Le Boudoir de Nath - Blog littéraire et culturel -

18 juillet 2019

L'amour 2.0 - Comme elle l'imagine - Stéphanie Dupays

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Comme elle l’imagine

Stéphanie Dupays

Mercure de France – Mars 2019

160 pages

 

Laure a trente ans passés. Professeure de littérature à la Sorbonne, elle voue un culte à Flaubert, et sa vie est en grande partie dédiée à son métier et aux livres.

Cédant toutefois au chant des sirènes virtuelles, elle s’inscrit un jour sur Facebook, cette « salle de shoot » où « on peut se sevrer avec des images, les regarder indéfiniment jusqu’à se convaincre de la présence de l’autre » et  qui sera à l’origine de sa « rencontre » avec Vincent.

Au gré des discussions, des commentaires, et d’une foultitude de messages échangés tant autour du cinéma de Rohmer que de l’oeuvre de Proust, elle va peu à peu tomber amoureuse de cet homme jamais vu, et pourtant bien présent dans son quotidien.

« Elle avait trouvé un cocon chaud et doux où elle pouvait faire halte,et si quelqu’un la comprenait vraiment, ses nuits d’insomnie étaient moins noires. En quelques semaines, l’admiration se mêla d’affection, le plaisir de recevoir un message vira à l’attente du suivant, la complicité se transforma en sentiment amoureux ».

Peu à peu, la jalousie va s’immiscer insidieusement. Ce sentiment est exacerbé par la facilité à tout savoir aisément de la vie de l’autre. Laure va scruter les moindres faits et gestes de cet homme devenu son obsession. 

« Swann serait devenu fou sur Messenger. Lui qui interprétait le moindre signe, qui trouvait dans chaque geste ou chaque mot de quoi nourrir sa jalousie, aurait trouvé un réservoir inépuisable de souffrance ».

Lui, de son côté, demeure très distant, apparemment brisé par une histoire d’amour, sur laquelle il reste toutefois très évasif, attisant ainsi la curiosité (malsaine?) de Laure.

Ce roman est celui d’une époque : la notre. Stéphanie Dupays décrit parfaitement cette dualité très contemporaine , entre fantasme virtuel et réalité : le lien 2.0 intensifie et magnifie l’autre, forcément. Elle aborde avec un regard très actuel les thèmes de l’absence, du rapport au temps distendu, de la difficulté à se faire une opinion sur une personne dont on ne connaît concrètement rien d’autre qu’une image née de l’union ‘d écrans interposés. Peut-on en effet parler de « vraie » histoire d’amour, dès lors que l’on n’a pas rencontré l’autre , frôlé sa peau, croisé son regard, entenu son rire , touché ses mains ? Est-il concevable de parler de sentiment amoureux quand le prisme virtuel agit comme un kaléidoscope ?

Comme elle l’imagine est en outre une ode aux mots, à la littérature, à la poésie, au cinéma et à la musique.

J’ai aimé cette histoire dans laquelle nous pouvons toutes et tous nous retrouver quelque peu. Le style est fluide, agréable, délicieusement romanesque. Une vraie lecture-plaisir, lecture-bonheur, un coup de coeur pour ce roman à découvrir absolument ! À lire aussi, sur ce même thème, le roman de Camille Laurens, "Celle que vous croyez". 

« Elle avait reconnu que oui, c’était pratique, et avait commencé à trouver exaltantes ces communautés électives se rassemblant autour d’un centre d’intérêt. L’alibi culturel, c’était le prétexte qu’elle avançait pour justifier les heures qu’elle passait désormais à naviguer de page en page. Mais Laure était assez lucide sur elle-même pour savoir que la vraie raison de son addiction naissante aux réseaux sociaux était ailleurs : Facebook matérialisait ce fantasme inavouable, écouter derrière les portes et pénétrer dans la vie des gens. » 

© Nath

 

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15 juillet 2019

Le lundi, c'est poésie - Christian BOBIN

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On ouvre des portes, une à une. La distance qui sépare une porte de la suivante, on met des mois à la franchir, parfois des années. On est sans impatience. On va d'un pas égal. Ni trop lent, ni trop pressé. La main sur la poignée tremble à peine. Dans une pièce, il y a un cerisier en fleur. Dans une autre, trois flocons de neige. Dans une autre encore, une chaise de lumière. On reste sur le seuil, on s'efface contre la porte. On laisse entrer ce qui est bien plus grand que soi - on laisse aller le ciel auprès du cerisier, l'enfance courir jusqu'à la neige, l'ombre s'asseoir sur la petite chaise. Et puis on repart ouvrir d'autres portes, un peu plus loin. C'est une activité somnanbule, faussement calme, à peine consciente. On appele ça : écrire.

