20180816_151252[1]

 

Il  y a cette grande maison. Vide. Sous cet immense ciel bleu qui la rend plus vide encore, vieille dame abandonnée.

Il y a le portail tout rouillé, fermé par un cadenas rongé par les ans.

Il y a les carreaux brisés, comme des cicatrices sur des poignets froissés

Il y a des volets cabossés. Paupières closes.

Il y a la porte murée, bouche muette.

Et pourtant… Pourtant, pour qui sait voir avec son cœur, il y a des rires, des mots qui s’envolent, de la musique, du jazz , je crois bien. Aretha Franklin.  

Il y a des « Je t’aime ».  Des « Mon Amour ».

Des grandes tables. Avec des nappes colorées.

Il y a des fleurs dans le vase, au-dessus de la cheminée.  Des fleurs du jardin.

Il y a le parfum du jasmin et du lilas.

Il y a des pas dans l’escalier.

Il y a le temps qui passe.

Ce foutu temps.

Il y a des cheveux qui deviennent fils d’argent. Il y a des chambres vides.

Il y a le silence.

Les larmes de celui qui reste.

Les roses qui se fanent.

Le lilas et le jasmin aussi.

Il y a une clé qui tourne, une page que l'on corne.

Une porte qui se ferme.

Une serrure grippée.

Une maison qui meurt.

Seule.

Dans cette rue cossue.

Parmi ceux qui ne la voient plus. Qui n’entendent plus les rires, les cris d’enfants, les « Je t’aime », les « Mon Amour », la musique.

Il y a cette grande maison.

Seule.

Fripée.

Aveugle.

Sourde.

Muette.

Debout.

© Nath