Le Boudoir de Nath - Blog littéraire et culturel -

20 juillet 2018

Les mères qui blessent - Se libérer de leur emprise pour renaître - Anne-Laure BUFFET

 

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Les mères qui blessent

Anne-Laure BUFFET

Editions Eyrolles - Juin 2018 

Collection Comprendre & Agir

 

« Tout en sachant que les mères maltraitantes existent, on tolère cette réalité tant qu’elle ne nous implique pas… Voyons ! Une mère ne peut être volontairement, sciemment, ou définitivement mauvaise. Ses erreurs ne sont donc pas condamnables, elles sont accidentelles,  jamais désirées….  Une maman aime, une maman chérit, une maman n’est certes pas parfaite, mais une maman peut mal faire ».

« Les mères qui blessent » est la dénonciation de ce paradoxe que constitue la représentation de la mère dans l’image d’Epinal traditionnelle, à savoir la maman douce, attentive et à l’écoute du bien-être et du bon développement de ses enfants, protectrice, et « maternelle » justement.  Mais,  dans le fond qu’est-ce que la maternité et pourquoi certaines d’entre elles blessent, éteignent plutôt qu’elles n’étreignent, et comment se libérer de cette emprise destructrice ? Comment se (re) construire quand les fondations ont été sapées par une matriarche ? Quel chemin mène à la nécessaire résilience ?

S’appuyant sur des témoignages troublants, bouleversants,  Anne-Laure Buffet dit ce que que la norme sociétale tait : la maltraitance maternelle, qui revêt bien des visages, celle qui commence et s’appuie sur une emprise aux lourdes chaînes qui font du cocon familial un bagne pour certain(e)s. Chaque partie de ce document est consacré à l’un de ces aspects, de façon claire et à la portée de chacun.  Point de digression psychanalytique , point de vocabulaire insaisissable, point de haine ou de fiel. Juste la reconnaissance de ce tabou « omertique » et un début de réponse à la question : «  Comment dès lors se construire pour soi , par soi, quand on a été sujet d’une pièce de théâtre mise en scène par celle qui s’auto-attribue tous les rôles, réduisant l’enfant au silence.

L’autrice explique les carences qui découlent de ces blessures et demeurent longtemps (trop, très longtemps) à vif.  Elle évoque ce fameux « instinct », citant au passage, un auteur qui m’est lui aussi très cher. 

Elle mène à la réflexion-miroir, pour prononcer le mot « magique » : résilience. Celle qui permet d’accepter (difficilement parfois) la rupture nécessaire à la réparation de soi, de ce qui est cassé en dedans, à l’indispensable consolation de l’enfant qui sommeille en chacun de nous.

Les mères qui blessent est un document qui peut déranger l’iconoclastie maternelle , mais c’est surtout et avant tout , je tiens à le souligner, le reflet d’une réalité qui concerne tous les enfants que nous sommes, que nous avons été, que nous demeurons.

A plus d’un titre, j’ai été bouleversée (comment ne pas l’être ?) et je remercie, l’amie, la Femme, pour ce livre, et pour tout ce qu’elle sait, tout ce que nous savons. Merci aux Editions Eyrolles bien évidemment.

Ps : Toute maladresse dans cet article est dûe à l’émotion liée à sa rédaction, donc je vous demande la plus grande indulgence pour mes éventuelles répétitions ou formulations redondantes.

PS2 : j’adore la couverture du livre !

© Nath

 


18 juillet 2018

La liberté de choisir - La désobéissance - Naomi ALDERMAN

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La désobéissance

Naomi ALDERMAN

Editeur : Le livre de Poche – Mai 2018

Traduit de l’anglais par Hélène Papot

 

La désobéissance, c’est elle de Ronit Krushka, jeune femme libre et libérée qui a choisi de quitter famille et communauté religieuse pour fuir un carcan moral qui l’étouffait.  Elle veut être elle-même, choisir sa vie, sa sexualité, ses amours, sans céder à une pression quelconque. Pour cela elle a mis un océan entre elle-même et les siens.

