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 Seuls les enfants savent aimer

CALI

Editions le Cherche-Midi  - Janvier 2018 –

192 pages

 

« Depuis ton départ, un voile noir a recouvert notre maison. Nous peignons tes silences sur les papiers chagrin des murs ».

Lorsque le petit Bruno, âgé de six ans, perd sa maman, son monde s’écroule. Le chagrin l’ensevelit tout autant que la chape de silence qui entoure ce deuil.   Du haut de son enfance, du haut de ses larmes,  il va enlacer le vide, éperdu et perdu. En quête d’amour, en quête de tendresse, en quête de mots.

« Mireille, je sais que c’est toi,  Maman. Mais « décédée », ça veut dire quoi ?»

Seuls les enfants savent aimer, c’est huit mois de la vie de Cali.  Huit mois au cours desquels il nous ouvre la porte de son univers d’enfant. Avec ses mots d’enfant. Huit mois au cœur de cette famille aimante mais brisée.  Huit mois avec un papa éteint, qui se noie. Huit mois, presque le temps d’une grossesse.   Certes, il y a Aldo, Sandra, Gina, pépé, mémé , tonton et tata, qui font de leur mieux. Avec leur peine à  eux . Mais il y a surtout Alec, le meilleur ami, celui qui lui a promis qu’ils ne mourront jamais. Et Carol Bobé, l’amoureuse, celle qui fait battre son cœur et à qui ce magnifique livre est d’ailleurs dédié.  Un amour d’enfant. Unilatéral. Une amitié d’adulte.  Jusqu’au bout.

Seuls les enfants savent aimer, chante et écrit Cali.   Je rajouterais juste que Bruno sait donner un amour immense, immense.

Prétendre que ce roman est touchant est un euphémisme. Il m’a mis le cœur sens dessus dessous  Tant par la poésie qui en émane que par la souffrance de cet enfant amputé d’amour.  Il ne lui manque pas un bras ou une jambe. Il lui manque bien plus : une mère. 

La langue est aussi pure que lumineuse, aussi ensoleillée que ce village catalan que je connais bien.  L’auteur a su faire du fardeau de sa peine un écrin de douceurs et de grâce.  Il a réussi le tour de force de transformer ses larmes en une ode à l’amour. J'évoquais plus haut une grossesse :  un écrivain est né !

Sans doute parce que nous partageons, Bruno et moi, une blessure commune (ce manque qui engloutit comme des sables mouvants), je me suis sentie très proche de ce petit bonhomme, de l’adulte qu’il est devenu. Parce que  toutes les carences, tous les deuils, sont une attente éternelle. Parce que l’absence (qui n’est pas que la mort) laisse des cicatrices à vie, parce que la cécité affective et le néant sont des failles obscures, j’ai été bouleversée par cette lecture.

« Seuls les enfants savent aimer.
Seuls les enfants aperçoivent l’amour au loin, qui arrive de toute sa lenteur, de toute sa douceur, pour venir nous consumer.
Seuls les enfants embrassent le désespoir vertigineux de la solitude quand l’amour s’en va.
Seuls les enfants meurent d’amour.
Seuls les enfants jouent leur coeur à chaque instant, à chaque souffle.
À chaque seconde le coeur d’un enfant explose. »

© Nath