 

Christian Bobin (Une petite robe de fête)

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13 juillet 2019

Splendide road movie - Tout le bleu du ciel - Mélissa da Costa

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Tout le bleu du ciel

Mélissa da Costa

Carnets Nord – Février 2019

 

Autant vous le dire tout de suite, quand j’ai vu l’épaisseur de ce roman qui faisait partie de la sélection du Prix Orange du Livre 2019 ,(j’ai eu la grande chance de faire partie du jury), ma première pensée a été que je n’aurai jamais le temps ni le courage de m’attaquer à ce pavé de 649 pages.

Puis, je l’ai ouvert…

Puis, j’ai commencé à voyager avec Emile et Joanne. Et c’est avec délectation que j’ai plongé dans le Bleu du ciel

Emile a 26 ans . Il vient d’apprendre qu’il est atteint d’une maladie dégénérative incurable, et que son espérance de vie est actuellement très brève. Refusant de se soumettre au protocole médical qui lui est proposé, il décide de partir sans prévenir sa famille, et de réaliser son rêve : prendre le large à bord d’un camping car. Il veut en effet vivre intensément ses derniers instants. Complètement lucide sur le fait qu’un jour ses capacités seront altérées, il fait passer une petite annonce dans un journal, afin de trouver un compagnon de route (comprenez « route » à tous les sens du terme).

C’est là qu’intervient Joanne. Joanne et son large chapeau. Joanne et ses silences. Joanne et ses souffrances. Joanne qui deviendra le binôme d’Emile, le temps d’un voyage…

Les voici donc partis tous deux sur les routes, à la découverte d’endroits somptueux, grandioses, d’espaces infinis, de villages méridionaux baignés de soleil, et surtout à la découverte d’eux-mêmes.

Tandis que l’échéance fatale approche et alors que la nuit n’est plus très loin, la lumière se fait de plus en plus présente : lumière des lieux, lumière des âmes.

Emile et Joanne se dévoilent peu à peu et apparaissent, au fil du récit, dans toute leur belle humanité. Celle-là même qui est faite de strates de douleurs , de ruptures, de deuils, de cicatrices et de larmes.

L’autrice a brillamment évité l’écueil du pathos, pour coucher sur le papier une belle histoire, qui regorge de vie, d’amour, d’amitié , de soleil , de joies (au pluriel!), de gratitudes et d’espoi

C’est beau, c’est brillant, c’est étincelant de simplicité, d’humilité et de talent…

J’ai d’autant plus aimé ce roman que j’y ai retrouvé des lieux et des paysages qui me sont chers, que je connais bien, puisque ce sont ceux de ma région d’origine, de mes chères racines.

Mélissa da Costa offre ici un premier roman poignant, splendide, un road-movie inattendu, que l’on ne peut refermer sans garder au fond du coeur les personnages qui le composent. Une lecture que je vous conseille donc !

« À force de vivre dans le passé comme tu dis, ou dans l'angoisse du futur, on finit par oublier qu'il y a de la beauté dans tout... ou presque tout... Quand on est enfant, on le fait naturellement, non ? On s'émerveille devant... devant un caillou qui a des reflets argentés ou... ou devant une plume. On ramasse des pissenlits et on s'extasie devant leur jaune intense. Après ça, on trouve ça laid, les pissenlits... On les considère comme des mauvaises herbes. »

© Nath

 

10 juillet 2019

Un mariage anglais - Claire FULLER

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Un mariage anglais

Claire FULLER

Edition originale : Stock – Mai 2018

Edition présentée : Livre de Poche - Avril 2019

Traduit de l’anglais par Mathilde Bach

 

2004, en AngleterreGil Coleman, écrivain à succès, croit reconnaître la silhouette de son épouse Ingrid, disparue douze ans plus tôt, alors qu’elle partait se baigner, comme à l’accoutumée . Noyade ? Suicide ? Départ volontaire ? Le mystère demeure entier, le corps n’ayant jamais été retrouvé. Cette vision est-elle un mirage ou une réalité ? En se lançant à la poursuite de cette ombre fugitive, Gil fait une mauvaise chute. On le retrouve alité, entouré de ses deux filles, blessées par l’absence inexpliquée de leur mère.