Dix ans après son départ, elle est rappelée par sa famille, à l’occasion des obsèques de son père, un Rav honoré.  Ronit est en effet issue du milieu londonien juif orthodoxe. 

A cette occasion, elle retrouve ses deux amis d’adolescence : Esti et Dovid.  Eux ont choisi (peut-être pas vraiment d’ailleurs) de se soumettre, d’obéir, et de suivre la loi et le chemin tracés pour eux par des traditions pesantes. L’une a renié sa bisexualité (abjection absolue !), l’autre est devenu rabbin, plus par obligation que par décision personnelle. Il n’a d’ailleurs pas les « épaules » pour cette charge, qui le plie, le ploie, l’oppresse.   Dovid a épousé Esti, comme il se doit.  Tous deux se conforment aux normes et aux lois dans lesquelles ils baignent. 

Le retour de Ronit sera un détonateur, elle fera exploser cette fausse tranquillité, et dès lors, plus rien ne pourra être comme avant. 

« J’ai pensé aux choix que j’avais fini par faire, conformes à mes convictions.  Qu’il est préférable de dire les choses plutôt que de les taire. Que je n’ai pas à avoir honte de quoi que ce soit.  Que ceux qui mènent une existence étriquée n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes s’ils sont choqués… Ce ne sont pas des gens méchants, ni cruels, ni déplaisants, ni malveillants.  Ils ne méritaient pas que je perturbe leur shabat. Ni que je leur balance ma vie en pleine figure.  J’avais eu tort, en faisant cela.  Et si je ne l’avais pas fait ?  J’aurais eu tort aussi ».

Avec humour et une délectable pointe de cynisme, Naomi Alderman (elle-même fille de rabbin) fait la critique de ce milieu où le paraître prime sur l’être, où le silence devient omerta, où la rigueur dépasse parfois la raison.  Pour autant, elle ne cloue pas le judaïsme au pilori. En cela, le personnage de Romit démontre bien que même si elle ne se plie pas aux règles de la Torah, elle n’en demeure pas moins juive.

« Elle a fini par comprendre qu’au sein d’un espace infime et subtil, le bon sens et l’intégrisme religieux se croisent… »

La désobéissance est un premier roman passionnant (bien plus que le film, paraît-il, mais je ne l’ai pas vu), car il mêle aux réflexions profondes les  difficiles interactions entre principes religieux et vie moderne. 

L’écriture est un régal , elle est légère et va néanmoins au plus profond, au plus incisif du thème abordé.  Sans contour ni détour.  C’est drôle à souhait et nullement hermétique.

La question de fond : peut-on se libérer totalement de son éducation, de son milieu, de tout ce qui nous a construit, sans provoquer un séisme, tant personnel que familial, voire plus, débouche forcément sur des interrogations personnelles.

J’ai aimé l’histoire de cette femme, j’ai aimé en apprendre un peu plus sur ces mystérieux codes dont je savais bien peu de choses.

C’est une très très belle histoire que je vous recommande de découvrir !

© Nath

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16 juillet 2018

Le poète de la semaine - Pablo NERUDA

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Amour, amour, à la tour du ciel les nuages
montèrent telles de triomphantes lavandières, 
et tout brûla en bleu d'azur, tout fut étoile :
la mer, le navire, le jour s'exilèrent ensemble.

Viens voir les cerisiers dans leur eau constellée
viens voir la ronde clef de l'univers rapide,
Viens toucher le feu de l'azur instantané, 
viens avant que ses pétales se consument.

Il n'est ici que lumière, abondance, grappes, 
espace ouvert par les vertus du vent
jusqu'à livrer les derniers secrets de l'écume.

Et parmi tant de bleus célestes, submergés,
nos yeux se perdent, devinant à peine
les pouvoirs de l'air et les clefs de la mer.

