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"Aucune pierre ne brise la nuit", paru le 3 mai 2018 aux Editions Héloïse d’Ormesson est le dernier roman de Frédéric Couderc. J’ai eu la chance de rencontrer l’auteur, un joli moment dans un café parisien, endroit que l’on retrouve d’ailleurs dans le livre.

Comment est né ce roman, dont la toile de fond, est, rappelons-le, la dictature argentine et les multiples horreurs qu’elle a engendrées ?

Dès l’adolescence, j’ai été bouleversé par l’histoire de la dictature en Argentine,  que j’ai découverte en 1978 à l’occasion du Mondial de football qui s’y déroulait. J’étais alors dans une sorte de contradiction : j’aimais le football et je comprenais le nécessaire boycott. Je lisais grâce à mes parents des tas de choses sur  le sujet.   Je me suis aperçu que de nos jours, en France, Pinochet et le Chili recouvraient toute l’actualité.  Tout le monde connaît Pinochet, personne ne semble avoir entendu parler de Videla.

Quelle a été, quelle est,votre méthode d’écriture ?

J’ai commencé à enquêter, et d’emblée, j’ai été frappé par les vols de la mort .  Ce mépris du corps humain, cette façon de le faire disparaître ainsi (des milliers de desparecidos, rappelons-le) est pour moi une chose monstrueuse.  Nous sommes là dans les abysses. Il y a partout dans le monde des massacres,  mais balancer un corps à 3000 mètres d’altitude est un acte particulièrement abominable. A cela se rajoutent les tortures par l’ESMA, et cette chose immonde qui est une arme de guerre , à savoir le viol de jeunes femmes.   J’ai voulu rester dans cette veine d’un roman à la croisée des genres, d’un roman « transgenre ».  Il est nécessaire d’aborder la littérature par de multiples points d’entrée je pense.  Pour moi le plus important, ce sont toujours, dans tous mes romans, , les sentiments et les histoires d’amour. Quand j’écris, je tiens à rester dans la crédibilité.

A propos d’histoire d’amour, vous avez mis ici en présence deux personnages que rien ne prédestinait à se rencontrer :  Gabriel, le réfugié politique, et Ariane , la femme de diplomate.

J’ai d’abord imaginé Gabriel,  j’aimais l’idée du réfugié politique inguérissable après la disparition de la femme de sa vie.   Le mot DISPARITION , ce sont les limbes.  Gabriel me paraissait très important, il est partagé entre abandon de la vie et désir de vengeance.  Ce désir est amplifié lorsque l’on sait que l’immense majorité des bourreaux vit tranquillement, aux quatre coins du monde.

Ensuite est venue Ariane, tellement différente de Gabriel.  Une rencontre improbable.

J’ai imaginé Véro en écho à Marie-Anne Erize (cf ici), mannequin française enlevée, violée, et dont on n’a jamais retrouvé le corps.

Le personnage de Constant, qui est, au début, une ordure, prend une tournure inattendue. Sa typologie est pour moi très importante.  Il apparaît comme celui qui a laissé mourir sa fille. Au fur et à mesure, il évolue, et on découvre son parcours.  C’est un beau personnage, finalement, lui aussi.

J’ai rencontré la Paula du roman, exactement comme dans l’histoire, j’ai pris mon RER…  Je voulais des témoignages vivants.  L’histoire est venue sur le chemin du retour !

Puis,,vous partez à Buenos Aires, pour continuer l’écriture…

Oui. L’enquête littéraire est importante pour moi et l’histoire se déroule au fur et à mesure de l’écriture. J’ai pour habitude de dire qu’il existe deux types d’auteurs : l’architecte et le jardinier, celui qui plante et celui qui regarde pousser.   Moi, je me sens les deux en même temps.  Je suis donc parti à Buenos Aires.  J’ai écrit et décrit les sensations de Gabriel comme les miennes. J’ai tout imaginé comme si j’étais Gabriel avec Ariane.  Je me lève, j’écris, je fais huit heures de marche dans la ville et le soir, j’écris encore. Je rencontre les gens,  notamment ces fabuleuses grands-mères qui continuent à se battre au nom de la Vérité. Je suis allé les voir, ce fut une immense émotion.  Elles sont en partie les fenêtres grâce auquel le livre s’ouvre.

Le thème des bébés volés, véritable tragédie, vous tient particulièrement à cœur..

On dit qu’il y a 500 bébés disparus parce qu’il y a eu 500 grands-mères qui ont dit «  ma fille était enceinte ». Mais on peut imaginer qu’il en a eu beaucoup d’autres. Prendre aux entrailles une femme qui accouche dépasse le cadre argentin, on est dans l’horreur universelle, et dans la barbarie nazie.  Je sais maintenant que toute ma vie, dès qu’un bébé réapparaîtra, je serai heureux.

Vous soulignez le rôle de l’église,  et d’une partie des membres de l’OAS. Pour ma part, j’ignorais totalement cela..

Une dictature ne se met pas en place toute seule, il faut de nombreuses complicités.

L’église a été l’alliée des militaires, elle a livré certains de ses membres aux tortionnaires (je pense là aux deux religieuses que je cite dans le livre).

Quant aux deux cent familles de l’OAS qui sont venues s’installer en Argentine, il faut savoir qu’elles se sont exclamées « Chouette, c’est l’Algérie sans les arabes ! ».

Et le prochain roman , pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

Ce sera un roman young adult, avec comme axe central la seconde guerre mondiale, vue d’un endroit où aucun juif n’a été ni arrêté ni dénoncé ! 

 

Vous pouvez retrouver ici  ma chronique sur le roman de Frédéric, mais le mieux est que vous le lisiez.   De plus je vous annonce que Frédéric sera le 3 juillet à la  Maison de l’Amérique Latine pour une rencontre passionnante, et des échanges prometteurs.  Cet auteur est un extra-humain, son livre est une malle magique dans laquelle sont enfouis des tas de choses, des belles, des moins belles , des pas belles du tout.  Il est dans toutes les bonnes librairies, LISEZ-LE , parlez-en , et venez le 3 juillet !

© Nath

Collectif Argentin pour la Mémoire - Agenda - Maison de l'Amérique Latine

Présentation, par son auteur, du livre Aucune pierre ne brise la nuit, Editions Héloïse d'Ormesson

http://www.mal217.org