L'histoire se déroule sur une triple temporalité . On se laisse aisément porter par le récit, voguant de 1976, date de la rencontre entre Gil et Ingrid (lui professeur de littérature, elle étudiante), à 1992, (la disparition), puis 2004, un potentiel dénouement (mais je ne vous en dirai pas plus)

Au fil de lettres essaimées par Ingrid en 1992, et cachées à l’intérieur de livres, on remonte le cours du temps, et c’est ainsi que l’on assiste à la déliquescence du couple, jalonné par la souffrance d’Ingrid face aux multiples infidélités de son mari, sa profonde solitude, et sa mélancolie grandissante face à une vie qu’elle n’a, dans le fond, aucunement choisie.

Le roman se lit aisément, le suspense est habilement mené, et par dessus tout, j’ai trouvé les personnages sublimement décrits, tant dans leur noirceur que dans leurs failles.

Un mariage anglais fait partie de la sélection pour le Prix des Lecteurs du Livre de Poche, catégorie Littérature. C’est une agréable lecture de vacances. Pas vraiment un coup de coeur, mais il n’en demeure pas moins que l’intrigue est intéressante, et la plume de Claire Fuller d'une grande élégance. En outre, j'ai une tendresse particulière pour les romans épistolaires, auxquels je trouve un charme fou...

« Si je pouvais, je nous ferais vivre notre histoire à rebours ; d'abord nous connaîtrions la colère, la culpabilité, la honte, la déception, l'agacement, le quotidien et la banalité, et nous les viderions de leur substance. Après cela, tout le reste nous attendrait encore »

© Nath

 

 

08 juillet 2019

Le lundi, c'est poésie - Charles BAUDELAIRE

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La beauté

Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre,
Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poète un amour
Éternel et muet ainsi que la matière.

Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris ;
J'unis un coeur de neige à la blancheur des cygnes ;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.

Les poètes, devant mes grandes attitudes,
Que j'ai l'air d'emprunter aux plus fiers monuments,
Consumeront leurs jours en d'austères études ;

Car j'ai, pour fasciner ces dociles amants,
De purs miroirs qui font toutes choses plus belles :
Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles !

Charles BAUDELAIRE

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05 juillet 2019

Deux soeurs - David FOENKINOS

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Deux sœurs

David FOENKINOS

Gallimard – Février 2019

176 pages

 

Mathilde est professeure de français. Une véritable vocation chez cette jeune femme brisée dès l’enfance par la mort d’un père et le cri de douleur d’une mère. Sa vie privée est devenue un immense chaos lorsqu'elle s’est retrouvée reléguée au rang d’ex d’Etienne le jour où Iris, l’ex d’avant elle, a ressurgi après des années d’absence, et un mariage-fiasco en Australie. Non seulement l'union évoquée lors des vacances en Croatie n’aura pas lieu, mais la voici sommée de quitter l’appartement qui hébergeait les amours du feu-couple.

Comme un malheur n’arrive jamais seul, Mathilde sera bientôt mise à pied, après un dérapage non contrôlé.

« Son renvoi du lycée était devenu presque aussi important à ses yeux que le départ d’Etienne, le deux formant une fêlure complète »

C’est alors qu’intervient Agathe, la sœur salvatrice , celle qui est forcément heureuse puisqu’elle « travaille dans une banque ». Ne pouvant décemment pas laisser Mathilde dans un tel guêpier, c’est tout naturellement qu’elle propose de l’héberger au sein de son foyer. Là, on a juste envie de lui dire qu’elle fait entrer le loup dans la bergerie, mais bon...

Mathilde, vous l’aurez compris, est dans un état psychique lamentable, déchirée, paumée, oscillant entre une profonde mélancolie et une apparente et ponctuelle gaîté. Peu à peu, le venin de la jalousie va s’immiscer, une jalousie sournoise et délirante, qui la mènera bien bien loin.

Si d’ordinaire j’aime beaucoup, beaucoup la plume de David Foenkinos, je dois reconnaître que cette fois, je suis restée sur ma faim. Pas vraiment une déception, car demeurent ces  tournures dont l’auteur a le secret, mais je n’ai pas été convaincue par cet ensemble que j’ai trouvé fort convenu, gentillet et manquant de consistance, et d’audace. La fin notamment était prévisible.

Il reste fort heureusement les phrases que l’on note, et ces annotations « foenkinossiennes » en bas de page.

"On peut mesurer le bonheur à la cadence de chacun dans la rue. C'est toujours bon signe d'être pressé; on est forcément attendu quelque part"

"Les souvenirs aussi souffrent de la garde alternée des mémoires; quand il y a deux visions d'un même passé, cela le rend difforme"

Vite, vite , le suivant !!

