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Mon père, ce tueur

Thierry CROUZET

La Manufacture de Livres – Août 2019

 

Mon libraire m'avait prévenue « Ce bouquin est magistral ». Parce que je lui porte une confiance absolue, je suis donc partie à la découverte de ce « père » et de l'écriture de Thierry Crouzet (mea culpa, je la découvre à peine). Je précise que l'auteur a choisi la forme romancée pour cet ouvrage, afin de mieux cerner la figure paternelle, si complexe, si terrifiante, si tortueuse.

Le père, c'est Jim. Un type solitaire., habité par une violence, une haine, une colère inouïes et des pulsions meurtrières , que l'on peut qualifier d'immondes, assouvies principalement dans la chasse. Il est un mari, un père qui sème la terreur autour de lui.

« J'ai gardé cette habitude de me protéger d'une chaise aussi longtemps que j'ai dormi chez mes parents, durant mes études et même plus tard quand je suis devenu journaliste et que je revenais de Paris pour les vacances »

Pour « casser » cette « hérédité familiale », Thierry part à la découverte du père. Rencontre post-mortem. Lettre posthume. N'ayant pas le courage de l'ouvrir, l'auteur va retracer un pan de la vie de Jim, remontant peut-être ainsi à la racine du mal . Pour cela, il se base sur les dires et les écrits de son père relatifs à l'immonde conflit algérien, puisqu'il a été envoyé, comme tant d'autres, au front Qu'il y est devenu tireur d'élite. Puisque c'est là qu'il faut remonter pour expliquer, peut-être le mystère de cet homme. Comment devient-on un tueur ? Peut-on échapper à l'atavisme ?

Mon père, ce tueur n'est pas un roman sur la guerre d'Algérie, ce n'est pas un marée de larmes égocentrées sur une enfance et une adolescence bousillées.

C' est bien plus... C'est un récit à la fois prude et violent. Tout en paradoxe et ambivalence , comme l'est l'amour-violence entre un père et son fils. C'est un chemin vers la réconciliation, l'apaisement, la fin de la peur, la victoire de la Vie. C'est une carapace qui se brise, un vide qui se comble, un poids qui s'envole.

« Avec sa mort, Jim m'a donné le droit de me souvenir »

La plume de Thierry Crouzet est oppressante, splendide, alliant sensibilité et dureté. Toujours avec une grande justesse de ton.

J'ai été extrêmement touchée par ce roman, à divers titres (non, non, mon père n'était pas un tueur, loin s'en faut). Il m'a interpellée car je suis intimement convaincue de la puissance salvatrice et antidotique de la littérature.

La fin est somptueuse , j'avoue avoir versé ma larme, car, de surcroît, y est magnifiquement évoqué un endroit qui m'est cher.

Les émotions sont là , multiples. Elles ont noué mes tripes de bout en bout . Elles sont toujours là. Vivaces.

A noter également, la couverture du livre, d'une extrème cohérence avec le roman !

© Nath