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La salle de bal

Anna HOPE

Editions Gallimard - Août 2017 -

Rentrée littéraire 2017

 

En 1911, l’asile de Shorsten est connu pour ses méthodes « avant-gardistes » : ici, en apparence, les patients travaillent, vivent en autarcie au grand air, sont nourris sainement, et rendez vous compte, une fois par semaine, ils ont même le droit de danser, un bal étant organisé tous  les vendredis, pour les plus sages d’entre eux. La musique comme thérapie, la musique qui adoucit les mœurs dit-on.

Shorsten, c’est là que vont se rencontrer Ella et John. Elle a voulu voir la lumière du jour,  elle a brisé un carreau dans la filature où elle  travaille, calfeutrée, et dans des conditions inhumaines, depuis l’enfance. Il a vécu un drame,  un deuil, il fait partie des « chroniques ».

Ces deux écorchés vifs, ces deux révoltés, ces solitaires, vont vivre une passion amoureuse fulgurante,  jalonnée de moments d’une beauté à couper le souffle, comme ces lettres d’amour échangées furtivement, et lues à Ella par son amie Clem, qui jouera un rôle important dans le roman.  Cette relation amoureuse ne sera pas du goût de l’ignoble Dr Fuller, partisan de l’eugénisme, et persuadé d’œuvrer pour le bien d’une nation dirigée par Churchill, lequel  approuvera le programme que ce médecin (qu’on aurait tendance à trouver « bien sous tous rapports » en début de lecture),  va lui soumettre.

Ce roman choral, à trois voix , donne la parole tour à tour à chacun des protagonistes, et on tremble, on suffoque, on a mal, on s’indigne, on a envie de hurler.  On imagine aisément la souffrance et la peur.  On ressent la nuit, la misère, le cloaque des lieux, et la folie qui s’empare de celui qui est supposé la soigner.

J’ai été bouleversée, et le mot est faible, par ce second roman d’Anna Hope.  Vous dire combien j’ai haï le Dr Fuller est un euphémisme. Le pire, je pense, est de savoir que des Dr Fuller ont mutilé et massacré, réellement, pas dans un roman.

Anna Hope livre là un témoignage glaçant et puissant sur une réalité immonde et dont j’ignorais l’existence ailleurs qu’en Allemagne,  sous le régime nazi.  Elle a les mots justes, la pudeur se faisant l’alliée de la douleur, dans une valse à 1000 temps.  Elle a les mots uppercut, mais aussi les mots Tendresse, ceux de l’Amour plus fort que tout.

J’ai fait cette lecture dans le cadre de ma participation aux Explorateurs de la Rentrée Littéraire 2017 et je remercie lecteurs.com pour ces grands et beaux moments d’émotion.

© Nath