© Nath

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03 juillet 2019

Quand on aime on ne compte pas -Changer l'eau des fleurs - Valérie PERRIN (Edition Poche)

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Changer l'eau des fleurs

Valérie PERRIN

Le Livre de Poche - Avril 2019 

672 pages de Bonheur !

 

Quand on aime, on ne compte pas !  Je vous l'avais présenté en grand format lors de sa parution aux Editions Albin Michel, le voici prêt à se glisser dans votre poche...

Elle s’appelle Violette. Elle est garde-cimetière, après avoir été garde-barrières. Comme si elle avait ce besoin, viscéral, vital, de  garder quelque chose… Elle, l’enfant de l’assistance. Elle qui devait se contenter de peu.  Elle qui est « pleine de silences qui hurlent ».

Elle s’appelle Violette. Comme ma fleur préférée (tiens donc, première coïncidence !).

Elle m’a prise par le cœur. Elle, Violette. Avec ses cicatrices à l’âme. Cette âme qu’on touche à travers sa peau, à travers ses mots ( et surtout ses silences) , à travers ceux de Valérie Perrin.    Elle m’a saisie par les tripes avec cette intolérable blessure que vous découvrirez en lisant le roman. Elle et ses fleurs, elle et sa solitude. Elle, ses chats, et ses amours ratées.  Elle et ce passé qui va et vient, flux et reflux temporels d’une vie.

« Je suis inadaptée, cassée.  C’est impossible l’amour pour moi. Je suis invivable. Plus mortes que les fantômes qui traînent dans mon cimetière ».

Après m’avoir subjuguée avec Les oubliés du dimanche et la Dame de la Plage, Valérie m’a cette fois encore bouleversée avec Changer l’eau des fleurs et la Dame du Cimetière. Une fois encore, c’est en larmes que j’ai refermé ce superbe roman.

Il y est question d’amour, d’amour éternel , au-delà de l’au-delà,  Il y est question de maternité, de paternité, de filiation,  de pardon, de rédemption, de résilience, de passion, de désirs, de choix.

Mais il y est surtout question de Vie. Avec une majuscule.  Incroyable me direz-vous, quand un roman a pour lieu principal…un cimetière !   L’espoir côtoie la fureur de vivre.  Le Bonheur est bien plus fort que la misère !

« Le lierre étouffe les arbres. N’oublie jamais de le tailler . Jamais.  Dès que tes pensées t’amèneront vers les ténèbres, prends ton sécateur et taille dans la petite misère »  (Sasha, l’un des personnages du récit  - Sasha est un prénom que j'aime beaucoup – autre coïncidence).

Le cimetière devient personnage à part entière, et la plume de fée de Valérie Perrin, trempée dans l’encre de l’amour et de l’humanité (j’ai été très touchée par l’allusion à la condition des réfugiés), rend ce lieu beau et paisible comme un Eden. On respire l’odeur des fleurs, on entend le bruit des pas dans les allées, on respire les chagrins, les dits et les non-dits. 

Tissant une intrigue toile d’araignée, l’autrice fait de Changer l’eau des fleurs une histoire empreinte de cette humanité hélas à la dérive. On s’attache  à chaque personnage (ou presque, faut pas pousser !). On retient son souffle, on pleure, on rit. On s’y retrouve forcément. !

Ce roman fait partie de la sélection 2019 du Prix des Lecteurs du Livre de Poche, catégorie Littérature. 

© Nath

01 juillet 2019

Le lundi, c'est poésie - Frida KAHLO

 

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Sentir dans ma propre douleur
la douleur de tous ceux qui
souffrent et puiser mon courage
dans la nécessité de
vivre pour me battre 
pour eux.

Frida Kahlo

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30 juin 2019

Concours !! Le Boudoir de Nath te fait gagner les romans de la rentrée littéraire des Editions de l'Iconoclaste !

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Voici venir le temps des vacances, de la détente et des lectures estivales. 

Voici venir aussi celui de la découverte en avant-première des romans qui illumineront la rentrée littéraire.

En partenariat avec les Editions de l'Iconoclaste (grand merci 🙏), je vous propose de vous faire gagner les trois livres de leur rentrée , à paraître fin août. Trois univers, trois auteurs, trois pépites !

Chaque gagnant (il y en aura donc trois) remportera le titre de son choix..

