouvrir, de temps en temps. Je caresse les souvenirs avec tendresse, les vrais, les faux, les mémoires empilées, les morceaux de vie. J’ai renoncé à la douleur ».

J’ai été happée par cette trajectoire de vie, par les mots de l’autrice, par cette sensibilité qui lui est propre, qui lui ressemble tant.  Au-delà d’un roman, au-delà des émotions, au-delà des larmes, il y a une Femme.  Formidable. Solaire. Unique. Une Femme toute en failles, toute fragile, toute forte.  Elle s’appelle Cathy Galliègue.  Et elle a un talent aussi grand que son cœur, ce qui n’est pas peu dire.
Vous l’aurez aisément compris, j'ai adoré, vraiment adoré ce roman, et si j’ai un conseil à vous donner :  lisez-le !

© Nath

08 octobre 2018

Le poète de la semaine - Alfred de Musset

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Tristesse

J'ai perdu ma force et ma vie,
Et mes amis et ma gaieté;
J'ai perdu jusqu'à la fierté
Qui faisait croire à mon génie.

Quand j'ai connu la Vérité,
J'ai cru que c'était une amie ;
Quand je l'ai comprise et sentie,
J'en étais déjà dégoûté.

Et pourtant elle est éternelle,
Et ceux qui se sont passés d'elle
Ici-bas ont tout ignoré.

Dieu parle, il faut qu'on lui réponde.
Le seul bien qui me reste au monde
Est d'avoir quelquefois pleuré.
Alfred de Musset

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06 octobre 2018

La fin de la solitude - Benedict WELLS

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La fin de la solitude

Benedict WELLS

Editeur d’origine : Slatkine & Cie – Août 2017

Edition présentée : Le Livre de Poche – Septembre 2018

Traduit de l’allemand par Juliette Aubert

240 pages

 

« Oui, mais l’antidote à la solitude, ce n’est pas chercher au hasard la compagnie de n’importe qui.  L’antidote à la solitude, c’est sentiment de sécurité »

C’est étrange, les  hasards de la vie, ces coïncidences, ces histoires qui se répètent…

Jules Moreau, quadragénaire, se réveille sur un lit d’hôpital, grièvement blessé après un accident de moto.   C’est  l’occasion pour lui de revenir sur des pans de son passé. Un hier où mort et solitude sont intimement liées, cause et conséquence unies par le destin.

La mort de ses parents, tout d’abord,  alors qu’il n’était qu’un enfant.  Premier séisme. Cataclysme engendrant la séparation d’avec son frère Marty et sa sœur Liz. En effet, la fratrie est placée dans un même internat,  mais dans des bâtiments différents. La solitude s’installe alors, insidieusement, et sera présente tout au long des pages de ce magnifique roman de Benedict Wells (son quatrième).  Une solitude que viendra briser une amitié au doux parfum amoureux, avec Alva, pensionnaire comme Jules.

Il faut croire toutefois que la solitude est plus forte que tout, plus écrasante que l’amour, que l’amitié, que la fraternité, car elle reviendra  sans cesse, marquant au fer rouge le cœur de Jules.

De cette fratrie défaite, il subsistera le goût amer d’une enfance laminée, de souvenirs rangés dans des albums photos,  des cicatrices à l’âme que chacun des trois tentera  de suturer à sa façon.

De cet amour inavoué, ou avoué trop tard, il restera des regrets, et une fuite éperdue.

La fin de la solitude est un splendide roman d’amour, au sens large du terme. Enfin, c’est ainsi que je l’ai ressenti. D’amour et de nostalgie. C’est un récit qui interroge en écho sur la force de la résilience , le nécessaire « travail » de deuil qui l’accompagne (je mets des guillemets parce que le deuil est tout pour moi sauf un travail,  et l’accepter relève de l’accomplissement personnel).   C’est une histoire sur la peur intime d’aimer, d’être aimé.  Sur le spectre de l’abandon.  Est-il alors préférable de choisir la solitude ? A moins que ce ne soit elle qui ne nous choisisse ?   A partir de quand est-il  trop tard ?

Je vous avoue que ce roman m’a beaucoup, beaucoup touchée. J’ai retrouvé un peu de moi dans chacun des personnages, dans chacune de leurs blessures et de leurs angoisses.  Le style est magistral, et on se laisse porter, emporter, avec juste l’envie de serrer Jules, Liz,  Marty, et Alva très fort contre son cœur. 

" ... Tu te projettes toujours dans une autres vie. ..Il faut que tu oublies le passé une fois pour toutes. Tu n'es pas responsable de la mort de ton enfance, ni de la mort de nos parents. Mais tu es responsable de leur emprise. C'est toi seul qui mènes ta vie. Et si tu t'entêtes à faire toujours la même chose, alors, tu récolteras toujours la même chose".

© Nath

NB : J’ai fait cette lecture dans le cadre de mon partenariat avec le Livre de Poche, que je remercie ..