Pablo Neruda 

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13 juillet 2018

Vies volées - Buenos Aires Place de Mai - Matz et Mayalen GOUST

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Vies volées – Buenos Aires Place de Mai

Matz et Mayalen  GOUST

Editions Rue de Sèvres – Janvier 2018

BD - 80 pages

 

La lecture du roman de Frédéric Couderc « Aucune pierre ne brise la nuit » (ici  vous trouverez ma chronique) a été pour moi la terrible découverte d’une horreur dont je ne soupçonnais pas l’ampleur. C’est suite à cet uppercut, et à l’article d’une amie blogueuse que j’ai lu « Vies volées – Buenos Aires Place de Mai », de Matz et Mayalen Gost, bande dessinée parue aux Edtions Rue de Sèvres.   Là encore,  plongée dans l’atrocité de la dictature argentine, trop occultée à mon sens.

« Vies volées » , c’est l’histoire de deux amis,  Santiago et Mario. A travers eux, c’est celle des cinq cents bébés volés, arrachés , à des mères torturées, à des familles brisées.  C’est l’histoire d’un pays foudroyé.   C’est celle des grands-mères de la Place de Mai.   C’est celle de tous ces deuils, ces espoirs, ces désespoirs aussi.

C’est l’histoire d’errances, de liens perdus à jamais  ou retrouvés (comme ici avec Santiago, qui apprend avec stupéfaction qu’il a été l’un de ces bébés volés).

C’est la dénonciation de l’indicible,  de l’impunité inouïe envers les tortionnaires.

« C’est toujours comme ça, ce ne sont pas les pires qui se sentent coupables »

Mais c’est aussi  la Lumière.  Celle qui éclaire les abysses lorsque l’une de ces abuelas retrouve son petit-enfant.

C’est un hommage aux desaparecidos.

Petit bémol toutefois, je trouve la fin un peu trop abrupte (j’aurais aimé quelques pages supplémentaires, car le sujet mérite d'être creusé).

Le combat n’est pas fini, il continue !

© Nath

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11 juillet 2018

Une petite soeur-ouragan - Ma soeur est une brute épaisse - Alice de NUSSY & Sandrine BONINI

 

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Ma soeur est une brute épaisse

Alice de Nussy et Sandrine Bonini 

Editeur : Grasset-Jeunesse  - Mai 2018

32 pages

Album jeunesse

 

"Ma soeur est une brute épaisse !" : laquelle, lequel d'entre nous,  ayant une soeur, n'a pas un jour prononcé ces mots? 

Alice de Nussy et Sandrine Bonini nous font partager avec humour le quotidien d'une fratrie, composée d'un grand frère calme, sage comme une image, et de sa petite soeur, son opposé absolu, une véritable tornade qui dévaste tout sur son passage. Tout les oppose : lui si délicat, lui qui aime la neige pour en faire des bonhommes, lui qui déteste la pluie et elle, impétueuse, casse-cou, elle qui adore sauter dans les flaques d'eau..

 

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Le plus beau, dans tout cela, c'est qu'au delà de toutes ces différences, il y a énormément, énormément d'amour ! 

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Voici un album jeunesse tout frais, tout coloré , pétillant et drôle ! 

Le graphisme est moderne et colle parfaitement à la dynamique de cette histoire qui ravira les enfants dès 3 ans.

© Nath

 

 


09 juillet 2018

Un bouquet de poèmes - Les ronces - Cécile COULON

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Les ronces

Cécile COULON

Editions Le Castor Astral – Mars 2018

165 pages

 

 Il est bien souvent difficile de parler de ces livres qui vous touchent, vous égratignent le cœur tant on touche la perfection.  Je referme le recueil de poèmes de Cécile Coulon « Les ronces » paru aux Editions Le Castor Astral avec cette impression bizarre qu’il sera impossible d’en dire la beauté  avec des mots de tous les jours.  Et puis, il y a ce drôle de blues, notes envolées de fin de lecture.

Des mots de tous les jours, justement,  ce sont ceux qui composent ces poèmes narratifs que l’autrice nous offre. J’avais déjà été enchantée par eux  sur un réseau social bien connu de tous, mais là, les retrouver, groupés, rassemblés, fut un ravissement des yeux et de l’âme.

