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La solitude des enfants sages

Martine DUQUESNE

Editeur :  La Cheminante – Mars 2017 –

 

Angélique, 7 ans « presque trois-quarts, vit en Algérie avec ses parents lorsque la guerre d’indépendance éclate.

C’est elle la narratrice de ce roman signé  Martine DUQUESNE

Par les yeux d’une enfant,  loin de tout jugement péremptoire des adultes, nous voyageons entre hier et aujourd’hui.

Entre la petite fille qu’elle fut et l’adulte qu’elle est devenue, forgée par « les événements » et leurs conséquences, par la désunion également du couple parental, qui aboutira à l’acte commis par le père, et qui ouvre cette histoire aux accents de soleil sur fond de tragédie, des années se sont écoulées.

Alors que ce passé douloureux remonte à la surface, que les souvenirs refluent, Angélique couche ses maux.  Les mots au secours des maux.

« Le passé ne voulait pas passer ».

Avec un talent de conteuse tout comme j’aime, avec pudeur, justesse et délicatesse, Martine Duquesne fait surgir et alterne brillamment ombre et lumière,  cicatrices et points de suture.

Les portraits sont magistralement brossés, tant ceux des parents (cette mère pour qui il  est difficile d’éprouver de l’empathie, ce père dépassé qui s’accroche malgré tout et se refuse à quitter cette Algérie si chère à son cœur), que  celui , extrêmement touchant, de Djamila, l’amie, le « double », la sœur de cœur.

Angélique se débat,  ne comprend pas (comment comprendre l’incompréhensible quand on est enfant ?), se raccroche à ce qu’elle édifie autour d’elle, ce petit monde fait de chansons, de rires, de lectures...  

"Tant que tu es dans la lumière des mots, tu échapperas aux ténèbres".

Voici un roman qui se lit d’une traite.  Emouvant, beau, triste mais pas trop quand même, car la plume de Martine Duquesne est indubitablement trempée dans le soleil de l’espoir. 

Le déracinement, les séquelles d’une enfance fracassée par l’éclatement d’un pays et d’une famille côtoient les thèmes de l’amitié, du deuil , de la filiation, du renoncement, du recommencement et de la nécessaire résilience, qui permet d’avancer et de se construire.

« La vie tourne autour d’un nombre restreint de phrases, qu’on met des années à construire, des phrases qui résonnent comme des repères, des balises, les pièces d’un gigantesque puzzle qui, une fois assemblées, vont donner sens à l’ensemble ».

© Nath