05 octobre 2018

Incandescence du passé - Douleur - Zeruya SHALEV

 

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Douleur

Zeruya  SHALEV

Editions Folio – Septembre 2018

 

Iris a visiblement tout pour être heureuse : une vie confortable auprès d’un mari aimant, deux grands adolescents, une vie professionnelle plutôt réussie. Tout semble donc aller pour le mieux dans le meilleur des mondes.  Tout, sauf cette douleur, lancinante, oppressante, confuse.  Cette douleur d’en dedans, composée de souffrances éparses, de chagrins accumulés et superposés comme des strates fossilisées, là,  à l’intérieur du cœur et du corps.  

Le corps, blessé, martyrisé, éprouvé par un attentat, il y a dix ans.  

Le cœur écorché, mutilé, par l’abandon inexplicable et inexpliqué d’un premier amour, lorsqu’elle avait dix-sept ans.  Cœur éclopé par la mort d’un père tué lors de la guerre du Kippour.

Iris est une survivante.  Elle est debout.   Malgré la douleur. Malgré les douleurs.  Malgré les dérives. Malgré les peurs. Malgré la vision  de sa fille à la dérive, et de son fils, appelé sous les drapeaux.

Lorsque le hasard (mais le hasard existe-t’il ?) la met en présence d’Ethan, ce premier amour qu’elle n’a pu oublier, elle va être confrontée à des choix. De ceux qui changeront, ou non, une existence toute tracée.

« Il aura suffit d'une seconde pour qu'Ethan se coule de nouveau dans son vide intérieur que personne n'arrivait à combler, ni Micky, ni ses enfants, ni son travail, un vide qui était resté béant, blessé, berné. ».

Douleur n’est pas le roman d’un adultère,  ce n’est pas non plus celui d’une nation.  C’est une magnifique histoire de femme.  D’une femme face à son destin.  D’une mère face à un choix.  D’une route.  D’une société.   C’est un récit intimiste, celui d’une renaissance. Celui d’une passion.

Zeruya Shalev aborde avec pudeur, talent et sans fioritures la question des choix de vie,  de la force de la pensée, des secondes chances qu’il faut parfois savoir saisir (ou pas ?). 

J’ai été très touchée tant par le personnage d’Iris, que par la plume de l’autrice, par sa superbe sensibilité, par ses mots qui m’ont happée, bouleversée, et ramenée à certaines de mes propres interrogations.

Douleur : un roman que je vous incite vivement à découvrir !

« Si seulement on savait s'aimer autant que se fâcher, embellir autant qu'enlaidir, donner et prendre du plaisir autant que donner et prendre des coups. Avec les années, nos facultés à blesser se renforcent, semble-t-il, tandis que s'étiolent celles à satisfaire. »

© Nath

NB : J'ai fait cette lecture dans le cadre de mon partenariat avec les Editions Folio, que je remercie vivement !

 

 

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01 octobre 2018

Le poème de la semaine - Nadia TUENI

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 EN MONTAGNE LIBANAISE

Se souvenir – du bruit du clair de lune,
lorsque la nuit d’été se cogne à la montagne,
et que traîne le vent,
dans la bouche rocheuse des Monts Liban.
Se souvenir – d’un village escarpé,
posé comme une larme au bord d’une paupière;
on y rencontre un grenadier,
et des fleurs plus sonores
qu’un clavier.

Se souvenir – de la vigne sous le figuier,
des chênes gercés que Septembre abreuve,
des fontaines et des muletiers,
du soleil dissous dans les eaux du fleuve.

Se souvenir – du basilic et du pommier,
du sirop de mûres et des amandiers.

Alors chaque fille était hirondelle,
ses yeux remuaient, comme une nacelle,
sur un bâton du coudrier.

Se souvenir – de l’ermite et du chevrier,
des sentiers qui mènent au bout du nuage,
du chant de l’Islam, des châteaux croisés,
et des cloches folles, du mois de juillet.

Se souvenir – de chacun, de tous,
du conteur, du mage, et du boulanger,
des mots de la fête, de ceux des orages,
de la mer qui brille comme une médaille,
dans le paysage.

Se souvenir – d’un souvenir d’enfant,
d’un secret royaume qui avait notre âge;
nous ne savions pas lire les présages,
dans ces oiseaux morts au fond de leurs cages,
sur les Monts Liban. 

Nadia Tuéni.

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30 septembre 2018

Du rêve à la réalité - Réelle - Guillaume SIRE

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Réelle

Guillaume SIRE

Editions de l’Observatoire – Août 2018-

Rentrée littéraire 2018

 

Avec Réelle,  paru aux Editions de l’Observatoire, Guillaume Sire nous fait faire un bond en arrière, flashback sur le début des années 2000.  Début de siècle marqué par l’apparition sur les écrans français d’un tout nouveau type d’émissions,  petites sœurs du Big Brother américain, précurseur du genre.