Cécile Coulon dessine le quotidien, dépose un bouquet de ronces aux saveurs d’Enfance, de Nature, de volcans, de tristesse parfois, de lumières, d’envol, de Merveilleux et d’Amour. L’amour qui part, qui s’éloigne.  L’amour « difficile ». Elle lie les mots de tous les jours , ceux qui vous chamboulent par leur simplicité ,  leur authenticité, leurs sonorités.   On se retrouve forcément dans ces errances, dans ces regards, dans ces attentes, dans ce buffet de gare qui sent le café chaud et la bière froide.  

Les ronces, ce n’est pas juste un recueil de poèmes,  c’est un conte, selon moi. Un conte initiatique dans lequel on retrouve tous les passages de la vie, tous ces moments savoureux ou douloureux. Comme l’enfant qui va chercher des mûres et qui s’arrache les genoux pour mieux les savourer.   C’est un partage fait de lumières et d’ombres.  C’ est un ciel déchiré par le soleil et les éclairs. C’est la vie.  Avec ses blessures, avec nos cicatrices.  Avec nos peurs. Avec nos joies. Avec nos souvenirs. Avec l’immense talent de l’autrice  . Coup de coeur pour l'amoureuse de la poésie et de la plume de Cécile Coulon que je suis Si le coeur vous en dit, je vous invite à dévouvrir ma chronique de son excellentissime roman  " Trois saisons d'orage" ici-même.

© Nath

Ma force (extraits)

Ma force c’est d’avoir enfoncé mon poing sanglant

dans la gorge du passé

Ma force n’a pas d’ailes

Ni de griffes

Ni de longues pattes

Ma force a construit un peu d’humanité

Ma force a toujours soif

...

Ma force souffre en silence

Ma force m’accompagne

Elle m’a si souvent ramassée

Ma force est légère

Ma force ne m’oublie pas

Quand je crois l’avoir l’oubliée

Ma force n’est pas un don du ciel

Ma force n’est pas un don du sang

Ma force est fragile

Ma force ne demande rien

Ma force a toujours faim

Ma force a toujours froid

Cécile Coulon

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08 juillet 2018

Présentation de la rentrée littéraire 2018 aux Editions Héloïse d'Ormesson

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Rentrée littéraire 2018 des Editions Héloïse d’Ormesson

 

Lundi dernier, le 2 juillet , c’était le début de la fin d’année scolaire . C’était surtout une splendide journée, une merveilleuse soirée. C’était la présentation de la rentrée littéraire 2018 aux Editions Héloïse d’Ormesson.

Ceux qui me suivent sur ce blog (et maintenant les autres) savent combien cette maison d’édition m’est chère et combien je l’aime , tant pour son équipe que pour la qualité de ses publications. Semper fidelis, j’ai eu la chance d’assister à ce moment émouvant et comme le bonheur ne vaut que s’il est partagé, je viens vous en toucher deux mots.  Je ne divulgâcherai rien , bien entendu , du contenu profond des trois romans présentés, mais je peux vous dire d’ores et déjà que cette nouvelle rentrée sera belle, belle, belle !

Je vous reparlerai avec plus de précisions le moment venu, de chaque livre, mais comme je suis gentille, je vous tout de même le faire succinctement (c’est cruel, je sais,  mais je ne suis pas parfaite !), manière de vous mettre l’eau à la bouche, avec l’espoir que vous saurez les aimer vous aussi.

Cette année donc, trois pépites sont à paraître. Deux françaises (dont un premier roman), et un néerlandaise.

-          Bernard CHENEZ : « Les mains dans les poches » : une histoire touchante (celle d’une génération ) ,  un auteur qui l’est tout autant. Une chronique sociétale, une écriture subtile et pudique.   Un texte profond, émouvant, qui ne peut laisser le lecteur insensible. Parution le 16 août.