1) Une bête au paradis, de Cécile Coulon : le roman fiévreux d'une lignée de femmes envoûtées, par ce qu'elles ont de plus précieux : leur terre, le Paradis.  Une fresque rurale éblouissante de noirceur ! Une écriture puissante et contemporaine, un huis-clos époustouflant ! 

2) Cent millions d'années et un jour, de Jean-Baptiste Andrea : une expédition paléonthologique en pleine montagne où chaque pas nous rapproche du rêve et de la folie. Si vous avez aimé Ma Reine, vous succomberez au charme de cette histoire qui vous prendra par le coeur pour ne plus vous lâcher...

3) Sale gosse, de Mathieu Palain : l'histoire poignante d'un gamin né du mauvais côté de la vie et de son éducatrice. Un premier roman absolument remarquable servi par une écriture réaliste. Un roman social, des personnages profondément humains. Un regard de l'intérieur sur ces "sales gosses". Brillant, pertinent sincère et bouleversant.

Pour participer, c'est simple.. 

Tu t'abonnes au blog, ça ne prend pas beaucoup de temps  (onglet s'abonner tout en haut de la page) et tu me fais part de ton choix en commentaire. Je validerai ta participation en te répondant. Tu as jusqu'au 11 juillet à minuit. Je procéderai au tirage au sort de tous les participants (sur les rëseaux sociaux et ici) le 12 juillet.

Les gagnants seront avertis et devront alors me communiquer une adresse où leur faire parvenir leur livre. L'expédition est prise en charge par les Editions de l'Iconoclaste 🙏

Alors, à vos claviers !! 

©. Nath / Editions de l'Iconoclaste 

 

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26 juin 2019

Noir et addictif - Plateau - Franck BOUYSSE

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Plateau

Franck BOUYSSE

La Manufacture de Livres – Mars 2018

Le Livre de Poche – Mars 2017

 

Le plateau de Millevaches, lieu aride, terre âpre , est le théâtre de ce roman de Franck Bouysse. Je ne vais pas vous cacher que c’est encore un coup de coeur, tout comme Glaise et Né d’aucune femme .Je viens de le refermer, le souffle coupé. 

Le Plateau...  Sur ce pan d’univers, loin de tout, bout du bout du monde rural, cohabitent Virgile et Judith, Georges et Karl. Les deux premiers sont un vieux couple. Elle perd la tête, lui perd la vue, la vie se délite, les sens s’éteignent, écrasés par le poids du ciel, de la terre, de la fatalité et des secrets. Ils ont recueilli Georges, le neveu de Virgile, alors qu’il était enfant, suite au décès de ses parents. Aujourd'hui quadragénaire désabusé, il vit dans une caravane, sans avoir pu remettre les pieds dans la maison familiale pourtant toute proche. Karl est arrivé sur le Plateau, venant d’on ne sait où, portant on ne sait quoi, une Bible sous le bras, objet de rédemption semble t’il.

Ce monde est celui des taiseux,  des fantômes, des silences, des arbres, des odeurs, des sensations effleurées, des non-dits, du destin qui colle à la peau. Ce monde est celui d’ici ou d’ailleurs.

Le jour où Cory, nièce de Judith, trouve refuge au hameau, après avoir fui son mari violent, «l’homme-torture », la façade va s’ébrécher.

Et puis, il y a le Chasseur. L’ombre du Chasseur. Celui qui est tapi dans l’ombre et guette sa proie. Quelle est- elle ? Qui est-il ? Que veut-il ?

S’ouvre alors un huis-clos addictif, brillamment servi par une écriture puissante. Une écriture au cordeau, comme venue des profondeurs de cette même terre, des entrailles . Des deux sans doute. Le résultat est un roman noir, très noir. L’un de ceux qu’il est impossible de lâcher. Le suspense est présent jusqu’à la dernière page. Lire Franck Bouysse, c’est se prendre un  uppercut, un direct du droit ou du gauche pleine face, et en redemander. C’est ressentir au creux du ventre toute la  sombritude du mâle absolu, thème cher à l’auteur, et toute la force de la Nature. C’est prendre conscience de la puissance salvatrice des mots (je pense là à Georges et à ses livres). C’est plonger dans la moiteur de la ruralité, dans le cloaque de l’humanité, dans les méandres de l’âme. C’est vivre un grand et beau moment de littérature.

«Ici, c'est le pays des sources inatteignables, des ruisseaux et des rivières aux allures de mues sinuant entre le clair et l'obscur. Un pays d'argent à trois rochers de gueules, au chef d'azur à trois étoiles d'or. 

Ici, c'est le Plateau. "

© Nath