Johanna  partage avec la télévision le rôle du personnage principal de ce roman. Si j’évoque le mot « rôle »,  c’est parce que c’est celui qui me semble convenir le mieux à  cette jeune fille paumée,  qui aime danser , qui rêve de gloire, de lumière, de sortir de ce néant qui fait son quotidien. L’école, pas faite pour elle, le Mac Do, ce job qu’elle exècre, sont aux antipodes  de ses rêves.  De son désir de gloire, de reconnaissance, d’amour. La télévision, quant à elle, trône, imposante, au milieu du salon, et rythme la vie de cette famille lambda.

Alors, lorsqu’un producteur propose à Johanna (oui, ça ressemble à Loana !  ) de participer à une émission novatrice, qui pourrait être un tremplin pour elle, elle ne peut qu’accepter !

« J’irai droit au but, dit-il en souriant. Je vous ai fait venir parce que je voudrais que vous deveniez célèbre….   Connaissez-vous Big Brother ?

Johanna ne put empêcher son cœur de spéculer… Chaque mot était crucial. La moindre erreur et elle passerait peut-être le reste de sa vie à le regretter

Il y aura seize candidats dans un loft, filmés en continu.  Chaque semaine, ils voteront pour désigner celui qui parmi eux devra partir.  Les deux candidats ayant reçu le plus de suffrages..   Suffrages , vous comprenez ?...   Bref, le sort de ceux-là sera soumis au vote du public, qui pourra sauver par téléphone un candidat.  Et à la fin de l’émission, il n’en restera que deux : les deux gagnants donc. Vous avez compris ?

-   Oui, mais…. Quel est le but ?

-    Eh bien, la célébrité »

Guillaume Sire mêle  (un peu )  fiction et  réalité dans ce récit délicieusement cynique et tendre à la fois, car il est impossible de ne pas s’attacher à Johanna, si fragile, proie idéale pour le dieu Audimat.

L’auteur dénonce les dérives de la trash-tv, cette télé poubelle, qui depuis le Loft, n’a cessé de "s’enrichir" d’émissions du même acabit.   Il le fait brillamment, on ne s’ennuie pas une seconde. La plume est vive, alerte,  et le roman se lit avec plaisir.  

© Nath

29 septembre 2018

Prix des Lecteurs, choix des Libraires 2018 - Le Livre de Poche -

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Prix des Lecteurs du Livre de Poche, Choix des Libraires -  Edition  2018

 

Jeudi dernier (27 septembre) avait lieu la remise du Prix des Lecteurs du Livre de Poche, et du Prix des Libraires.  J'ai un attachement tout particulier à cette incontournable cérémonie, et à ce prix, pour diverses raisons.  Tout d'abord, parce que j'ai eu la chance de faire partie du jury, il y a quelques années, ensuite parce que de cette participation (et surtout d'une belle rencontre qui l'a suivie) est né mon Boudoir.

Cette année, comme toutes les autres d'ailleurs, la qualité était au rendez-vous,. De nombreux romans étaient en lice, qu'il s'agisse de littérature, de polars, ou d'essais.

Bon, je l'avoue , j'avais mes chouchous (mes chouchoutes, pour être précise) et je croisais les doigts et les orteils pour que mes préférences aient été partagées par les jurés.

Donc, voix chauffée par des vocalises et un petit verre de Chardonnay, j'étais prête (non, je rectifie, NOUS) étions prêtes, à vivre un grand et beau moment, et à manifester notre enthousiame, à l'annonce des résultats (pourvu que !!!).

Cette année, ont donc été primés les auteurs et leurs romans suivants :

Choix des Libraires :

                               - Catégorie Littérature : Valérie Perrin pour son sublimissime "Les oubliés du dimanche" (premier cri de joie de moi-même) , vous pourrez retrouver ma chronique ici .

                               -  Catégorie Polars :  Sandrine Colette  pour "Les larmes noires sur la terre"

Prix des Lecteurs :

                               -  Catégorie Documents, Essais : François Reynaert pour "La grande histoire du monde"

                               -  Catégorie Polars :Jane Harper pour "Canicule"

                               -  Catégorie Littérature étrangère : Yaa Gyasi pour "No home"

                               -   Catégorie Littérature françaiseValérie Tong Cuong pour son merveilleux, son magnifque "Par amour"  (hurlements de joie !!), ma chronique est.

 

Je vous conseille vivement , si ce n'est pas déjà fait, de découvrir l'ensemble de cette sélection, de vous ruer chez vote libraire favori pour ce faire, car elle est remarquable.

Je remercie le Livre de Poche, et tous ses acteurs, je remercie les autrices , les auteurs.    Ce fut une belle, belle soirée.  De belles, belles émotions.  De belles , belles rencontres.  Merci la Vie !

©  Nath

 

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