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-          Alain JASPARD : « Pleurer les rivières ».  Le titre évoquera peut-être quelque chose à certains d’entre vous…  C’est un premier roman, une comédie sur fond de drame social…  Antinomique ne direz-vous !   Je vous répondrai :  lisez-le !  Vous découvrirez une plume incisive, intimiste.  Vous découvrirez comment l’auteur a pu faire quelque chose de fort et beau à partir de ce qui est, à priori, une atrocité. Parution le 23 août.

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-          Stefan  BRIJS : « Taxi Curaçao » (traduit du néerlandais par Daniel Cumin).  A travers le portrait de l’île de Curaçao , pays meurtri par la colonisation, l’auteur brosse une chronique sur trois générations, uppercut dénonciateur d’une société apparemment implacable, et dans laquelle il est difficile de ne pas se soumettre au chemin tracé par une condition sociale quasiment génétique. Un texte d’une puissance richement déconcertante, à découvrir dès le 23 août.

La soirée a été rythmée par la musique, la lecture d’extraits des livres par leurs auteurs, et le jeu exceptionnel de deux grands acteurs présents : Marie Denarnaud et Vincent Jaspard.

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Que vous dire d’autre si ce n’est de découvrir ces trois romans qui le méritent tant, cette maison d’édition qui est une mine de diamants ? 

Merci  à Héloïse d’Ormesson, à toute l’équipe (féminine et masculine) pour ce merveilleux et inoubliable moment,  pour les mots, pour la musique, pour la douceur de l’instant, pour le champagne et les petits fours, pour l’accueil si familial, pour ce lieu magique, pour la gentillesse permanente, pour l’excellence chaque année renouvelée.   Rendez-vous bientôt (enfin pas trop tôt, car je pars sous peu en vacances) pour les chroniques !

© Nath

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07 juillet 2018

Une lettre d'amour d'une mère à son fils autiste - Comme d'habitude - Cécile PIVOT

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Comme d’habitude

Cécile PIVOT

Editions Calmann-Lévy

Le Livre de Poche – Avril 2018

Document -  192 pages

 

« Lorsque tu n’y arrives plus avec nous, que c’est trop difficile, incompréhensible, retourne dans ta citadelle pour y reprendre des forces, barricade-toi le temps nécessaire, mais reviens parmi nous. Rapproche toi des bienveillants. Fuis les autres. Cela ne devrait pas être trop compliqué pour toi, qui détectes comme personne la moquerie ou le mépris dont tu peux être l’objet. Ne te laisse pas faire, bats-toi, fais entendre ta voix ».

C’est à l’âge de quatre ans et demi  que le diagnostic de troubles du spectre autistique tombe pour  Antoine, le fils de Cécile Pivot, autrice de ce livre-lettre-témoignage-document.  Quatre ans et demi de questions sans autre réponse que des flous non artistiques de la part des médecins … Quatre ans et demi à côtoyer l’autisme sans qu’il soit pour autant authentifié , à lutter contre un ennemi invisible, et pourtant pressenti depuis longtemps.

Cécile Pivot décrit le quotidien, le parcours chaotique depuis la naissance, la souffrance, les cris, les innombrables courses aux urgences, le désespoir, la fatigue, le découragement et la culpabilité.   Elle  raconte l’incompréhension d’autrui (non, tous les autistes ne sont pas Rain Man), sa propre incompréhension.  Elle dit avec ses mots à elle les mois, les années qui passent, le naufrage de son couple, la difficulté éprouvée par ses sœurs à trouver une place au sein de la famille, elle dit la lutte constante qui est la sienne.  Elle dit  cet enfant, celui qui ne grandit pas comme les autres, qui se cogne à la vie, avec toutes les normes qu’il ne comprend pas, ses multiples  rituels. Elle dit ses moments de colère, ceux où elle n’arrive plus à l’aimer.

« J’en ai assez de tes questions qui sont toujours les mêmes, de te voir manger depuis quinze ans les mêmes gâteaux, à la même heure… de tes obsessions…de ton pouvoir de résistance. »

Elle dit l’amour qu’elle lui porte. Cet Amour indéfectible. Au-delà des mots. 22 ans d’Amour.

Elle raconte aussi toutes ces petites victoires , ces pas vers l’autonomie.  Elle lui écrit une lettre… qu’il ne lira jamais !

Ce récit m’a touchée car l’autisme, je le côtoie professionnellement. La détresse des familles aussi.  Celle des enfants plus encore.  On n’imagine pas leur souffrance, leur isolement, leur douleur.  Je rejoins Cécile Pivot lorsqu’elle évoque les manquements et les carences du système scolaire français, lorsqu’elle pointe du doigt le parcours du combattant qu’est la pseudo-inclusion de ces enfants .  Il faut le savoir, le dire, et le redire,  80% des enfants autistes français ne sont pas scolarisés.

© Nath

                                               

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03 juillet 2018

Un arbre parmi les hommes - Un arbre, un jour - Karine LAMBERT

 

 

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Un arbre, un jour...

Karine LAMBERT

Editions Calmann Levy – Mai 2018 –

220 pages

 

Après plusieurs lectures âpres, c’est avec un grand bonheur que j’ai découvert le tout dernier roman de Karine Lambert, "Un arbre un jour", paru auxEditions Calmann Lévy.  Une histoire qui fait du bien, comme les précédentes, une de celles qui chassent la fatigue et la morosité et vous transportent dans cet ailleurs poétique, tendre et doux.

L’autrice nous transporte dans un petit village du Sud de la France (déjà, d’entrée de jeu c’était gagné pour l’occitane que je suis).  Le personnage principal est un arbre, un platane. Celui-là même qui trône sur la place et qui a vu naître bien des générations. Il est l’élément incontournable de la localité, au même titre que la boulangerie, le bar PMU, et l’église.  Il est donc inconcevable de le voir disparaître et pourtant… C’est ce qui pourrait bien se produire, l’ordre ayant été donné de l’abattre, au grand dam des habitants qui vont s’unir pour le sauver.

Comme toujours avec Karine Lambert, il y a LE personnage pivot et tous les autres,  indissociables du premier.  Ceux dont la vie est dessinée tout en délicatesse du bout de sa plume exquise.  Ceux que nous avons l’impression de connaître « pour de vrai » tant leurs pensées, leurs personnalités, sont décrites avec minutie.

Chacun d’entre eux va lutter à sa façon, du gamin aux sœurs nonagénaires. Chacun va faire entendre sa propre voix, laquelle fera sublimement écho à celle de l’arbre.

C’est une lecture bonbon, un souffle poètique, aux accents de mon Sud , qui soulève cependant nombre d’interrogations (sur le rapport au temps et à la nature notamment), un moment qui passe bien trop vite, et pour lequel je remercie Karine et les Editions Calmann Lévy.

« Je me sens tellement découragé. Abattu, diraient les humains. La mort se rapproche. Je voudrais me cacher , mais je suis retenu à la terre par mes racines…. Sous l’écorce, caché à l’intérieur de mon tronc strié d’une multitudes de cernes, vibre encore l’arbrisseau à l’imagination débridée qui rêvait de devenir un géant ».

© Nath

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02 juillet 2018

Le poète de la semaine - Victor HUGO

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Cent mille hommes

 

Cent mille hommes, criblés d'obus et de mitraille, 
Cent mille hommes, couchés sur un champ de bataille, 
Tombés pour leur pays par leur mort agrandi, 
Comme on tombe à Fleurus, comme on tombe à Lodi, 
Cent mille ardents soldats, héros et non victimes, 
Morts dans un tourbillon d'évènements sublimes, 
D'où prend son vol la fière et blanche Liberté, 
Sont un malheur moins grand pour la société, 
Sont pour l'humanité, qui sur le vrai se fonde, 
Une calamité moins haute et moins profonde, 
Un coup moins lamentable et moins infortuné 
Qu'un innocent, - un seul innocent condamné, - 
Dont le sang, ruisselant sous un infâme glaive, 
Fume entre les pavés de la place de Grève, 
Qu'un juste assassiné dans la forêt des lois, 
Et dont l'âme a le droit d'aller dire à Dieu : Vois ! 

Victor Hugo

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